Articles

Affichage des articles du janvier, 2012

Moïra (suite)

… Elle chantait une douce mélopée accompagnée de la harpe celtique ; le feu craquait dans la cheminée, le vent soufflait fort, rude et râpeux, les paroles en gaélique produisaient un curieux effet sur moi, je ne le parlais plus, pourtant j’en avais été bercé dans ma petite enfance, je le comprenais à peine et ce langage avait pour lui la puissance des commencements du monde, j’y tenais ma vocation de poète. Moïra chantait :
Lá na mara Lá na mara nó rabharta Guth na dtonnta a leanadh
(The day of the sea The day of the sea or of the high tides)
A ce moment quelqu’un ouvrit la porte, le vent entra si brutalement dans le pub qu’il éteignit d’un coup toutes les chandelles. Moïra poursuivit le chant de sa belle voix liquide d’où de petits poissons argentés jaillissaient, notes grêles et vives…
Lá na mara nó lom trá Lá na mara nó rabharta Lá an ghainimh, lom trá Lá an ghainimh
 L’audience l’écoutait très calme. J’étais subjugué. Old Paddy rallumait quelques bougies. Une paire d'yeux verts croisa un …

Moïra (Fragment)

Le conteur s’est dressé sur le vieux siège en bois grinçant posé au milieu du pub où l’audience fait cercle. Il déclame de la voix forte qui nous a subjugués pendant un long moment la conclusion de sa version très personnelle de la Ballade du Vieux Marin qui mêle Coleridge à des réminiscences antiques:
Et le Vieux Marin dit :
Elle est la fille du vent râpeux, elle hante les vertes collines d’Irlande, elle est ma femme ma déesse ma souffrance, son nom est porteur d’effroi d’épées de têtes tranchées, elle sème le sable noir des cauchemars dans la tête des enfants. Les fleurs hésitent, les corolles se replient, le printemps recule devant le dernier assaut de l’hiver mêlé aux promesses d’îles et d’azur des golfes lointains. Elle est la fille du dieu du vent cruel qui se lève en tempête et soulève les bateaux. Le sang ruisselle des nuages à flots orangés lumineux lorsqu’elle chante et son chant m’a rattrapé pendant que je traversais l’océan perdu dans un rêve de pierre et m’a réveillé. Je sui…

Riverside

Etres qui traînez votre chevelure au fond de l’abîme avec les torrents, je vous cherche en vain, quelle image pure viendra soulever le rideau du temps ? Henri Thomas, Poésies
Il se tient au milieu de la rivière Au milieu il se tient élancé Il pêche été comme hiver A la mouche les ombres argentées.
Down by the river by the boats Where everybody goes to be alone Where you won’t see any rising sun Down to the river we will run  Agnes Obel, Riverside (lyrics)
Red carpets of chili pave the way To the small temple of Hanuman Millions of tongues pray every day For the resting peace of my Atman It blows within me with a strong stream My consciousness is not clean All washed up I awake under the new sun Wait the cruel blow that will burn me.

Unstuck in Time

This is the way designed by Kurt Vonnegut Jr. to tell the adventures of Billy Pilgrim, main character in ‘Slaughterhouse 5’ novel  (1969) who suffers from intermittent blips of consciousness during which his mind is traveling randomly across his whole life span from birth to death, experiencing or re-enacting in full sensibility different events which frame the narrative of his existence. This is an interesting way to get freed from the linear or classical approach of time experience in literature, it arises from the avant-garde movement of the “streams of consciousness” from early 20th century (Virginia Woolfe, James Joyce, Marcel Proust, Hermann Broch…), at the exception that Vonnegut introduces here a fantasy component which is not only the ability to project or travel into one’s own past, like in a flash-back, just much more vividly experienced, but also in a flash-forward by projecting the character into his own future. And here comes the originality of this design because flash…

Inventions et Partitas I

Inventions BWV 772
Soixante-huit secondes
de violon solo
Première invention
Notes rapides précises fuguées
Chant de l'instrument plein
manié avec dextérité
Monte descent glisse
glissando trilles croches
Cette musique est pour elle-même
Ni image ni prière
ni couleur ni récit
ni même voix
Ou alors une voix
mais supra-humaine
pour oser un tel chant
La pensée s'épuise
l'oeuvre note à note
crée le temps
est le temps
Que reste-t-il l'écoute pure
Musique écriture et lecture
Calme leçon
Deuxième invention
...  Jean-Sébastien.

Paris III - Le nouveau Paris à l'Est

Suite des notes du Carnet fugace...

29 décembre

Promenade Bastille – Bercy le long du canal Bastille et puis jonction avec la Seine (12è arr.)
Cinémathèque Française. Exposition Métropolis "Epopée futuriste" (Fritz Lang) et collections permanentes. Excellente librairie sur le cinéma, classement bien fait par réalisateurs avec livres et films combinés. Post-It 22 Jan. Je n'avais jamais eu l'occasion de voir en entier ce film extraordinaire de 1927 dont les originaux ont été dispersés et les bobines détruites, sauf une série complète par miracle retrouvée en 2007 à la Cinémathèque de Buenos-Aires -- Borges Dieu seul sait comment ! -- qui a permit après un minutieux travail de nettoyage de la pellicule et de remontage de voir le film tel que Fritz Lang l'avait conçu. Au-delà de l'anecdote qui n'intéressera que les historiens du cinéma (noble et excellente discipline) "Métropolis" est un film culte géant où l'on trouvera une allégorie de la lutte de…

Paradis

Image
… j’y pense là maintenant après deux jours deux mille ans près de l’eau mercure gris ciel rougi cris des mouettes zigzaguant tombant vol craie cendres zébrant l’air à fendre elles se disputent sèchement un morceau de pain elles partent reviennent plongent et replongent elles veillent sur le delta elles n’ont jamais froid je suis leur aigre concert leur nasal bruit vert chutes luttes coassements criquements cliquant griminçant de deux choses l’une en effet ou bien il est là en retrait éternellement vivant revivant et nous sommes nous de simples apparitions et des ombres ou bien toute cette histoire est une hallucination et nous sommes quand même des apparitions et des ombres les juifs demandaient un signe les grecs la sagesse… (Paradis, pp. 242-243, Philippe Sollers, Editions du Seuil 1981)
Nous sommes les ombres des vrais hommes au Ciel…
Soudain le jour sembla s’être ajouté au jour, comme si le tout-puissant avait orné le ciel d’un deuxième soleil (Paradis Chant I vers 61-63, Dante, trad. J…

Autoportraits

Télégraphique
Portrait au miroir, il se regarde, qui est-il ? Né au siècle dernier, marié, une fille Il vit à Bruxelles études travail Qui est-il ? Une énigme Ce qu’il aime : les chats la lecture Horreur du bruit.
Enigmatique L’étranger s’approcha de lui furtif L’obscurité tombait dans la prairie A peine un feu pâle au loin Le bipède hésitait, il senti la présence, une force inconnue, il s’arrêta aux aguets, le duvet des oreilles frémissant Même pas une plainte dans le vent doux du soir, rien. L’étranger tendit sa main palmée, toucha la fourrure du bipède L’animal avait reconnu son maître partit très loin dans les étoiles, il était de retour. Satisfait il poussa un ronronnement et se roula en boule pour dormir, là-bas dans la prairie.
Autoréférentiel Self-portrait C’est un pot un port un trait de plume Une pluie de mots pour raconter se raconter A l’envers écriture au miroir. Les carnets de Léonard de Vinci, pour les lire Il faut les présenter devant un miroir Speculum spéculaire spéculatif C’est une plongée dans …

Ich bin's!

Image
15 Jan...
Started reading Dick’s ‘Radio Free Albemuth’, his last novel published after he passed away in 1982, prequel to the so-called ‘Divine Trilogy’, as well as started the exploration of his long-after death publishing, late 2011, of ‘The Exegesis’, the frenzy journal he spent years on, filling thousand of pages in epileptoïc style and illumination of research in religions, philosophy and everything else, massive work that most probably will never be published in full and still accounts for almost 900 pages of selected writings.
18 Jan … Finished reading ‘Radio Free Albemuth’. Despite mixed feelings I am admitting it is a great Philip K. Dick’s novel. I like the ‘self-fictional’ characterization of the author himself in the novel along his twin brother Nicholas Brady who is used as the replica or recipient of Dick’s own mystic experiences during the events of February-March 1974. Well done Phil for this posthumously published work!
Incipit My friend Nicholas Brady, who in his own m…

Paris II - Ballade à Montmartre

Suite de la retranscription des notes du Carnet fugace fugueur d’un fugitif prises sur le vif dans le Petit Moleskine noir...
28 Décembre Découverte du musée de la vie de Montmartre, bourré d’illustrations, d’affiches… Quelques thèmes : les petits poulbots (les enfants de la Butte, les titis parisiens), Mimi Pinson (une grisette), le Chat Noir, le Moulin Rouge, Aristide Bruant, Léon Bloy, la Commune de Paris, le temps des cerises… J’apprécie beaucoup l’ambiance, la mémoire… Cela nous rappelle une visite précédente à Montmartre, c'était le 1er Mai 2009 avec quelques collègues du Fulbright Program: Philippe, Cécilia, Bente, Petra, Florence et Marie. Nous avions déjeuné à « La Bonne Franquette », où nous avons pris place aujourd’hui.
Céline a habité aux adresses suivantes sur la Butte : 92 rue Lepic pendant les années trente, à l’époque du Voyage 4 rue Girardon pendant les années d’occupation, de 41 à Juin 44.
Le soir nous passons devant le 4 rue Girardon ; c’est un grand immeuble qui form…

Ultime leçon d’analyse cinématographique

Image
Retranscription des notes prises peu avant la fermeture définitive du Cinéma Arenberg, besoin de faire passer un message sur une forme de beauté qui défie le temps, sur le cinéma et la fin d'une époque d'art et d'essai à Bruxelles... J'y assistais à la dernière leçon d'analyse cinématographique sur le "Montage Narratif", vaste projet d'analyse démarré il y a plusieurs années par Thierry Odeyn, professeur à l’INSAS

Ce Samedi 26 Novembre 2011… Notes de la leçon et réflexions sur le cinéma, l’Arenberg qui ferme ses portes …
La leçon d’analyse débute par un rappel du ‘Nuit et Brouillard’ d’Alain Resnais et des thèmes qu’on y trouve déjà à l’œuvre et que nous retrouverons dans ‘Hiroshima mon amour’ : la lutte contre l’oubli, ce qui est in-racontable. Dans ‘Hiroshima’ Resnais entreprend une collaboration sur un mode fictionnel avec un écrivain, Marguerite Duras, il a été inspiré par le roman ‘Moderato Cantabile’ de cette jeune écrivain et il lui demande d’écri…

Mon libraire ne vend pas les livres au poids

Image
Hier, promenade dans le Vieux Lille, une affichette chez un bouquiniste spécialisé en Polar et Science-Fiction, la « Librairie des Quatre Chemins », le « Malpertuis » du Nord Pas-de-Calais me ramène à mon billet prémonitoire du 12 Janvier. Le texte ajoute : «Il donne du poids aux livres », l’image : un « pavé » d’Essais de Montagne sous emballage plastifié. Amusante coïncidence. Une autre affiche intéressante : « Travailler moins pour lire plus ». Tout à fait d’accord.  Une journée de petites découvertes avec toujours des livres, beaucoup de livres ramenés à la maison dont deux titres de la défunte collection « Dimension SF » chez Calmann-Lévy, cinquante-cinq numéros édités de 1973 à 1984, une des meilleures collections de science-fiction en français à la grande époque. Quand je pense que j’ai eu la quasi-intégralité de cette collection, et que j’ai tout revendu dans un moment d’égarement il y a quelques années, au poids du papier pour ainsi dire… Nostalgie… Enfin, j’ai quand même retr…

Bouquins

Le bouquiniste parlait de ses livres comme des colonnes jetées bas du temple de Delphes par les barbares; la connaissance disparait, elle meurt lentement avec les derniers porteurs de mots, il ne restera bientôt plus que des paquets de livres ficelés vendus au poids du papier sur les pavés humides des brocantes; c'est la littérature qui meurt peut-être entre ebay et les tablettes numériques?

Remembering the Dust Bowl

Image
From Yahoo to Wanadoo
Is not easy way Sometimes it takes a long journey A storm in Kansas city one day Takes over little Dorothy and leaves over Toto Black dog left alone in a dry and grey season Bags of dust bowls eating up all reasons to hope All caught in a whirlwind over the prairie And no man can say: “I Ain't Got No Home In This World Anymore” But this gust of wind knows its tortuous paths Despite dungeons where it is trapped And malevolent daemons warning signs of wrath Little Dorothy flies like a chameleon She will soon be seeing herself in the nickelodeon “Oh oh!” she says poor Toto is now staring at me From the other side of the window Except there is no window Just the scorched earth of the prairie
From Yahoo to Wanadoo…

photo: Buried machinery in a barn lot; Dallas, South Dakota, May 1936, from Dust Bowl Wikipedia article.

Paris I

Retranscription des notes du Carnet fugace fugueur d’un fugitif prises sur le vif dans le Petit Moleskine noir (le plain reporter Notebook pocket). Les indications en italique sont reportées suite à la relecture des notes d’origine.
28 Décembre Dans le Thalys Bruxelles – Paris. Suivre la biographie de Céline par Yves Buin, les notations sont peut-être autant d’éléments à ressaisir pour une biographie imaginaire (retravaillée) de l’écrivain (mon projet principal d’écriture).

Naissance le 27 mai 1894 de Louis-Ferdinand Destouches. Le Chevalier des Touches (épisode de la chouannerie, voir le texte classique de Barbey d’Aurevilly), est un ancêtre mythique dont Céline utilise le nom pour signer ses premiers textes de jeunesse (Les Vagues, poèmes) et le courrier adressé principalement à Simone Saintu. C’est un sujet romanesque en or ; une rencontre avec Chateaubriand n’est pas à exclure.
De Mars à Novembre 1909 Céline séjourne en Angleterre en pension de famille (Londres, le Kent) ; le personnag…

Paradis II

soleil voix lumière écho des lumières soleil cœur lumière rouleau des lumières...
(incipit : Paradis II, Philippe Sollers, Gallimard 1986)
je reste sans voix roulé de-ci de-là dans l’océan terminal Dante cercle supérieur des lumières création que dire après Sollers écouter symphonie des voix intérieures remonter surface agitée écume friselis mousse à café dorée pépites irradiées du verbe

La Maestranza de Séville

Image
Le sang noir giclait sur le sable chaud par grosses pulsations ; ce furent d’abord de multiples rigoles creusées à la pointe des piques dans la peau percée ; avec grâce et précision le picador poursuivait sa valse lente à cheval autour de la bête son geste achevé, serein, rayonnant et cruel ; puis ce fut au tour du matador d’entamer sa danse de mort, et d’exécuter le coup de grâce d’une fine lame de Tolède plantée dans la nuque pendant qu’une mare de sang s’agrandissait sous les pieds du taureau, et que les jets bouillonnants de cette sève animale s’épanchaient pour le sacrifice offert aux dieux de l’arène, la foule sous le Soleil brûlant de Midi, laquelle, sueur collée aux corps mêlée d’exhalaisons de femmes en un puissant musc d’animale humanité montait, offrande rituelle des fidèles au héros de la cité, l’athlète de la force sombre qui sautillait tout en bas sur le sable chaud, cape rouge, costume doré, taille de guêpe noire, si petit, si grand, si divin, car c’était pour lui que …