Friday, 31 August 2012

Marilyn Quantique (IV)


« Les producteurs veulent votre peau, Norma. Définitivement. » Elijah a repris ses esprits, se redresse, et souffle ces mots à l’oreille de Marilyn.

« Vous devriez faire attention, êtes-vous sûre du personnel? » demande-t-il. Il tourne sa tête d’aigle, le regard parcourt les fausses collines, les faux bois et les faux lacs du paradis préfabriqué qui protègent les icônes du monde de la violence de l’extérieur, de la zone, du grand dehors, de là d’où il vient, lui. Son regard calme enregistre le passage d’un gardien et du chien fou tenu en laisse barbelée, de l’autre côté de la piscine. « Que vient-il faire ici se demande Elijah, il est entré dans le périmètre privé… 
-- Norma, levez-vous tranquillement, prenez ma main » lui dit-il. Marilyn, troublée se laisse soulever du transat comme une poupée, se range derrière lui. Son paréo glisse. Nue, fragile, elle se laisse protéger par le mur imposant du dos du Navajo fixant le soleil.
Le gardien tourne la tête dans la direction d’Elijah. Il porte des lunettes où brillent deux points rouges. Le cœur d’Elijah s’emballe. Rapide, il pousse la belle d’une main, la plaque au sol; de l’autre il tire un Lüger P08 Mauser noir semi-automatique du holster planqué dans sa chemise hawaïenne à double-fond, pointe, s’apprête à tirer.
Le gardien lâche le chien, arme un fusil à pompe SG 9000 Walther CO2 6mm, vise un point au-dessus de la tête d’Elijah, tire. Une détonation se fait entendre à l’arrière. Elijah se laisse tomber à terre, se retourne et lâche en une seule rafale cohérente les huit balles de 9mm qui s’éjectent du chargeur en une fraction de seconde.
Le double jet des traçantes dum-dum du fusil à pompe et du Lüger amélioré perfore la carlingue d’une ombre gigantesque qui passe au-dessus d’eux en silence, s’écrase dans la piscine. Les plumes de l’oiseau bariolé de mandalas balancent pendant quelques secondes encore. D’un pas chaloupé, l’ex-commissaire principal de Las Vegas et le gardien, ex-taulard reconverti dans l’aide sociale pour multimilliardaires, se rapprochent du planeur. Le corps du pilote est à moitié penché en-dehors de la cabine, sa tête trouée par la rafale de précision. Il dodeline comme s’il avait encore quelque idée qu’il n’arrivait pas à exprimer.

« Vos amis ont de drôles de façons de vous exprimer leur affection, Norma. » Elijah inspecte le planeur Rainbow Bridge qui vient de finir sa vie de papillon. « Il n’y aura plus de Fête des Fleurs pour lui, dit Elijah. C’était qui cézigue ? » Marilyn Monroe, légèrement hébétée s’approche de l’appareil, regarde le visage barbouillé de sang. « C’est John John, dit-elle. Mais… Elijah, que s’est-il passé ? »

Le chien a plongé dans la piscine. Il s’ébroue, il joue. « Tiens, en voilà un qui s’amuse » répond Elijah sans regarder Marilyn qui entretemps est retournée à son transat en se prenant la tête. « Il n’a pas l’air trop féroce comme ça. C’est lui pourtant le petit Fifi qui voulait me bouffer le gras du lard tout à l’heure. N’est-ce pas, amigo ? » dit-il, s’adressant au gardien qui toujours imperturbable le fixe de ses yeux morts derrière lunettes noires, deux points rouges laser. « Si tu veux des vrais cachorros loucos, fais-moi signe. »

Elijah revient s’asseoir près de Marilyn, lui prend la main d’un air amoureux et lui dit : « Il se passe que votre copain, là, le p’tit Johnny, qu’a l’air pas dans son assiette -- notez Norma qu’il s’est pris une raclée de gros calibre, il voulait vous balancer une bombinette sur votre joli minois… Norma, vous reprendrez bien un peu de Bombeirinha ? » Elijah lui tend son verre.

« Marilyn. A partir de cet instant, vous êtes sous ma protection rapprochée. 
-- Foutez moi la paix, Elijah. Qu’est-ce j’ai encore fait de travers ? »
Marilyn Monroe se met à plat sur le ventre, reprend un bouquin qui traînait par là.
« Pour l’instant, j’ai mieux à faire…
Elijah, aimez-vous Virginia Woolf? »

La belle Marilyn Monroe, splendeur de synthèse couleur pêche sous le soleil du Nevada, suit avec délice les méandres des courants de conscience de la personnalité multiple de Mrs Dalloway, s’imprègne des bruits de Londres, du froufrou des robes blanches, de la voix cristalline de la femme qu’elle rêve d’être en cet instant précis.

(à suivre...)


Sunday, 26 August 2012

Journal de Voyage aller-retour


Mini-Journal d’états mentaux plus que d’actes, de faits, entre deux dates clés : 15 juin 2012 et aujourd’hui. Quoi entre ces deux dates ? Rien si ce n’est l’acquisition d’un nouveau « Carnet Fugace » (volume II), petit Moleskine de poche, noir, mais moins pratique que celui utilisé pour le volume I dans lequel j’ai jeté les notes retranscrites ci-dessous. Pourquoi ? Juin a marqué la fin de l’atelier d’écriture entrepris toute l’année scolaire 2011-2012 et le sentiment d’une perte, expérience unique s’il en fut, et puis ce fut la traversée d’un « désert de l’écrit » pendant les « grandes vacances » (désert relatif quand même). Et maintenant ? En ligne de mire, la reprise, non pas du travail, ce qui va de soi, mais d’un nouveau cycle d’ateliers… Upon which, more information to read in the coming weeks… Check your posts tagged as: Carnets Volume I Troisième Série.


15 Juin
Hanokh Levin – Ceux qui marchent dans l’obscurité, Editions Théâtrales, tome II.
Virginia Woolf – Les Vagues (trad. Marguerite Yourcenar).

Filigranes Corner. Pêle-Mêle. Filigranes. Brasserie Mérode. Théâtre Atelier 210. Fortes pluies.


18 Juin
Pierrot le Marseillais.
« Ci-git Pierrot. Si vous voyez Dieu, envoyez le au bar. Je l’attend ».

L’homme aux yeux code barre.
L’homme qui scannait les livres avec ses yeux.

Les truands, le milieu, code d’honneur, loyauté. « Toi qui entre ici, dépose tes flingues ».
Pépé le Moko.
Tout fout le camp, pour cinq mille pesetas, t’as une Kalachnikov, un Uzi, un AK-47.


20 Juin
First we take Manhattan.
Then we take Berlin.


23 Juin
Retour de Clara. Vol annoncé avec une heure et demie de retard au départ de New-York. Ses amies l’attendent en groupe. Nous aussi, assis, tranquilles à siroter un café. 17 août 2011 – 23 juin 2012. Tout ce temps, Clara partie, sans la voir, sauf par Skype et sur les photos de son blog, et de Facebook, si on considère que c’est une manière de voir sa propre fille acceptable, faute d’autre chose.
Sans la voir, la toucher, passer mes doigts dans ses cheveux, lui caresser la fossette du menton, la serrer, calinous, bisous. Voilà.


25 Juin
Lu  « Ceux qui marchent dans l’obscurité » et « Une chatte sur un toit brûlant ». Extraordinaire. Quelle puissance se dégage de l’écriture théâtrale ! Quelle vérité !
Les indications scéniques de Tennessee Williams sont d’une grande précision. Aucune marge de manœuvre pour le metteur en scène, contrairement à Hanokh Levin.

« Le ciel. As-tu vu le ciel aujourd’hui, l’ami ?
-- Noir, blanc, gris, bleu, du coton, de la jute, des couvertures, un drapeau, et des formes, et du mouvement, et de la joie, et de la crainte.
-- La lumière. As-tu senti l’ami la qualité de la lumière aujourd’hui ?
-- Les régates au bord du lac, un lac Italien, des embruns de Norvège, où des chalutiers ramènent le hareng, un plan d’eau calme, étang, barrage, le repos.
-- Tout cela, et bien d’autres choses encore, l’ami. Oui. »


8 Juillet – 17 Juillet
Mini-journal Grèce. Voir les posts publiés à ces dates.


21 Juillet
Douleurs lombaires, ça faisait longtemps. Beaucoup de stress ces derniers jours. Sortie au P.M. d’Ixelles ouvert ce jour férié, sans « drache », suivi d’une Westmalle Triple au « Trappiste » de la Toison d’Or avant d’aller voir « Holy Motors » de Leos Carax à l’UGC.
Un mot de travers, une attitude mal interprétée, une position de travers, et voilà, crack, le terrain musculaire était prêt, j’étais prêt à me laisser craquer la posture !


22 Juillet
Tour au Brésil.
Brasilia. Iguaçu. Pantanal. Belo Horizonte. Ouro Preto. Amazonas. Rio. Salvador. Joao Pessoa (Recife).


28 Juillet
Recherche : les J.O. en Découvertes Gallimard, le Brésil en Lonely Planet, Dantec et ses Satellite Sisters, Stephen King pour Clara.


4 Août
Un défi, je me suis lancé dans le feuilleton sur mon blog avec « Marilyn Quantique ». J’ai écris le prologue. Que va-t-il se passer demain ? Marilyn renaît dans le futur comme actrice virtuelle avec une conscience d’I.A.
Bon, on y est alors ? En pleine SF comme d’habitude. Tiens, je pourrais me brancher sur l’univers de « Copie Conforme » !
-- Los Angeles, 2035.


12 Août
Les travaux d’écriture n’avancent pas.
En panne depuis fin Juin pour la réécriture – correction des trois nouvelles revues avec Sophie et Véronika. Je ne pourrai pas tenir mon objectif d’envoyer ces textes pour publication avant la fin de l’été. De plus, j’ai délaissé les autres formes, blog, carnet fugace, même un feuilleton que j’ai voulu lancer sur Marilyn n’a pas dépassé le prologue. Et les tweets quotidiens, suivi irrégulier.
Alors, quoi ? Pourquoi ?
Est-ce temporaire ? Plus profond ?
Facile d’y répondre, ce qui a fonctionné l’année dernière – l’atelier d’écriture et l’impulsion fantastique que cette activité à propulsée sur tous les travaux d’écriture, qu’ils soient liés ou pas à l’atelier – le groupe, le support des autres, le coach, les participants, l’engagement dans l’action.
Problème connu.
Robert que j’avais contacté au Pêle-Mêle me disait la même chose.
Reprendre une activité régulière via un atelier ? Est-ce la bonne approche ?

Comeback to Greece – et direct à la plage au pied de l’hôtel Cokkinis où j’ai logé quelques jours en Juillet. Mais j’étais seul alors.
Vais-je trouver l’impulsion qui m’a manqué ces dernière semaines ?
J’observe aussi que la forme même du Carnet Fugace vol. II ne me convient pas aussi bien que celle du volume I. Plus difficile à manier en toute circonstance.
Mon écriture dans sa présence physique doit s’adapter à la contrainte du carnet, à la position dans laquelle j’écris – partout. Je le vois sous mes yeux, mon écriture là en cet instant verse dans le code secret – je ne parviendrai plus à me relire – je dois me lire à chaud, mémoriser, reconnaître la forme des lettres et des mots. Impossible à figurer pour un autre lecteur que moi-même ici et en cet instant – une écriture malade ressemble à celle-ci, une amnésie ou apraxie ou agraphie antérograde qui s’oublie au fur et à mesure – dont les traces doivent se réinterpréter.
J’essaye.
Pas de problème avec un décalage de quelques minutes.
Essayer plus tard, demain, dans quelques jours.
Est-ce toujours moi qui aurai écrit déjà ce gribouillis illisible ?
Expérience à mener ‘live’ !

Sous-question
Sous-conversation boucle ‘fork’ dans une pensée qui génère d’autres pensées
Quelle est l’influence du réseau social (FB) sur le symptôme que je relate en ces pages
Tremblées
A peine appuyer au crayon
D’une cursive très
Penchée et qui
Le dessine sur
Les lignes avec des
Espaces
Pleins
Peinture de mots ?


13 Août
Lac de Vouliagmeni. Perachora.
Entendu :
« Bande de daubes, t’es une grosse merde, où t’as mis les transats ? T’as vraiment pas l’esprit de groupe, t’es pas sympa, tu me fais chier… »

Extrait de conversation spirituelle d’un groupe de français à la plage.

« Ouais, j’t’attendais avec les transats de l’autre côté, tu viens tu déposes tes trucs tu fais bande à part. »

Pendant ce temps-là, un bébé pleure dans son buggy tout seul sur la plage (à l’ombre) pendant que ses parents fument le calumet de la paix en compagnie du beauf qui vient de les injurier parce qu’ils se sont installés sur un autre groupe de transats, un peu plus loin sur la plage, disons vingt mètres plus loin à tout casser.
Allez ! Va, c’était pour l’animation
Vive la France !


17 Août
Combler les vides. Moment adéquat. Seul à la terrasse. Midi. Belle vue. Chaud. J’entends le voisin à côté.

12 Août – arrivée, ballade à la plage de l’hôtel Cokkinis.
13 Août – ballade à Loutraki, on reste au Sax Café à déguster des cafés, et surfer le Net. Ensuite, lac de Vouliagmeni. Chouette ambiance. Spectacle d’un groupe de français on the beach plus caricaturaux que les clichés. Clara dit que c’est comme dans le film « Les petits mouchoirs ».
14 Août – ballade au-delà de Pachi pour des prises de vue intéressantes. Le « Monastère » en bas de Panorama, très étrange, ensuite plage de Varea.
15 Août – Loutraki, plutôt décevant car le mer était très salle, une mer de plastique, éviter cette côté lorsque le vent souffle du Nord, Nord-Ouest, en particulier pendant la saison du Meltémi autour du 15. Visite des cousins, des voisins, gâteaux, spumante. Le soir, dîner au restaurant de l’hôtel Cokkinis. Vue superbe sur la mer.
16 Août – Ballade à Nauplie. Ville préférée. Plage au bout de la promenade très belle sous l’hôtel abandonné – mais il y a un nouvel hôtel qui s’est construit plus haut, sur la ligne de crête, du plus vilain effet, dans le prolongement des murs de l’ancienne forteresse vénitienne du Palamide, en fait coincé entre deux fragments de cette noble muraille. Il n’y a donc pas de règlements de protection du paysage et du patrimoine dans ce pays.
Acheté, et commencé à lire à Nauplie le Monde Diplomatique de ce mois. Plein d’articles intéressants, dont une enquête sur l’influence de l’urbanisme et du taux de suicides à Las Vegas, article dur sur l’extrême de la vie américaine (une de ses tendances). Lire ici l’intro : Las Vegas, stade suprême des Etats-Unis.
Rejoint très clairement les sensations et pensées fragmentaires tirées de mon expérience de Vegas en Août 2006.
J’oubliais. Mercredi soir (le 15), conversation en Skype avec Henry et Ilma. On a beaucoup parlé du voyage au Brésil. Chouette moment.
17 Août – Marie et Clara en ballade au Mall d’Athènes. J’en profite pour avancer dans mon travail, un petit peu.


21 Août
Discussion avec Giorgios pour les prochains travaux dans et autour de la maison.


24 Août

In the Air

Trois heures à perdre dans un vol moyen-courrier. Bruit ambiant dans la carlingue, d’une constance de rouleau métallique, comme l’intérieur d’un atelier de production où nous subissons les étapes d’un laminage. Auquel on s’habitue. Auquel s’ajoute le bruit d’un film, ou plutôt d’une série américaine formatée, visionné sur leur Mac par deux jeunes devant moi, sans oreillettes, des sans-gênes propres sur eux à qui il ne viendrait pas à l’esprit qu’ils dérangent leurs voisins. Ce mélange sonore aléatoire, musique de film tonitruante, éclats de voix, bruits de portes qui claquent, de voitures qui démarrent, perturbe le ronronnement de la chaîne de production et nuit à la concentration requise pour une bonne lecture. Donc, point de lecture. Pour occuper cet ennui, j’imagine sortir ces deux minets par leur col et les balancer dehors, par moins soixante degrés. Cela leur apprendrait à vivre, les bonnes manières se perdent.
Ma fille qui fait semblant de dormir avec ses oreillettes et son iPod m’espionne en fait du coin de l’œil et se met à pouffer de rire. Je me demande bien pourquoi.
Pour le prochain vol, prévoir le casque d’isolement du sous-marinier.


26 Août
Comment m’y prendre pour renouer tout ça ? Le vêtement est plein de trous.

18 Août – Lac Vouliagmeni avec les cousins. Très chouette journée.
19 Août – Départ le matin pour Hydra. Voyage en voiture assez long pour arriver au port minuscule de Metohi, en face de l’île. Deux heures et demie de route, dont des tronçons de montagne très sinueux. Le bras de mer est court, on le traverse en quinze minutes avec le Jetfoil. Clara est malade. Ballade dans la ville. Promenade jusqu’à la plage de Kamini.
20 Août – Visite du musée historique d’Hydra où se tient une belle exposition de photographies de Giannis Skoulas « Choréographie 2 » -- photos de ballets prises pendant plusieurs saisons lors du festival d’Athènes et travaillées pour la plupart avec des techniques que nous n’arrivons pas à identifier. Très beaux effets, entre peinture à la Degas, Botticelli ou Francis Bacon, mais sans le côté monstrueux des portraits de ce dernier, et photos, à la limite de l’abstraction, statuaires figées, ou de la vitesse dans laquelle la danse nous entraîne, purs esprits qui d’aile en aile virent et volent.


Tour en bateau de l’île, on passe la journée sur la plage isolée de St-Nicolas. Dans l’après-midi, incendie impressionnant qui se lève depuis la côte du Péloponnèse. La moitié du ciel est couverte de panaches blancs. Jolies photos. Mer agitée. Le vent est l’ami des incendies. C’est un petit incendie pourtant ce jour-là. L’attention se porte sur le grand incendie qui ravage l’île de Chios dans le Dodécanèse. Nous apprendrons le lendemain que quarante pour cent de la production des arbres à mastic pour lesquels l’île est réputée a été détruite. Discussions avec les habitants sur l’origine des feux, accidentels ou pas. La Turquie est clairement désignée, pour les incendies qui touchent les îles proches de leur côté de la mer Egée. But : faire fuir les touristes de Grèce et les attirer en Turquie. Paranoïa ou raison d’Etat ? Un commerçant me dit que cette entreprise de déstabilisation a été reconnue et dénoncée par un officier turc lui-même, depuis lors en prison là-bas. Info ou intox ? Pas possible de vérifier. Révélateur d’un état d’esprit, mais aussi, mon avis, d’une réelle problématique géopolitique, à laquelle l’Europe de Bruxelles technocentriste, financière et historiquement inculte est aveugle.
21 Août – Le feu s’est éteint pendant la nuit. Nous quittons Hydra à regret. C’était trop court. La pension Erofili tenue par Irina et Giorgis est à recommander (Guide du Routard). Petit déjeuner aux tourtes, gâteaux, marmelades et salade de fruits faits maison. La patronne se lève tous les jours à cinq heures pour préparer ses petits plats. Je me suis fait une copine de la fille d’Irina et Giorgis, douze ans, très éveillée ; elle s’appelle Marianne, comme la belle de Leonard Cohen, un amoureux d’Hydra. Elle faisait la causette avec moi. Elle tient la boutique toute seule l’après-midi.
Sur le chemin du retour, arrêt dans un bel établissement près d’Epidaure. Vue sur la mer depuis la colline. Idéal pour manger un bout sur cette route.
22 Août – Athènes, des choses à faire. Plus tard dans la journée, « safari photo » avec Clara, notamment l’hôtel Megalo Pefko délabré, que dis-je, destroy, le bateau échoué à Eleusis, la cimenterie abandonnée…
23 Août – Athènes le matin. Après-midi, dernière trempette à Varea. Sortie en groupe le soir sur la croisette de Neos Peramos. Excellent pour dîners romantiques au bord de l’eau. Tables éclairées avec des lampes à huile. Ce soir, une foule de grecs ont traversés la baie pour une fête en l’honneur de la Vierge, dans un monastère de Salamine. Lumières.
24 Août – Retour à Bruxelles.

Comment m’y prendre pour renouer tout ça ? Le vêtement a été reprisé, brossé, un peu repassé. Bye Greece. Bye Journal. 



Saturday, 25 August 2012

Quitter Byzance


Par une froide nuit d’hiver de l’an 1282 dans une cours du palais des Blachernes à demi abandonné, l’Impératrice Irène, dernière de la race illustre des Paléologues, avait convoquée sous la neige tombante ses rares hommes de confiance, Andronicos le Serbe, Thomas Magistère et Jean le Stylite. La campagne vide déroulait son manteau blanc derrière la muraille de Constantinople, les flocons tombaient dans le silence. L’Impératrice observait lentement chacun de ces hommes. Les détails de leurs visages lui étaient familier depuis qu’enfant elle eut été secourue après le massacre de sa famille et mise à l’abri des graves désordres qui secouèrent la capitale. Son père assassiné, ses partisans mis en déroute, l’usurpateur s’était installé sur le trône jusqu’à ce que l’année précédente, suffisamment forte de son expérience accumulée pendant l’exil, elle put influencer le Sénat et pousser l’armée au renversement du tyran. Par un juste retour de choses, les trois hommes qui veillèrent sur elle pendant toutes les années de privations, étaient maintenant avec elle aux postes clés pour la conduite du fragile gouvernement de l’Etat. Le secret s’imposait d’autant plus cette nuit et cette partie de la ville près des grandes murailles théodosiennes négligées, inutiles, convenait parfaitement à leur rencontre. Mais pouvait-elle encore leur faire entièrement confiance ? L’un d’entre eux avait probablement trahi. Elle espérait qu’en les mettant tous les trois dans la confidence ses espions pourraient lui rapporter rapidement les actes de celui qui profiterait de la situation. Elle devait les informer d’une disparition qui mettait en péril les perspectives de survie déjà mauvaises de l’Empire. Et comme si cela ne suffisait pas ! Dans les jours précédents, l’oiseau bleu de Sainte-Sophie s’était envolé, un léger tremblement de terre avait provoqué l’effondrement d’une partie des mosaïques de l’immense coupole de la Basilique, une rumeur s’était emparée de Constantinople, on disait que l’ange protecteur avait abandonné la cité. Mais il y avait plus grave encore que ces légendes savamment tissées par la cour : l’Impératrice leur expliqua calmement que l’Omphalos avait été volé. Elle avait par conséquent préparé une lettre pour les gouverneurs des provinces, partout jusqu’aux coins les plus reculés de l’Empire, dans les tombeaux de Ravenne, les ruines marmoréennes d’Afrique, les champs verdoyants d’Abkhazie parfumés de citronnelle, avec pour ordre de mettre tout en œuvre pour retrouver l’Omphalos.
Seuls les empereurs issus du sang des fondateurs de la Tétrarchie connaissaient la véritable nature de ce puissant objet, catalyseur des énergies cosmiques, révélateur de l’avenir pour qui pouvait en déchiffrer les énigmes…

Dans une caverne à l’écart des routes maritimes, Chrisostome conversait avec un marin repêché des eaux. La veille, une tempête du diable avait bousculé un grand navire sur les côtes déchiquetées de l’île. Du haut de leur promontoire blanc à flanc de roche les moines avaient contemplé le désastre à la lueur des éclairs ; ils avaient parcouru ensuite les plages et les rocs à la recherche de quelques survivants, et là un jeune homme gisant, jeté sur la grève sauvage, s’accrochait de toutes ses dernières forces. Laissant sa plume d’oie de côté, et son roman inachevé, Chrisostome s’en fut repêcher le naufragé et l’emmena chez lui pour le soigner avec tout l’art dont il était encore capable. Hélas, beaucoup de sang s’était écoulé d’une blessure profonde au flanc. Il le pansa du mieux qu’il put, lui appliqua des simples et lui donna à boire une potion revigorante qu’il gardait en réserve pour ce genre de cas. Revenu de son inconscience après quelques temps, le jeune homme blond lui raconta tant bien que mal son histoire.
« Ecoute, écoute mon récit ! ». Le jeune homme agrippait Chrisostome par le rebord de sa robe de moine, une énergie farouche et désespérée dans sa faible voix, ses doigts, griffes d’un oiseau de proie, attiraient Chrisostome au plus près ; il colla presque sa bouche à son oreille et murmura.
« Nous partîmes toutes voiles gonflées des rives de la Corne d’Or, un bon vent poussait rapidement le navire du détroit du Bosphore dans la mer de Marmara… L’inquiétude rongeait mon cœur… je ne quittais pas ma cabine à l’arrière de la galère impériale à quadruple rangée de rameurs ; j’entendais le roulement du tambour et la masse confuse des esclaves qui propulsaient le lourd vaisseau au rythme des oh ! hisse !… oh ! hisse !
L’impératrice en personne m’avait confié la mission, rejoindre au plus vite Alexandrie, me rendre à la Bibliothèque… à la Bibliothèque avec… avec… le livre sacré et consulter les sages… la disparition de l’ange bleu, comprends-tu ce que cela signifie ? » Chrisostome fit oui de la tête.
« C’est la fin de l’Empire » me dit-elle, dans le silence du Palais. « Les hordes barbares vont bientôt se masser aux frontières lorsqu’elles apprendront la nouvelle, nous sommes faibles, plus aucun citoyen n’est prêt à défendre sa patrie, nous avons trop longtemps fondé l’illusion de notre pouvoir sur l’or pour acheter les mercenaires partout et à tout moment, Varègues farouches du grand Nord, immenses, effrayants dans leurs drakkars, Ibériens lestes et adroits tout en fluidité, éclaireurs des troupes, Nubiens, Cimmériens, Amarantes des confins toujours plus aguerris, même nos légendaires cataphractes sur leurs chevaux recouverts de feuilles d’or, des Celtes de la lointaine Avalon… Ah, oui, ce sera bientôt la fin… à moins… de retrouver l’ange… Tu le connais n’est-ce pas le secret de l’ange ? » Le naufragé qui lentement épuisait ses forces dans le récit esquissait un sourire triste au souvenir du beau visage de son impératrice bien-aimée…
Chrisostome n’entendait plus, lui aussi ce rappelait ce sourire pour lequel il avait failli se damner à une époque lointaine… mais il s’agissait alors de la mère de l’impératrice actuelle, « rien ne change, tout change » songea-t-il. Un léger râle montait des lèvres du naufragé, son attention revint à lui instantanément.
« A la Bibliothèque… as-tu dit, il faut se rendre à Alexandrie, dans quel but ? » demanda-t-il.
« Le coffre ! Il faut retrouver la cassette ! Perdue lors du naufrage cette nuit… oh ! Passés les Dardanelles le ciel se couvrit, il s’assombrissait très vite, la houle creusait la mer de plus en plus profond, la mer… la mer furieuse ! Ce vent sais-tu, il était provoqué par l’ange, il voulait m’empêcher d’arriver de l’autre côté de la mer intérieure. Retrouve la cassette ! Il le faut ! Les yeux du naufragé brillaient, le regard dément fixé dans les ténèbres de la caverne, il se redressa de sa couche et tendit le bras, il montrait un point invisible, quelque part sur la grève, dehors…
— Le Labarum, rouge sur fond or ! La cassette ! Retrouve-là ! Elle est là, je le sens, je le sais… elle contient…
— Quoi ? Quoi ? Dis-moi, dis-le vite !
— … du sable…
— Du sable !
— … pas d’ici, pas de ce monde, la puissance perdue de l’Empire… ramené d’Egypte… le sable… un livre… l’autre partie…. à Alexandrie. Promets ! Promets-moi ! » Sur ces derniers mots le naufragé mourut dans un bref râle. Du sable ! Un livre ? Chrisostome referma les yeux du jeune homme et récita une prière pour le repos de son âme. Aux premières lueurs du jour il irait sur la plage, il irait voir.
L’aube peinait à percer le lourd plafond des nuages bas ; sur le bord du rivage, parmi les débris fracassés du navire impérial, le sage Chrisostome cherchait une cassette marquée du sceau du Labarum rouge sur fond d’or.
L’homme qu’il avait trop tard repêché des eaux furieuses était l’envoyé du Palais, et à ce titre représentant direct des cohortes angéliques qui veillaient aux destinées de l’Oikoumène. Mais il avait tout juste commencé son récit avant d’expirer et d’arracher une promesse, que lui Chrisostome, humble serviteur, devait poursuivre la mission.
Perdu dans ses pensées il contemplait l’horizon lorsqu’un reflet du soleil éclaboussa la masse confuse des rochers et fit briller d’un vif éclat la sigillaire impériale. « Voici donc ce coffre », et il ne pesait pas bien lourd, se dit-il, le ramenant dans sa caverne : « enfin, Dieu soit loué ! ». Il l’ouvrit. Mais il eut à peine le temps de se poser la question : devait-il ouvrir le coffre ? Pas l’ouvrir ? Qu’avait dit le messager ? « Alexandrie, la Bibliothèque ». Apporter le coffre là-bas ? L’ouvrir là-bas !
Ne pas l’ouvrir !... Chrisostome, ne pas l’ouvrir ! Qu’as-tu fait ? Insensé, trop tard !
« Qu’as-tu fait ? » sifflait une voie ténue à ses oreilles. Un souffle de vent entra dans la caverne, caressait ses cheveux, « mais qu’as-tu fait donc insensé ? » murmurait le vent dans ses cheveux longs qui flottaient à présent, et ce n’était plus un léger soupir, c’était une pulsation qui gonflait. Il cru reconnaître la voix de l’envoyé. Dehors, des éclairs zébraient le ciel, « la tempête vient » songea Chrisostome, mais ce coffre ouvert… il n’y voyait rien, plus de lumière, sa bougie éteinte, il ne distinguait qu’un fond noir dans lequel il plongea la main.
« Du sable » avait dit le messager de l’Impératrice, « sable » soufflait le vent, partout il la sentait cette matière très fine, très fluide, un peu chaude, sèche, d’innombrables grains minuscules. Sa main plongeait assurée dans cette fine douceur infinie qui s’écoulait ainsi entre ses doigts. La voix s’éloignait, revenait, s’éloignait à nouveau, elle finit par s’éteindre.
Les minutes passaient, Chrisostome jouait avec le sable, pensée ensablée ; l’obscurité était totale, le vent caressait son visage, une chaleur se répandait doucement dans tout son être, il plongeait dans le sable à pleines poignées, les bords du coffre s’éloignaient dans une autre obscurité, il sentait le sable autour de lui, entrer en lui, une dune entière dans un petit coffre. Mais déjà il ne pensait plus, il n’éprouvait plus rien qu’une longue sensation d’écoulement chaud dans une plénitude…
C’est alors que les infimes cristallisations se mirent à briller, il voyait d’étranges reflets courir dans le fond du sable tel des poissons illuminés au clair de Lune ; ils s’échappèrent et volaient à la surface de ces eaux noires et sèches et fluides ; petit à petit les lumières s’assemblaient en configurations d’étoiles plus stables qui dessinaient des figures, des lettres… Etonné et ravi Chrisostome lisait les vers d’un vieux poème remonté du fond des âges en lettres tremblotantes sur les pages insaisissables d’un livre, puis des lettres une vision émergea dans laquelle sa conscience se perdit …

Une lourde et lente pulsation de basse continue montait des profondeurs ; l’homme ajusta son pas au rythme blanc et noir des gigantesques escaliers qui s’élevaient ; d’autres hommes alignés en longues files tranquilles montaient eux aussi, il était parmi eux, il était l’un d’eux.
D’étranges éclats de lumière jaune apparaissaient sur la voûte de la caverne ; pendant qu’ils s’élevaient ainsi mystérieusement, des fenêtres disposées de part et d’autre des escaliers s’ouvraient sur des scènes rapides qui se répétaient en même temps partout ; un homme et une femme souriants semblaient s’adresser à lui et tendaient un petit objet brillant, noir.
Il remarqua autour de lui plusieurs hommes qui portaient cette chose noire à leur oreille ; ils l’avaient sans doute reçu en cadeau de bienvenue à travers les fenêtres où le couple toujours souriant répétait le même geste. Il tendit la main pour saisir l’objet et heurta un mur invisible ; ce n’était pas une fenêtre mais plutôt le cadre d’une icône où l’image bougeait.
Encore étonné par ce prodige il n’avait pas remarqué qu’il était arrivé en haut de l’escalier ; il se remit à marcher automatiquement, son pas emboîté dans les pas de l’homme qui le précédait, mais soudain, le rythme de la marche se brisa, chacun partait dans sa direction. Il se heurta à une barrière métallique. Derrière elle il voyait l’éclat du jour : « Dieu soit loué », c’était la sortie de la caverne. Il sentit d’autres hommes s’impatienter derrière lui, et cette barrière refusait de s’ouvrir. Un grand Maure habillé d’un uniforme bleu lui adressa la parole d’une voix rauque qu’il ne comprenait pas tout à fait « elpiou » disait-il. Enfin la barrière s’ouvrit – ce Maure devait être un puissant gardien de la caverne ; il répéta « elpiou » pour le remercier et sortit enfin à l’air libre.
A la surface, le monde prenait forme et sens. Les flots d’hommes et de femmes s’écoulaient rapides et disciplinés dans les artères de la cité, d’autres hommes étaient embarqués dans de grands véhicules rouges dont il ne voyait pas les chevaux, « encore un mystère ! ». Le bruit de ces machines évoquait des griffons ; d’autres, noires, plus petites, des salamandres. Partout, des bâtiments insolites, pierre, verre, briques, à plusieurs étages, certains très haut, du métal à profusion, et des signes, beaucoup de signes qu’il commençait à déchiffrer dans les interstices de cette vision.
« Des caractères latins » se dit-il, mais pas la langue latine dominante dans toute la partie occidentale de l’Empire ; une langue qui lui rappelait des consonances gothiques et saxonnes des tribus qu’il avait converties à la Vraie Foi lors d’une de ses premières missions dans les forêts de Germanie, il y a bien longtemps avant de se retrouver semi-exilé dans un monastère en mer Egée. Oui, cette mémoire d’une vie, de sa vie, se superposait au spectacle des grandes artères animées d’une foule d‘hommes et de femmes pressés et incompréhensibles. Enfin, il lut une plaque fixée sur un mur, au carrefour d’une large route et il devina où il se trouvait. Il était dans la partie la plus occidentale de l’Empire, ce Diocèse de Bretagne qui avait été abandonné à son sort au début du Quatrième siècle, et cette ville était certainement l’ancienne Londinium. Il lut : « London Wall »…

Après une durée indéfinissable, sa conscience émergea du néant et Chrisostome se ressaisissant d’un coup, referma la cassette qui ne contenait après tout que du sable. Ce dans quoi il avait été immergé aurait rendu fou plus d’un homme ; les derniers fragments de sa vision, de longues traînées blanches dans un ciel bleu laissaient persister ses sentiments mêlés ; certes le monde allait poursuivre un cours nouveau ; l’ange bleu semblait décidé à remettre l’histoire en mouvement et il ne reviendrait plus à Constantinople ; de cela Chrisostome était persuadé.
Il allait poursuivre la mission que le plénipotentiaire lui avait transmise, mais à sa manière ; après tout, ce n’était pas pour rien qu’il était devenu un sage… en exil, certaines choses n’étaient pas bonnes à dire trop près du Trône et certaines visions éloignaient de Dieu. Alexandrie et sa Bibliothèque finiraient bien par enfouir leur secret dans les sables d’Egypte, avec le temps l’oubli recouvrirait tout de sa  bénédiction.
Il donna une sépulture décente au naufragé, répandit le contenu de la cassette au vent du large, et remonta les escaliers vers son séjour parmi les moines du monastère d’Amorgos. Il s’installa à sa table de travail chichement éclairée et reprit de sa belle écriture la rédaction du roman délaissé là où il avait laissé la dernière phrase en suspens « les empires naissent et disparaissent comme poussière au vent… »




Cette nouvelle dont la fin laisse à désirer, trop rapide, a été rédigée suite à un travail entamé lors de l'atelier d'écriture du 13 septembre 2011, dont voici le noyau originel:


En ce temps là, l’Impératrice Irène envoya ses hérauts aux quatre coins des terres et des mers héritées du défunt Basileus porter haut et fort l’incroyable nouvelle : l’oiseau bleu de Sainte-Sophie, l’oiseau merveilleux s’était envolé, les mosaïques de l’immense coupole révélaient le vide soudain et l’effroi qui s’était emparé de Constantinople.

L’ange protecteur avait fui la cité !

Proclamation était faite jusqu’aux coins les plus reculés de l’Empire, tombeaux de Ravenne, ruines marmoréennes d’Afrique, champs verdoyants d’Abkhazie parfumés de citronnelle : l’ange devait être retrouvé.

Dans une caverne oubliée des hommes, le sage Athanase conversait avec le marin repêché des eaux ; la veille, une tempête du diable avait bousculé toutes les barques, tous les navires, et là un jeune homme gisant, jeté sur la grève sauvage, s’accrochait au rocher de l’ermite. Laissant sa plume d’oie de côté, et son roman inachevé, Athanase s’en fut repêcher le naufragé. Plus tard celui-ci lui raconta son histoire, que voici.

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Pour être tout à fait complet, voici quelle était la consigne de l'atelier:

Il s’agit de construire une liste de mots avec quelques contraintes (phonétique, sémantique, de couleur, et de lieu)  et ensuite de sélectionnez quatre mots, un par contrainte, pour les placer dans un texte libre. 

Cela avait donné pour moi « Marelle, Merveille, Louve, Citronnelle, Douve », « Chaise, Roman, Atelier », « Bleu », « Constantinople ». Les mots que je sélectionnait ensuite furent : Citronnelle, Roman, Bleu, Constantinople.

La suite de l'histoire m'est venue lors d'un séjour professionnel à Londres peu de temps après, et l'hypnose provoquée par l'utilisation matinale de l'underground, au milieu d'autres robots. J'ignore comment je suis arrivé (mal) à connecter ces deux parties tellement dissemblables du texte.
L'ensemble est présenté ici "pour mémoire", respectant en cela la vocation primaire du blog, laboratoire où j'essaye des trucs, présente mes ébauches, pour les curieux...
Pour les autres...

Ce qui est amusant, c'est que j'avais déposé en février dernier les vestiges d'un texte ancien, datant de fin 1997, un des rares survivants de l'incendie de toutes mes archives au début des années 2000, qui parlait aussi de Byzance, mais il s'agissait alors d'un Retour à Byzance.

Entre "Départ" et "Retour" il y a toute une symbolique et une influence que j'expliquerai plus tard, peut-être, dans un autre post. Les amateurs de science-fiction reconnaîtrons la musique du titre inspirée par un texte superbe de Robert Silverberg: "Voile vers Byzance" (Sailing to Byzantium), lui-même inspiré d'un poème de William Buttler Yeats. Byzance a inspiré un autre texte magnifique, de la science-fiction québécoise: "Le Huitième Registre" d'Alain Bergeron, publié en 1993 dans la revue Solaris. Ah!