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Affichage des articles du avril, 2012

Actualités du pamphlet

Céline populiste?

Mon billet d’hier soir consacré à Céline, ni romans, ni pamphlets à peine posté, le hasard d’une recherche dans Google News sur le mot « pamphlet » m’a permis de lire l’article de Charles Dantzig paru dans Le Monde du 19 Mars, « Du populisme en littérature », suivi de deux réponses : « Le puritanisme, vrai ennemi de la littérature » de Michel Crépu en date du 4 Avril, et « L’humanisme du réalisme » de Frédéric Beigbeder paru le 14 Avril. Trois libelles intéressants, je ne vais pas les résumer ni entrer dans la polémique, suivez les liens, lisez-les, c’est court, percutant et plein de parti pris (définition du pamphlet), tous les trois sont d’accord en désaccord, ils ont leurs raisons que le raisonnement de l’autre ignore, ils ont tous torts, ils sont les plus forts, c’est ce que j’adore dans les pamphlets, rien de vrai que ma vérité, « le pamphlet est l’arme de ceux qui ont découvert l’erreur, pas encore la vérité » comme l’écrit si bien Gilbert Cesbron. Ces textes s’…

Céline, ni romans, ni pamphlets

Hier après-midi, de passage Galerie Bortier dans le centre-ville chez Génicot m’attendait « L’école des cadavres » de Céline. La fille de celui que j’appelle en mon for intérieur « l’avocat Génicot », et qui tient parfois le magasin en l’absence de son père me rapporta l’anecdote suivante lorsque je lui présentai l’ouvrage protégé sous une couverture de papier translucide : « figurez-vous dit-elle, que ce livre était tombé à l’arrière de la rangée depuis un certain temps, il avait été oublié, nous ne nous rappelions plus qu’il y en eut encore un, et hier en rangeant je l’ai trouvé et remis à sa place. Il était pour vous ». Sur quoi, j'avisai que c’était le dernier des pamphlets qui me manquait. Oh, c’est bien ! répondit-elle ». Assis, un client qui venait de négocier une forte vente d’une série de vieux albums illustrés prit le livre un peu étonné et le feuilleta distraitement, cela n’évoquait rien pour lui. Entre connaisseurs un clin d’œil suffit pour se comprendre, je saluai la …

Paris IV - Le Petit Palais

Fin de voyage...
J’achève avec quatre mois de décalage la mise an net des notes prises au vol dans le Carnet Fugace (le petit Moleskine), à Paris entre le 28 et le 30 décembre dernier, conclusion du micro-journal de voyage et de la découverte du Petit Palais. Je renvoie aux pages précédentes de ce journal parisien : I – Céline,  28 décembre (publié le 8 janvier) II – Ballade à Montmartre,28 décembre (publié le 16 janvier) III – Le nouveau Paris àl’Est, 29 décembre (publié le 22 janvier)
30 Décembre
Le Petit Palais Débauche de richesses, où que le regard se porte sur l’exposition de l’agence photographique Magnum « Elles changent l’Inde », forts contrastes, et cela nous a rappelé il y a exactement un an le Rajasthan, la découverte de l’Inde, les chocs, les odeurs d’épices et de lait, les bruits des touk-touk infernaux dans le rues de Jaïpur, les images colorées des saris oranges rouge, et le rose de Jaïpur, le bleu de Jodhpur, le jaune de Jaisalmer, le blanc d’Udaïpur, ces palais peuplés de m…

Chè ve di?

Il est à son poste, de l’autre côté du lac, je le sais, il est là comme tous les matins, très tôt, dès que l’aurore pointe ses doigts au-dessus de la chaîne des monts préalpins, il s’assied à la longue table de travail de bois blanc face à la fenêtre, ouverte, au premier étage de la Villa Carlotta, son cahier noir usé à côté de l’étui de marine qu’il ouvre posément et dont il retire la longue-vue qu’il dépose sur un pied d’observation en cuivre. Ensuite, il allume une cigarette, toujours avec lenteur, les mêmes gestes lents de la répétition, et il la fume jusqu’au bout en laissant son regard flotter sur les eaux bleues, ou grises, ou vertes. A cet endroit, le lac est étroit, le vaporetto dépose les touristes d’un bord à l’autre en moins de cinq minutes. Il aspire longuement chaque goulée de la cigarette et puis il se lève. Deux minutes et trente secondes plus tard, il revient à sa table de travail avec un café qu’il sirote à petites goulées tranquilles.  Il accomplit ce rituel pendant q…

Le parti pris des choses

Un autre objet pongien

C’est un fil qui s’entortille au bout des doigts, ne se laisse pas saisir ; présente un treillis très serré sur la face de deux écoutilles qu’un marin un peu fou aurait attaché pour prévenir ; c’est blanc et froid et dérive d’hydrocarbures, comment - il nous faut un chant, le chant du styrène pour le découvrir ; cela dit-on, dans les ports lointains où le navire s’égare porte les sons très serrés, très aigus, corpusculaires d’une voix de navigation ; de très près on entend le message pour nous délivrer des récifs, des écueils où une nonchalance nous entraîne, et pourtant, et pourtant, cela d’un coup se détend et devient long fil tendu entre les mains, prestidigitation du capitaine, et certains qui l’on vu racontent ce prodige d’une pointe en acier crénelé qui s’enfiche dans un objet noir et se porte aux oreilles en pendentif. Victoire ! victoire du héros qui a vaincu le serpent des origines et du marin qui a déroulé le nœud borroméen de la technique.
Rédigé en ate…

Journal de voyage en Grèce

Mini-Journal de Voyage en Grèce

31 Mars (Samedi) Avion. Arrivée à Panorama en milieu d’après-midi. Nous sommes affamés. Ma mère à préparé un poulet kokinisto.
1er Avril Promenade à Loutraki. Sur la vieille route je m’arrête pour faire le plein d’essence, la station service n’est pas fort courue. Deux petits vieux, l’un parle français, plutôt bien. L’autre m’offre une orange. Comme l’écho d’une très antique tradition.
2 Avril Courses à Mégara le matin. Après-midi studieux dans le patio ensoleillé de la maison. Marie revoit ses cours de grec. J’écris le début d’une nouvelle nouvelle.
3 Avril Couses à Mégara le matin au marché (laïki). Après-midi nonchalant à Loutraki, terrasse de café branché face à la mer d’huile, la montagne au loin, il fait beau. Marie me dit qu’elle s’est ennuyée hier soir et que c’était bon.
4 Avril Ballade au lac Vouliagmeni et au site d’Héraion à la pointe ouest de Loutraki. Pas un chat. Non, justement : quatre chats paresseux devant une taverne au bord du lac où le patron…

Le pompiste

13 Avril. Vendredi Saint. Epitaphio. J’ai vu passer beaucoup d’Athéniens en route vers leurs villages aujourd’hui. C’est un jour de grande circulation. Avec mon frère nous tenons bien notre boutique depuis quarante ans, ce n’est pas aujourd’hui que cela va changer. Le couple de français est repassé aujourd’hui. Rien à lire ce matin, alors j’étudie ma vieille grammaire de grec ancien. Il veut toujours payer son essence par carte. A chaque fois je me trompe de machine, je n’aime pas ces machines. Et nous sommes contrôlés, de plus en plus, c’est à cause de tout ce qui arrive au pays, la faute de ces politiciens. Les uns disent que c’est à cause du « système », les communistes, d’autres que c’est parce que nous n’avons pas eu les chefs que nous méritions. En 1974 pourtant c’étaient les mêmes qui disaient « Caramanlis ou les tanks ! » Et voilà le résultat quarante ans plus tard. Du moment que j’ai encore assez de courage pour tenir la station, tout ira bien ; mais mon frère qui est à la pom…

Apportons nos cadeaux

Sans famille ! J’ai toujours été sans famille. Toute ma vie. Cinquante-six ans.

Toute ma vie a été noire, noire noire. Seul toute ma vie. Seul absolument jusqu’à aujourd’hui. Grâce à Madame Nikki. Je vous remercie mon Dieu de vous être penché sur ma vie misérable. Je vous remercie du fond du cœur Madame Nikki. J’allumerai toujours un cierge pour vous à l’église. Pour votre santé, pour votre famille. Vous avez de la famille Madame Nikki, vous n’avez jamais été seule comme moi. Chaque fois que j’irai prier dans la petite église d’Aghios Loukas, comme chaque année pour le pèlerinage des enfants, j’allumerai un cierge pour vous car vous avez été trop bonne pour moi. Vous m’avez aidé et vous avez pleuré devant tous ces gens. Vous n’avez pas eu peur de montrer combien vous êtes bonne, car vous avez un grand cœur, et c’est pour ça que les gens vous aiment, tous les gens du pays vous aiment. Dieu me pardonne cette image, mais vous étiez pour moi hier soir, pauvre, misérable, noir, sans famill…

L'étrange récit d'Ebenézer Jones (II - Fin)

Journal du Capitaine

2 avril. Bon vent, à cette allure, sans forcer, nous rejoignons les côtes bienheureuses du Brésil dans quelques jours. Les matelots sont contents. Le soir ils dansent sur les airs simples du violon de Monsieur Poeck. Je me retire dans ma cabine. Le second me parle avec enthousiasme des découvertes des naturalistes dans les îles Galapagos.
6 avril. Gros grain au passage du tropique près du pot-au-noir. Légendes, superstitions des marins. Le sang doit être versé dans la mer disent-ils. Aujourd’hui le mousse est tombé à l’eau, pas eu le temps de mettre une barque à la mer, les vagues l’ont englouti, la mer est apaisée. Nous poursuivons notre route, plein sud.
15 avril. Des vents de plus en plus violents nous ont drossés dans la zone des tempêtes, en plein dans les soixantièmes de latitude sud. L’équipage grogne. Il n’y a plus que des biscuits durs pour ordinaire et l’eau douce est rationnée. Je garde sur moi la petite clé de l’armoire où sont entreposés les fusils. Mon …