Monday, 30 January 2012

Moïra (suite)

… Elle chantait une douce mélopée accompagnée de la harpe celtique ; le feu craquait dans la cheminée, le vent soufflait fort, rude et râpeux, les paroles en gaélique produisaient un curieux effet sur moi, je ne le parlais plus, pourtant j’en avais été bercé dans ma petite enfance, je le comprenais à peine et ce langage avait pour lui la puissance des commencements du monde, j’y tenais ma vocation de poète. Moïra chantait :

Lá na mara
Lá na mara nó rabharta
Guth na dtonnta a leanadh

(The day of the sea
The day of the sea or
of the high tides)

A ce moment quelqu’un ouvrit la porte, le vent entra si brutalement dans le pub qu’il éteignit d’un coup toutes les chandelles. Moïra poursuivit le chant de sa belle voix liquide d’où de petits poissons argentés jaillissaient, notes grêles et vives…

Lá na mara nó lom trá
Lá na mara nó rabharta
Lá an ghainimh, lom trá
Lá an ghainimh

 L’audience l’écoutait très calme. J’étais subjugué. Old Paddy rallumait quelques bougies. Une paire d'yeux verts croisa un instant mon regard dans la pénombre, deux prunelles aussi profondes que les eaux du lac. « Mon dieu, me suis-je dit, mais je me damnerais pour ces yeux là… ». Le regard de Moïra telle une flamme verte m’a brûlé l’esprit. Fallait-il que je sois subjugué pour mon malheur par tant de douceur ?

Car hélas, Moïra n’est plus, un hiver mauvais se levait des forêts de Germanie, l’ombre des vieilles divinités jalouses s’étendrait sur nous, sur elle…

Pendant la pause je l'invitai à ma table ; petite, vigoureuse, Moïra s'installa sans complexe et but d’une traite la pinte de l’onctueuse bière noire que je lui présentai, la déposa et parti d’un franc rire communicatif, ses dents blanches bien découpées, l’ornement d’une belle fleur rouge volubile qui m’entretint le temps d’une brève conversation des choses qui tenaient à mon cœur. « Nous nous reverrons demain soir, me dit-elle, si tu veux ». Le concert repris de plus belle…
Je revis Moïra les jours suivants, et tous les soirs jusqu’à la Saint-Patrick chez Paddy’s Pub, là-bas à Tullycross au pied du château de Ballynahinch. Pendant la journée je me promenais sur la lande et me perdit plus d’une fois au détour d’un lac ou d’un promontoire compliqué. J’y récoltais des impressions, des couleurs, le souffle du vent, que je retranscrivais dans mon carnet, et le soir je me tenais dans le coin le plus obscur du pub, j’attendais l’arrivée de Moïra et ses frères, ils étaient fameux dans la région, la renommée de leur groupe folklorique s’étendait dans le comté voisin du Donneghal où Clannad, c’était leur nom, partirait en tournée après la Saint-Patrick.
Je la dévorais des yeux pendant qu’elle jouait de la harpe, très droite ; j’aimais sa longue chevelure noire déposée sur ses épaules nues, la longue robe d’un beau vert foncé fermée d’une ample ceinture de cuir et la chaîne argentée avec une croix pour tout ornement autour du cou qui l’habillaient comme une dame du temps jadis. Pendant les pauses elle me rejoignait et nous vidions nos pintes de Guinness d’un rire joyeux. Old Paddy me glissa un soir à l’oreille : « tu en as de la veine O’Cadhain ! On dit que c’est ta poésie qui a capturé l’oiseau, ne la met surtout pas en cage… ».
Des affaires pressantes de ma famille me forcèrent à quitter le Connemara pour Dublin au début du printemps. Lorsque je repassai par Tullycross l’année suivante j’appris que Moïra et ses frères étaient partis pour l’Amérique, la renommée de Clannad avait franchi l’océan où nos compatriotes à New-York avaient pris soin d’inviter le groupe pour une grande tournée à travers les Etats-Unis.

Les années passèrent, je l’oubliai un peu… je revis Moïra au printemps de l’année 1940… 

Sunday, 29 January 2012

Moïra (Fragment)

Le conteur s’est dressé sur le vieux siège en bois grinçant posé au milieu du pub où l’audience fait cercle. Il déclame de la voix forte qui nous a subjugués pendant un long moment la conclusion de sa version très personnelle de la Ballade du Vieux Marin qui mêle Coleridge à des réminiscences antiques:

Et le Vieux Marin dit :

Elle est la fille du vent râpeux, elle hante les vertes collines d’Irlande, elle est ma femme ma déesse ma souffrance, son nom est porteur d’effroi d’épées de têtes tranchées, elle sème le sable noir des cauchemars dans la tête des enfants. Les fleurs hésitent, les corolles se replient, le printemps recule devant le dernier assaut de l’hiver mêlé aux promesses d’îles et d’azur des golfes lointains.
Elle est la fille du dieu du vent cruel qui se lève en tempête et soulève les bateaux. Le sang ruisselle des nuages à flots orangés lumineux lorsqu’elle chante et son chant m’a rattrapé pendant que je traversais l’océan perdu dans un rêve de pierre et m’a réveillé. Je suis de retour chez moi avec mes amis les elfes, leprechauns et hobbits des rivages rieurs, et nous chantons tous en chœur maintenant : elle est ma femme ma déesse ma souffrance… 

And old sailor said: 

she was my wife
she became cursed after a while
after I lost my ship
for all my sins she expired.

« C’est une histoire bien triste » disent les enfants qui ont écouté ; leurs parents fument tranquillement l’herbe à pipe dans les coins patinés de ce pub du Connemara. Old Paddy invite le conteur à partager quelques Guinness au comptoir avec les habitués. Trois musiciens s’installent à leur tour au milieu du pub, violons et tambourin et l’ambiance repart sur une gigue de tous les diables. Les gens se lèvent spontanément et dansent en tapant du pied, les bottines à talons durs claquent sur le bois. L’ambiance est joyeuse. Le conteur et sa triste ballade sont déjà loin. Amuser à se faire peur et puis rire, danser, écouter de la poésie, c’est une soirée presque ordinaire chez Old Paddy, sauf que pour moi, cela ne prend pas aujourd’hui, je reste caché dans un coin du pub, mon carnet ouvert, l’inspiration ne vient pas, à peine y ai-je griffonné quelques phrases. Mes pensées dérivent vers le passé, quoi de plus normal, c’est ici que je rencontrai Moïra pour la première fois, dans un autre temps, une autre vie. Moïra ma femme ma déesse …

Thursday, 26 January 2012

Riverside

Etres qui traînez votre chevelure
au fond de l’abîme avec les torrents,
je vous cherche en vain, quelle image pure
viendra soulever le rideau du temps ?

Il se tient au milieu de la rivière
Au milieu il se tient élancé
Il pêche été comme hiver
A la mouche les ombres argentées.

Down by the river by the boats
Where everybody goes to be alone
Where you won’t see any rising sun
Down to the river we will run 

Red carpets of chili pave the way
To the small temple of Hanuman
Millions of tongues pray every day
For the resting peace of my Atman
It blows within me with a strong stream
My consciousness is not clean
All washed up I awake under the new sun
Wait the cruel blow that will burn me.

Tuesday, 24 January 2012

Unstuck in Time

This is the way designed by Kurt Vonnegut Jr. to tell the adventures of Billy Pilgrim, main character in ‘Slaughterhouse 5’ novel  (1969) who suffers from intermittent blips of consciousness during which his mind is traveling randomly across his whole life span from birth to death, experiencing or re-enacting in full sensibility different events which frame the narrative of his existence.
This is an interesting way to get freed from the linear or classical approach of time experience in literature, it arises from the avant-garde movement of the “streams of consciousness” from early 20th century (Virginia Woolfe, James Joyce, Marcel Proust, Hermann Broch…), at the exception that Vonnegut introduces here a fantasy component which is not only the ability to project or travel into one’s own past, like in a flash-back, just much more vividly experienced, but also in a flash-forward by projecting the character into his own future.
And here comes the originality of this design because flashing oneself into the future could be just a matter of imagining that future, as we do in our everyday lives, but no, it is one’s own future for real. In other words the character gets the ability to see his entire lifespan “through the fourth dimension” whose life therefore gets completely determined “in advance”.
No freedom, no free will, destiny like in old textbooks is written ‘from the eternity’. This is the flaw with this method, once you start playing with the idea you finish in utter despair.
I remember a long ago having read an extraordinary short story from Norman Spinrad, “The Weed of Time” (1970) just based around this concept. Now I wonder whether Spinrad imagined the concept alone or had just read Kurt Vonnegut’s novel published one year earlier?
The problem with both Spinrad or Vonnegut is that they need to postulate a deus ex machina to make the effect happen (a drug or aliens) while a literary challenge would be just to put the reader into feeling or deducting himself, without such easy explanations, what is happening to the narrative flow. This requires mastery of narrative, style, perspective and “editing” (like in cinema) of a greater scale. This is why sometimes Science Fiction looks so childish to me despite its high qualities in terms of content, insight and open-mindedness. Nevertheless, as Vonnegut says…
So it goes.

Monday, 23 January 2012

Inventions et Partitas I

Inventions BWV 772
Soixante-huit secondes
de violon solo
Première invention
Notes rapides précises fuguées
Chant de l'instrument plein
manié avec dextérité
Monte descent glisse
glissando trilles croches
Cette musique est pour elle-même
Ni image ni prière
ni couleur ni récit
ni même voix
Ou alors une voix
mais supra-humaine
pour oser un tel chant
La pensée s'épuise
l'oeuvre note à note
crée le temps
est le temps
Que reste-t-il l'écoute pure
Musique écriture et lecture
Calme leçon
Deuxième invention
...  Jean-Sébastien.

Sunday, 22 January 2012

Paris III - Le nouveau Paris à l'Est

Suite des notes du Carnet fugace...

29 décembre

Promenade Bastille – Bercy le long du canal Bastille et puis jonction avec la Seine (12è arr.)

Cinémathèque Française. Exposition Métropolis "Epopée futuriste" (Fritz Lang) et collections permanentes. Excellente librairie sur le cinéma, classement bien fait par réalisateurs avec livres et films combinés.
Post-It 22 Jan. Je n'avais jamais eu l'occasion de voir en entier ce film extraordinaire de 1927 dont les originaux ont été dispersés et les bobines détruites, sauf une série complète par miracle retrouvée en 2007 à la Cinémathèque de Buenos-Aires -- Borges Dieu seul sait comment ! -- qui a permit après un minutieux travail de nettoyage de la pellicule et de remontage de voir le film tel que Fritz Lang l'avait conçu. Au-delà de l'anecdote qui n'intéressera que les historiens du cinéma (noble et excellente discipline) "Métropolis" est un film culte géant où l'on trouvera une allégorie de la lutte des classes, un roman de science-fiction, une "matrice des villes du futur", inspiration directe par exemple du Los Angeles de Ridley Scott dans Blade Runner, vision aujourd'hui dépassée, "futur antérieur" certes mais quelle poésie dans ces images de Fritz Lang, quelles étranges noces chimiques stylisées Art Déco!

Brasserie « Café Chabalier ». Ambiance :
Hé bonjour M’sieur Dame ! Vous revoila ! Allez-y installez-vous à l’aise, j’arrive dans une minute !

Les Parisiens, peuple naturellement porté vers la littérature, il suffit d’observer et d’écouter les gens qui lisent un peu partout, dans le métro, dans les brasseries, les salles d’attente des musées, et pas seulement des journaux mais de bels et biaux livres … de poésie, des essais de ci de là…
Les gens qui parlent aux terrasses chauffées des cafés les gens qui parlent à leur téléphone portable marchent vite vers une destination un rendez-vous amoureux parfois d’affaire ou les deux les gens les Parisiens et cette langue ces accents ces expressions imprègnent le cerveau comme un buvard gourmand d’encre sur lequel des mots se forment des phrases des incipits de textes de textes.
La littérature naît de l’amour de la vie, c’est l’encre spirituelle qui s’enrubanne dans nos phylactères émotifs.

Découverte de la Bibliothèque Nationale de France « François Mitterand », site des quatre tours, froid et futuriste et grandiose, grandiloquent un rien peut-être mais quelle vie à l’intérieur !
Comme on dit à Bruxelles, c’est plein de « studenten » sauf qu’à Bruxelles justement, il n’y a rien de comparable, plein d’une vie à la fois studieuse, concentrée sur les travaux, les lectures, toutes les salles de lecture du parcours rectangulaire entre les quatre tours d’angle saturées et chacune dédiée à une spécialité et aussi très décontractée, ambiance vacances, un rien jours de fêtes, expos, étudiants assis par terre leurs laptops sur les genoux…
Le soir retour à Montmartre. Et s’achève ainsi le deuxième jour dans l’ambiance cosy du bar « Le Vrai Paris » rue des Abbesses, entouré – faut-il préciser ? – de ‘beautiful people » car toutes les Parisiennes sont belles tous les Parisiens sont brillants. Luminaires romantiques, abats jours parcheminés rose faux cristal banquettes à l’anglaise murs de pierre ronde et généreuse Lounge chaleureux et toujours les mêmes voisins de table sur la terrasse chauffée de l’autre côté du simple vitrage, bordure efficace contre la fumée des cigarettes qui chauffent la salle des machines du Moloch alangui de l’autre côté de la rue… Etrange non ?

Saturday, 21 January 2012

Paradis

… j’y pense là maintenant après deux jours deux mille ans près de l’eau mercure gris ciel rougi cris des mouettes zigzaguant tombant vol craie cendres zébrant l’air à fendre elles se disputent sèchement un morceau de pain elles partent reviennent plongent et replongent elles veillent sur le delta elles n’ont jamais froid je suis leur aigre concert leur nasal bruit vert chutes luttes coassements criquements cliquant griminçant de deux choses l’une en effet ou bien il est là en retrait éternellement vivant revivant et nous sommes nous de simples apparitions et des ombres ou bien toute cette histoire est une hallucination et nous sommes quand même des apparitions et des ombres les juifs demandaient un signe les grecs la sagesse…
(Paradis, pp. 242-243, Philippe Sollers, Editions du Seuil 1981)

Nous sommes les ombres des vrais hommes
au Ciel…

Soudain le jour sembla s’être ajouté
au jour, comme si le tout-puissant
avait orné le ciel d’un deuxième soleil
(Paradis Chant I vers 61-63, Dante, trad. Jacqueline Risset, Flammarion 2010)

…et soudainement je le vis !
Le Labarum rouge sur fond blanc !
Le bouclier éternel des armées du juste
Dans le ciel entre deux nuages entre deux flèches blanches
… et le bouclier devint métal rougi
né des forges du Saint-Empire
Et il frappa tous mes ennemis de sa puissante lumière
… il marche devant moi le porteur de bannière
Dans les sombres défilés où la mort nous guette
Dans les déserts mésopotamiens de sueur et de sel
Elle marche lourdement l’armée de Sol Invictus
Vers l’anéantissement dans la blancheur
Vers la gloire en sa splendeur absorbée
Vers le Labarum rouge sur fond blanc
Nous y revenons nous rentrons
Nos ombres s’effacent
… et nous fûmes tous en lui !

Nous sommes les ombres
Des vrais hommes au Ciel…

Mais ce que le signe qui me fait parler
avait fait d’abord et devait faire ensuite
dans ce royaume terrestre qui lui est soumis
devient en apparence pauvre et obscur…
(Paradis Chant VI vers 82-84, Dante, trad. Jacqueline Risset, Flammarion 2010)



Friday, 20 January 2012

Autoportraits

Télégraphique
Portrait au miroir, il se regarde, qui est-il ?
Né au siècle dernier, marié, une fille
Il vit à Bruxelles études travail
Qui est-il ? Une énigme
Ce qu’il aime : les chats la lecture
Horreur du bruit.

Enigmatique
L’étranger s’approcha de lui furtif
L’obscurité tombait dans la prairie
A peine un feu pâle au loin
Le bipède hésitait, il senti la
présence, une force inconnue, il s’arrêta
aux aguets, le duvet des oreilles frémissant
Même pas une plainte dans le vent doux
du soir, rien.
L’étranger tendit sa main palmée, toucha
la fourrure du bipède
L’animal avait reconnu son maître partit
très loin dans les étoiles, il était de retour.
Satisfait il poussa un ronronnement et se roula
en boule pour dormir, là-bas dans la prairie.

Autoréférentiel
Self-portrait
C’est un pot un port un trait de plume
Une pluie de mots pour raconter se raconter
A l’envers écriture au miroir.
Les carnets de Léonard de Vinci, pour les lire
Il faut les présenter devant un miroir
Speculum spéculaire spéculatif
C’est une plongée dans la mémoire génétique
L’ADN mitochondrial qui dit-on remonte
La lignée maternelle au fil des millénaires.
C’est un port de tête qu’il porte droit
Du mieux qu’il peut.

Rédigé en Atelier d'Ecriture 2è série

Thursday, 19 January 2012

Ich bin's!

15 Jan...
Started reading Dick’s ‘Radio Free Albemuth’, his last novel published after he passed away in 1982, prequel to the so-called ‘Divine Trilogy’, as well as started the exploration of his long-after death publishing, late 2011, of ‘The Exegesis’, the frenzy journal he spent years on, filling thousand of pages in epileptoïc style and illumination of research in religions, philosophy and everything else, massive work that most probably will never be published in full and still accounts for almost 900 pages of selected writings.

18 Jan
Finished reading ‘Radio Free Albemuth’. Despite mixed feelings I am admitting it is a great Philip K. Dick’s novel. I like the ‘self-fictional’ characterization of the author himself in the novel along his twin brother Nicholas Brady who is used as the replica or recipient of Dick’s own mystic experiences during the events of February-March 1974. Well done Phil for this posthumously published work!

Incipit
My friend Nicholas Brady, who in his own mind helped save the world, was born in Chicago in 1928 but then moved right to California.
p.20
A figure stood silently beside the bed, gazing down at him. The figure and Nicholas regarded each other; Nicholas grunted in amazement and sat up. At once Rachel awoke and began to scream.
‘Ich bin’s!’ Nicholas told her reassuringly (he had taken German in high school). What he meant to tell her was that the figure was himself, ‘Ich bin’s’ being the German idiom for that.

How can I render the strange experience of reading a Philip K. Dick’s novel? Especially this one? God knows (or Valis knows) I read a lot of them in my young age (Ubik, Man in the High Castle, Simulacra, The three Stigmata of Palmer Eldritch, Solar Lottery, Clans of the Alphane Moon, Dr Bloodmoney…) but I kept always away from the weird stuff he had written almost at the end of his life, between 1976 and 1981 in transition from drug abuse to religion. This guy went completely nuts, it is very clear to me now but what makes him depart from the ordinary fool is that he meant it very seriously to report about his madness as a writer, and as work of autofiction. By some strange coincidence of events, it happens that at the same time, a French writer coined the concept and practice of ‘autofiction’ (Serge Doubrovsky, Fils, 1977). It was in the ‘air’ apparently, thanks to ‘post-structuralism memetic contamination’ (influence), a bit of the same kind infecting the mind of Nicholas Brady in ‘Radio Free Albemuth’. What is odd with Dick is the distance between the frugality of his writing style, plain, dull, trivial and the living experiences of the protagonists most of the time being uplifted into some heavenly world of visions and knowledge.

Anyway… ‘Ich bin’s!’ tells the ghost image of myself to me and the other guy waiting in the elevator it is time to move upwards the office in cubicle permutation awaits today a new flow of data from the laptop I will plug into my head through the earphone of the iPhone this is not about a trilogy but the very real experience of moving up and down into the three circles of life and death inferno purgatory  paradise through switches in high-speed connections however the slowest link prevails emotions interfere as usual beams of light eerie sounds play their chaos nothing will stop me this is my duty the conference room the management board I am here this is it gentlemen you are dead and I am alive suddenly the guy slams the doors people stare at each other in amazement he is completely nuts but they don’t see their faces this board is a collection of robots robots I am alive and you are all dead said he before jumping from the fifth floor of the building through closed windows without fracturing them and they could see him flying upwards the wings opened as a raptor bootstrapped from nowhere into the void … ‘Ich bin’s!’


Monday, 16 January 2012

Paris II - Ballade à Montmartre

Suite de la retranscription des notes du Carnet fugace fugueur d’un fugitif prises sur le vif dans le Petit Moleskine noir...

28 Décembre
Découverte du musée de la vie de Montmartre, bourré d’illustrations, d’affiches… Quelques thèmes : les petits poulbots (les enfants de la Butte, les titis parisiens), Mimi Pinson (une grisette), le Chat Noir, le Moulin Rouge, Aristide Bruant, Léon Bloy, la Commune de Paris, le temps des cerises… J’apprécie beaucoup l’ambiance, la mémoire… Cela nous rappelle une visite précédente à Montmartre, c'était le 1er Mai 2009 avec quelques collègues du Fulbright Program: Philippe, Cécilia, Bente, Petra, Florence et Marie. Nous avions déjeuné à « La Bonne Franquette », où nous avons pris place aujourd’hui.

Céline a habité aux adresses suivantes sur la Butte :
92 rue Lepic pendant les années trente, à l’époque du Voyage
4 rue Girardon pendant les années d’occupation, de 41 à Juin 44.

Le soir nous passons devant le 4 rue Girardon ; c’est un grand immeuble qui forme le coin de la rue avec l’avenue Junot, cinq étages. Je me suis demandé qui occupe aujourd’hui l’ancien appartement de Céline (sans oublier Lucette, et Bébert le chat) ; c’était un trois pièces peu confortable, probablement agrandi depuis lors. Est-il occupé par un locataire, un propriétaire, un couple de retraités, une célibataire qui travaille dans les boutiques de luxe de la place Vendôme, un artiste peintre divorcé qui garde son jeune fils une semaine sur deux, des dealers, un autre écrivain ? J’imaginais : que se passerait-il si je sonnais au cinquième étage, là où Céline a vécu ? Petit dialogue dans l’interphone :

Bonsoir, pourrais-je visiter votre appartement ?
Vous habitez à l’endroit où Céline à vécu, le grand écrivain, dans les années quarante, ici, le saviez-vous ?
Non, qui vous dites, c’est qui celle-là ?...
Non, non, c’était un homme, Louis-Ferdinand…
Heu ouais… et alors ?
Je suis un de ses admirateurs, c'est ici qu'il a vécu, chez vous, je me disais… si c’est pas trop vous demander…
De mettre les pieds chez moi ?
— Juste un petit moment... retrouver un peu de cette atmosphère... Vous savez? Paris, tout ça!
— Oh ! Je connais pas ce loustic moi ! Et j’vous connais pas non plus tiens, c’que c’est comme façon ! J’vous enverrai ma copine, la grosse Céline, l’hirondelle du coin ! Attendez que je lui passe un coup de grelot et elle va vous agrafer du colbak, non mais !
Faut pas vous fâcher Monsieur, c’était juste une question innocente, comme ça, en passant dans le coin…l'atmosphère vous comprenez, ça me perdra tiens...
Mais c’est qu’il insiste le bonhomme. Z’êtes un amateur de rosette que ça m’en a tout l’air ! Dégoûtant ! Sonner chez les braves gens, j’vais vous faire danser le rigodon moi !
C’est bon, désolé pour le dérangement, au revoir Monsieur !
Allez au diable ! Gueule d'atmosphère !

Relisez tout Céline! C'est tellement mieux!

Je cherche une âme
L’âme en toute chose
Dans les pierres, dans les rues
Sur les places, sur les façades des maisons
— Et les gens ? demanda l’enfant
Ils ont une âme aussi ?

Passage Librairie des Abesses en fin d’après-midi :
Céline, ça a débuté comme ça (Découvertes Gallimard)
Les contes du Lapin Agile (Christian Nucera)

Tous les Parisiens mangent baguette brie ce soir ou brie beurre baguette avec un ballon de Brouilly s’il vous plaît !
Thé à la menthe ou t’es citron ? Comédie de boulevard délirante vue ce soir au Théâtre Fontaine. A recommander.
L’agrément des terrasses de café chauffées à Paris, à faire en toutes saisons… et pas spécialement en hiver !

Sunday, 15 January 2012

Ultime leçon d’analyse cinématographique

Retranscription des notes prises peu avant la fermeture définitive du Cinéma Arenberg, besoin de faire passer un message sur une forme de beauté qui défie le temps, sur le cinéma et la fin d'une époque d'art et d'essai à Bruxelles... J'y assistais à la dernière leçon d'analyse cinématographique sur le "Montage Narratif", vaste projet d'analyse démarré il y a plusieurs années par Thierry Odeyn, professeur à l’INSAS

Ce Samedi 26 Novembre 2011…
Notes de la leçon et réflexions sur le cinéma, l’Arenberg qui ferme ses portes …

La leçon d’analyse débute par un rappel du ‘Nuit et Brouillard’ d’Alain Resnais et des thèmes qu’on y trouve déjà à l’œuvre et que nous retrouverons dans ‘Hiroshima mon amour’ : la lutte contre l’oubli, ce qui est in-racontable.
Dans ‘Hiroshima’ Resnais entreprend une collaboration sur un mode fictionnel avec un écrivain, Marguerite Duras, il a été inspiré par le roman ‘Moderato Cantabile’ de cette jeune écrivain et il lui demande d’écrire pour lui un roman (rédigé en huit semaines, un exploit).
Resnais ne veut pas faire sur ‘Hiroshima’ un film d’horreur sur l’horreur, il veut faire autre chose : est-ce qu’on peut vivre une histoire d’amour dans ce contexte-là (guerre froide au moment du récit sur fond de catastrophe à Hiroshima – la menace de l’atome). Resnais propose que Duras écrive une narration au présent, il rejette l’approche classique des flash-backs (exemple : Le Jour se lève de Marcel Carné) qu’il considère contraire à toute réalité psychologique ; pour lui la mémoire n’est pas chronologique (linéaire) ; le « réalisme mental » voila le « vrai réalisme » pour Resnais. Ce qu’il rejette en somme : le vérisme.
Importance de la diction très particulière, de la voix des acteurs (Emmanuelle Riva, Okada) ; le lyrisme des personnages.
Référence commune à Resnais et l’équipe de tournage au Japon : L’Orphée de Cocteau (où comment se faire comprendre en référence à un film).
Comparaison évoquée mais pas approfondie du film avec un Quatuor musical.
Analyse du prologue d’Hiroshima : les voix (Riva, Duras), les rapports contrapuntiques entre images et musique.
Livre de référence pour Resnais : la biographie / commentaire rédigée par Gaston Bounoure chez Seghers en 1961. Après la séance je passe dans la galerie Bortier chez Génicot et je trouve là le bouquin, au sous-sol, bien mis en évidence Il m’attendait, c’est évident.

Et c’était la dernière leçon – prématurée – du cycle d’analyse cinématographique pour cause de fermeture définitive de l’Arenberg, Galerie de la Reine à Bruxelles. Une page se tourne… Mélancolie.



photo de l'auteur: Emmanuelle Riva dans "Hiroshima mon amour" d'Alain Resnais (1959), cinéma Arenberg 26 Novembre 2011

Saturday, 14 January 2012

Mon libraire ne vend pas les livres au poids

Hier, promenade dans le Vieux Lille, une affichette chez un bouquiniste spécialisé en Polar et Science-Fiction, la « Librairie des Quatre Chemins », le « Malpertuis » du Nord Pas-de-Calais me ramène à mon billet prémonitoire du 12 Janvier. Le texte ajoute : «Il donne du poids aux livres », l’image : un « pavé » d’Essais de Montagne sous emballage plastifié. Amusante coïncidence.
Une autre affiche intéressante : « Travailler moins pour lire plus ». Tout à fait d’accord.
 Une journée de petites découvertes avec toujours des livres, beaucoup de livres ramenés à la maison dont deux titres de la défunte collection « Dimension SF » chez Calmann-Lévy, cinquante-cinq numéros édités de 1973 à 1984, une des meilleures collections de science-fiction en français à la grande époque. Quand je pense que j’ai eu la quasi-intégralité de cette collection, et que j’ai tout revendu dans un moment d’égarement il y a quelques années, au poids du papier pour ainsi dire… Nostalgie… Enfin, j’ai quand même retrouvé deux de ces petits chefs-d’œuvre : Options de Robert Sheckley et Simulacres de Philip K. Dick.


photo de l'auteur

Thursday, 12 January 2012

Bouquins

Le bouquiniste parlait de ses livres comme des colonnes jetées bas du temple de Delphes par les barbares; la connaissance disparait, elle meurt lentement avec les derniers porteurs de mots, il ne restera bientôt plus que des paquets de livres ficelés vendus au poids du papier sur les pavés humides des brocantes; c'est la littérature qui meurt peut-être entre ebay et les tablettes numériques?

Monday, 9 January 2012

Remembering the Dust Bowl

From Yahoo to Wanadoo
Is not easy way
Sometimes it takes a long journey
A storm in Kansas city one day
Takes over little Dorothy and leaves over Toto
Black dog left alone in a dry and grey season
Bags of dust bowls eating up all reasons to hope
All caught in a whirlwind over the prairie
And no man can say:
“I Ain't Got No Home In This World Anymore”
But this gust of wind knows its tortuous paths
Despite dungeons where it is trapped
And malevolent daemons warning signs of wrath
Little Dorothy flies like a chameleon
She will soon be seeing herself in the nickelodeon
“Oh oh!” she says poor Toto is now staring at me
From the other side of the window
Except there is no window
Just the scorched earth of the prairie
From Yahoo to Wanadoo…


photo: Buried machinery in a barn lot; Dallas, South Dakota, May 1936, from Dust Bowl Wikipedia article.

Sunday, 8 January 2012

Paris I

Retranscription des notes du Carnet fugace fugueur d’un fugitif prises sur le vif dans le Petit Moleskine noir (le plain reporter Notebook pocket). Les indications en italique sont reportées suite à la relecture des notes d’origine.

28 Décembre
Dans le Thalys Bruxelles – Paris. Suivre la biographie de Céline par Yves Buin, les notations sont peut-être autant d’éléments à ressaisir pour une biographie imaginaire (retravaillée) de l’écrivain (mon projet principal d’écriture).

Naissance le 27 mai 1894 de Louis-Ferdinand Destouches.
Le Chevalier des Touches (épisode de la chouannerie, voir le texte classique de Barbey d’Aurevilly), est un ancêtre mythique dont Céline utilise le nom pour signer ses premiers textes de jeunesse (Les Vagues, poèmes) et le courrier adressé principalement à Simone Saintu. C’est un sujet romanesque en or ; une rencontre avec Chateaubriand n’est pas à exclure.

De Mars à Novembre 1909 Céline séjourne en Angleterre en pension de famille (Londres, le Kent) ; le personnage de Nora Merrywith dans « Mort à Crédit » est directement inspiré par cette expérience ; toute sa vie Céline gardera la nostalgie de Londres dont il reparlera aussi, principalement, dans « Guignol’s Band ». Londres est un sujet majeur dans l’autofiction des Métamorphoses de C. Il y a des liens à faire entre Nora Merrywith et la série des trois personnages féminins d’Ian McDonald dans « Roi du matin, Reine du jour ».

En 1912 Céline s’enrégimente au 12è Cuirassiers à Rambouillet. Il y fait connaissance avec des pensionnaires de « La Ruche », établissement d’éducation libertaire fondé par Sébastien Faure sous le patronage de la Baronne d’Uzès. Il s’en souviendra en 1950 lors de son procès (courrier avec Louis Lecoin). Céline entre en contact avec l’anarchisme. Peut-être imaginer une rencontre avec une pensionnaire de la Ruche un peu délurée ?

De Mai 1915 à Janvier 1916, retour à Londres. Céline démobilisé lit beaucoup : Hegel, Fichte, Nietzsche, Schopenhauer et des historiens (chroniqueurs du moyen-âge, voir ses allusions à Froissart, Joinville dans une des grandes interviews de 1957 lorsqu’il se comparera lui-même à un chroniqueur avec la publication « D’un château l’autre »). En novembre un épisode très romanesque intervient dans la vie de Céline, la rencontre de Mata-Hari au Savoy Hotel, en compagnie de son acolyte George Geoffroy. Nuit à trois ? En octobre 1917 Mata-Hari sera fusillée comme espionne par les Français qui l’accusent d’avoir vendu des secrets militaires aux Allemands (les preuves apparaissent bien minces aujourd’hui, elles pourraient avoir été fabriquées par les Allemands qui la soupçonnaient d’être un espion à la solde des Français ! Une histoire d’agent double qui a mal tourné ? Est-ce que Céline y aurait joué un rôle ?)

Le 19 Janvier 1916 Céline contracte un mariage blanc avec Suzanne Nebout, entraîneuse dans un bar à Londres. Les raisons de ce mariage n’ont jamais été éclaircies. Il lui sera demandé plus tard de prouver qu’il n’est pas polygame lors de son mariage avec Edith Follet.

Le 6 Mai 1916 Céline embarque à bord du RMS Accra à Liverpool, direction le Cameroun. Sur le bateau il rencontre « Mgr. Bernadotte » un aventurier qui part pour l’Amérique du Sud ; il inspirera plus tard à Céline le personnage de Robinson dans « Voyage au bout de la nuit ». Et si Céline était parti en Argentine au lieu de l’Afrique ? Plein de possibilités scénaristiques s’ouvrent ici avec cette uchronie, par exemple : Louis-Ferdinand en gaucho dans la Pampa; Louis-Ferdinand en danseur de tango dans une bodega de Buenos-Aires; une rencontre improbable avec Jorge Luis Borges à qui il inspire le prototype du mauvais garçon (improbable, pour la bonne raison que la famille de Borges alors jeune garçon  vit à Genève pendant les années de guerre, mais qu'importe); une rencontre ultérieure sur le chemin de retour en Europe avec Blaise Cendrars ; l’Argentine terre d’accueil pour Robert Le Vigan, l’ami de Céline, qui s’y exile après la guerre parce que Céline y aura laissé des « traces »… la fuite de Céline en Argentine au lieu du Danemark… Mais attention à ne pas trop dévier du fil conducteur général qui doit rester proche de la biographie de Céline.

Saturday, 7 January 2012

Paradis II

soleil voix lumière écho des lumières soleil cœur lumière rouleau des lumières...
(incipit : Paradis II, Philippe Sollers, Gallimard 1986)

je reste sans voix roulé de-ci de-là dans l’océan terminal Dante cercle supérieur des lumières création que dire après Sollers écouter symphonie des voix intérieures remonter surface agitée écume friselis mousse à café dorée pépites irradiées du verbe

Tuesday, 3 January 2012

La Maestranza de Séville

Le sang noir giclait sur le sable chaud par grosses pulsations ; ce furent d’abord de multiples rigoles creusées à la pointe des piques dans la peau percée ; avec grâce et précision le picador poursuivait sa valse lente à cheval autour de la bête son geste achevé, serein, rayonnant et cruel ; puis ce fut au tour du matador d’entamer sa danse de mort, et d’exécuter le coup de grâce d’une fine lame de Tolède plantée dans la nuque pendant qu’une mare de sang s’agrandissait sous les pieds du taureau, et que les jets bouillonnants de cette sève animale s’épanchaient pour le sacrifice offert aux dieux de l’arène, la foule sous le Soleil brûlant de Midi, laquelle, sueur collée aux corps mêlée d’exhalaisons de femmes en un puissant musc d’animale humanité montait, offrande rituelle des fidèles au héros de la cité, l’athlète de la force sombre qui sautillait tout en bas sur le sable chaud, cape rouge, costume doré, taille de guêpe noire, si petit, si grand, si divin, car c’était pour lui que la foule en délire ovationnait, tapait des pieds, chaussures noires brillantes et pointues qui piquaient, moustaches frémissantes et sadiques des hommes qui se dressaient dans le tremblement de l’air chaud, mouchoirs des femmes excitées qui s’envolaient avec les fleurs, et non pas en un cris mais des milliers de cris, non pas un applaudissement, mais un tonnerre, le roulement du ciel pour la bête qui s’effondrait enfin, la part maudite du peuple qui lança un jour le cri « Viva la Muerte ! », leurs pulsions vaincues, mortes, aux pieds du prêtre de cette étrange religion que j’observais fasciné, dégoûté, répulsion, attrait mêlés, pendant cette découverte des arènes et de ce sport ; seize ans ce premier voyage en Espagne sous le franquisme arrivé au bout de sa route, et ce ne serait pas avant longtemps que j’y remettrais les pieds.

Rédigé en Atelier d'Ecriture - 1ère série: 22/11/11