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Affichage des articles du juin, 2012

Remerciements

Une année, il s'en est passé des choses avec l'atelier. Beaucoup de textes, d'échanges, de passerelles, des mots, des émotions, du langage, des récits, des constructions, des abstractions, des gens, des hommes, des femmes, des rencontres autour de l'écriture.

Merci à toutes et à tous:

Aude, Anne-Françoise, Emilie, Laure, Mariano
Astrid, Charles, Christine, Elise, Robert.

ainsi qu'à Sophie et Véronika

et à toute l'équipe du Pêle-Mêle d'Ixelles.

Thanks a lot!
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Dernière Séance

Cet auteur, “C”, il avait commencé il y a presque un an à se prendre au jeu des métamorphoses. S’il y avait bien un thème, s’il fallait nommer cette chose, oui, il faudrait parler de cela, ou plutôt, de celui qui se transforme.
L’avantage: fourre-tout, on peut tout y faire, plein de possibles, changements, mutations. Cela cache peut-être une réelle recherche de changement... de vie! Ecrivain ou ... ? “C” cherche à tâtons à changer quelque chose dans sa vie par l’écriture. Pour l’écriture? Probablement pas.
L’inconvénient: c’est le caméléon! De quelle couleur est-il aujourd’hui? Quelle est sa forme? Il faut parfois s’arrêter, se fixer une forme.
Une forme! Ou plusieurs: nouvelles, plutôt longues, ou alors micro-fictions de moins d’une page, mais aussi des fragments d’un futur roman monstre, roman-monde. Car “C”, aime balayer le réel à large spectre. Sociologie, dites-vous? Au minimum. Peu de goût pour l’auto-biographie, ou alors de manière très détournée. Les choses avec lesquelles il…

Dernière Danse

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Nouvelle un peu théâtrale
La renommée est volage. Je vis maintenant dans mon travail et dans quelques relations avec les personnes sur qui je puisse vraiment compter. La renommée va passer, et de la gloire  j’en ai eu si longtemps. Si ça passe, j'ai toujours su que c'était volage. Donc, au moins c'est quelque chose que j'ai vécu, mais ce n'est pas là où je vis.

Marilyn Monroe

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Des gradins en béton brut, des chaises éparpillées, un fauteuil en cuir fatigué. Des affiches de film déchirées pendent aux murs. Trainées de suie ou de bougie. Eclairage indirect, lumière douce. L’actrice feuillète un magasine. Elle est habillée d’un jean, d’une chemise blanche. Elle se lève de son fauteuil, invite les spectateurs à entrer dans la pièce, leur fait des signes de la main. Un grand rideau pourpre est tiré devant la scène.
Venez ! Ne faites pas attention au désordre, c’est comme ça tous les soirs… Il y a quelques chaises par là… Oui, vous pouvez les dépla…

Tweets IV

Mirror, mirror upon the wall, who is the fairest of all? Thou White Dwarf are full to bursting with beer and whiskey and the ugliest of all. Your eyes are not enough. Twice on her majesty’s secret service day the man who loved me never dies. No spy with the golden gun from Russia. My cat marks his territory and chases white rabbits all day long. When I see him smoking the hookah, I know something must be wrong with me.

My cat has long memories. When my daughter came back after a year in the States, he sniffled, licked her, meowed a bit, and kneaded happily. Marilyn felt broken inside by words never spoken. She invoked them on a letter for her analyst and took off for ever on the white empty sky. My cat is a superhero trapped under a soft fur, with strong appetite and endless sleeps. To get out of such aloneness he needs the password. My cat kills lots of mouse, a need to play, not to assassinate. My neighbor posts videos on YouTube of naked girls with whom he plays a lot. My cat teaches post…

Les cinq dernières minutes

L’heure avance ! Vous avez entendu le récit de ma chute, comment mon ambition théâtrale s’est effondrée parmi les remugles du whiskey, du Nembutal et du stupre. Je fus longue à me sortir de cette ultime dépression. En quittant la Californie j’avais aussi laissé tomber mon psychanalyste, le Docteur G. J’étais plus perdue que je ne l’avais jamais été. Au bord du gouffre financier, mes anciennes relations se détournant de moi, la presse à sensation acharnée à détruire mon image. Je me cachais toute la journée dans mon appartement derrières des lunettes noires pour ne pas me voir pleurer dans le miroir. Horrible période ! Un jour que je déambulais paumée dans Central Park, nourrissant les cygnes de miettes de pain noir, Geoffrey, un ancien camarade des studios, opérateur image qui était toujours content, désireux de rendre service à tous, me reconnu sans fard, moche, ridée, souillée, il se retourna à mon passage, me prit par le bras, plongea un regard bienveillant dans ma détresse et me dit le…

Avant-dernière séance

Séance exceptionnelle, un jeudi soir plutôt qu’un vendredi. Cette fois-ci nous allons travailler la fin de la nouvelle, la chute. Pour la dernière séance nous travaillerons la réécriture.
C’est quoi une chute ? Un effet de surprise qui éclaire le sens du texte ; qui amène à le réinterpréter. La chute aura une tonalité (humoristique, pathétique, ironique…). C’est une conclusion inattendue. La chute peut être une fin fermée : on a tout compris, tout est résolu, ou une fin ouverte : une part de mystère demeure, l’interprétation reste possible. Types de chutes : le personnage n’est pas celui qu’on croit, un retournement de situation… Dans le cas du « récit enchâssé » qui nous occupe (un récit dans le récit), il y aura donc deux fins, ou deux chutes, ou une chute, et une contre-chute. Structure générale de ce type de nouvelle : Début (mise en situation) - Récit enchâssé (début – milieu – fin) – Retour à la mise en situation initiale et Fin.
Dans la réécriture on va travailler sur l’implicite, l’e…

18 juin

Deux dates clés de l’histoire européenne : la défaite de Waterloo en 1815 et l’appel du général de Gaulle en 1940 me viennent en mémoire aujourd’hui.
Dans trois ans, nous célèbrerons le deux centième anniversaire de la bataille de Waterloo. Deux siècles ! Dans la mémoire collective que j’ingurgite « en mon for intérieur » cela pourrait faire deux millénaires, tellement la distance subjective est grande entre les guerres napoléoniennes et le monde dans lequel je vis, aujourd’hui, une autre planète Terre tout aussi bien. Napoléon, l’épopée postrévolutionnaire, les grandes batailles où des masses d’hommes en uniformes chamarrés s’affrontent sur des champs que l’œil peut embrasser d’un bord à l’autre de l’horizon depuis une hauteur, cette litanie de noms pour des victoires ou des défaites, ces films, la littérature, les peintures historiques, Guerre et Paix, le Colonel Chabert, le Rouge et le Noir, Austerlitz, Iéna, Eylau, Wagram, Arcole « Soldats, suivez votre général ! », Pyramides « Sol…

Ceux qui marchent dans l'obscurité

Les générations futures ne demanderont rien. Elles ne se souviendront même pas que nous avons existé.

Pièce del’écrivain israélien Hanokh Levin, mise en scène par Lara Hubinon, à l’Atelier210 à Bruxelles (du 12 au 30 juin).
Deux ans que je n’avais plus été au théâtre à Bruxelles. Deux chroniques entendues sur Musique 3, l’une lundi dernier, l’autre vendredi dernier, traversant le bois de la Cambre en voiture, me rendant à mon travail, m’ont décidé. Rien de classique, ni dans le texte, ni dans la mise en scène : mais un texte fort qui me ferra dès la première réplique -- de mémoire : « Se lever, se mettre debout, mettre un pas devant l’autre, l’homme est fait pour marcher, faire un pas : c’est quelque chose de définitif… » -- mais une mise en scène sobre et forte qui me happa dès la vision d’ensemble des acteurs présents, toujours à six sur la scène, et des trouvailles, des inventions pour faire circuler la parole, les pas, les personnages, la musique, dans un flux ininterrompu de cent et …

Tweets III

I lead those who tramp into the darkness. My legion grows at every corner of the city. Souls ask where God hides. You! Yes. Join us to know.
As a young couple we worked hard to find our way. But after fifty years of an intense relationship with my pillow Samantha reached peak sex.
Dad’s picture did not change over the years. I grew older than he did. Now, on his grave, I’m looking at him like a father for his lost son.
Mom was looking after her glasses. Cold tobacco smell floated in the air. The cats ignored me. Returning home, after 50 years wasn’t so bad.
The death of the author was the used book’s title I bought in a creepy store underground. Since I am still here I guess I escaped disappeara
What’s wrong with you kid? You’ve got the same blood and DNA as us, the true humans. But you don’t get it right: double lungs, hearts, head.
The chef prepares molecular burgers within the mini nuclear fusion reactor of this trendy restaurant in L.A. Cooking is a great art, really.
The angels quarrele…

Le homard

Enfin à table !... Il était temps… c’est que je commençais à fatiguer… ces réceptions… rester debout… longtemps… faire semblant de participer aux conversations, à gauche, à droite… ‘Soir Madââme la Baronne … Mes hommââges Duchesse… pas la peine d’entendre les réponses… convenu tout ça, convenu… L’âge a du bon, tiens, ma voisine de table, elle doit parler fort, je l’entends à peine, que dit-elle ? à qui parle-t-elle ? Ah oui ! amusant, à ce jeune coq de vieille souche bretonne… voyons, les Guilvinec de Douarnenez … oui c’est ça, je me souviens du grand-père, un diable d’homme ! Mais qu’est-ce qu’il a l’air bête celui-là, il fait le beau c’est évident, heureusement que je n’entends plus très bien… toutes ces conversations… convenu tout ça, convenu… Mais, oh ! cela s’agite ! son vin ! maladroit en plus ! Et il devient tout rouge… oh ! oh ! … comme c’est amusant… Ah ! ma voisine se tourne vers moi, elle est bien mignonne, qui est-ce ?... Hum… la petite nièce du gendre de la Baronne Chastel… …

Tous en scène! (II)

Coucou !

Je suis de retour.
Je n’ai pas été absente très longtemps, juste quelques battements de vos cœurs, pendant que votre respiration s’ajustait au rythme des tambourins.
Je suis un peu facétieuse avec vous ce soir, vous verrez apparaître tous mes personnages.
Faites attention au son de cette guitare électrique qui déchire le silence.
Voila ! L’avez-vous entendue ?
Elle annoncera chacune de mes apparitions. Un détail de mon corps changera à chaque fois: ma coiffure, mes souliers, un petit pas de danse irrésistible.
J’ai agrafé un camélia dans mes cheveux d’or, blanc comme l’enfance et sa pureté. Commençons par mon enfance alors. Vous êtes là pour écouter le récit de ma vie n’est-ce pas ? Vous vous attendez à quelque chose de formidable. Vous ne serez pas déçus.
Ce spectacle, j’ai décidé de le monter toute seule, oui, c’est moi qui l’ai écrit, qui l’ai mis en scène dans ses moindres détails, le texte bien sûr, le décor sonore, la musique, les bougies, le rideau du fond. Même les chaises en…

Variations sur "Le Dit du Vieux Marin" de Coleridge

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Ce jour-là j'étais convié à la noce mais je rencontrai un spectre en chemin.
“Un jour très lointain, le dernier homme verra l'aube lui dévoiler un monde inconnu. Epris de beauté, il chantera les plaintes et les joies de la Terre dans les douleurs de l'enfantement d'un sens nouveau.” C'est ainsi que le vieillard me prit à partie, alors que je me dirigeais vers la fête. L'oeil furieux, la barbe sale et encombrée, il me fixait sans ciller. Je ne remarquai pas tout de suite l'absence de paupières. “C'est le terrible châtiment qu'il encourra, ce dernier homme. Et il essuiera ses pleurs amers, et son regard dissipera les mornes ténèbres...”
La musique me parvenait de l'autre côté de la belle arche fleurie où les époux étaient arrivés, entourés de leurs amis et de rares enfants. Le concert des tambourins et des flûtes soutenait la voix divine de Lisa qui célébrait dans sa pureté l'hymen et l'espoir de la communauté. J'entendais cela et mon cœu…