Saturday, 29 September 2012

Light flashes (I)


Whistling birds in the background
Laughing children just ‘round the corner
The radiant light blazes on earth on my skin nude and crude
On your green eyes reflecting the clouds
Road of pearly light
Descending upon us
From the sky of honey.

And then, all of a sudden,
Peace, stillness of calm evenings
Engulfs our souls.



While listening to Kate Bush's Aerial album


Sunday, 23 September 2012

Fragments d'un roman d’amour


Ecriture décontextualisée. Seule mention, la date comme ancrage dans le réel, la temporalité du journal laisse deviner un sujet écrivant et non pas une machine, fut-elle désirante.

28 décembre 2011
"Like a super-nova in slow expansion"

11 janvier 2012
"‎.... Décidemment ce clavier virtuel de l'iPad... Je glisse trop vite sur la touche Return... Je complète la phrase: une matière brute comme la pierre qui révèle une beauté intérieure a force de coupures, évidements, retranchements dans le vif des mots... Cela me fait curieusement penser a ces sculptures de cadavres... Hum..."

12 janvier
"De toute façon la guerre dans l'espace a déjà commencé... "  

15 janvier
"La drogue de Balzac (Honoré de) était le café. Par ailleurs il est maintenant prouvé que Balzac est à l'origine de certains mangas japonais... ainsi de sa nouvelle "La Grenadière" qui inspira un très bel ouvrage en collaboration avec le réalisateur Takeshi Fukawaza."

25 février
"Je viens de passer 30' à chercher l'origine de l'info sur le Net et n'ai trouvé aucune évidence sérieuse sur ce buzz. En tout cas je n'ai rien trouvé sur le site du constructeur (Obayashi Corp.). L'info a été lancée par un article d'un journal japonais (lien ci-contre) relayé ensuite par le Times of India et Economic Times (Australie) mais sans lien avec la société évoquée. De toute façon il ne s'agit même pas d'un projet à ce stade vu que les coûts de développement ne sont même pas estimés... On parle de l'an 2050, or il n'y a à ma connaissance aucune méthode d'estimation des coûts un tant soit peu crédible qui tienne à cette distance pour calculer la valeur actuelle nette d'un pareil investissement. Ce n'est pas le genre de projets dans lequel se lance une société privée... de nos jours! Mais je peux faire fausse route..."

14 avril
"spending idle time waiting our flight back to Brussels, three hours delay. Today is Orthodox 'Great Saturday' and at midnight when (I hope) we'll be flying over Athens it will be time to say 'Christos Anesti'. I wish a good Easter (according to Greek Orthodox calendar) to all of you out there - whatever your faith or religion, this is a universal moment for contemplation of the unknown."

15 mai
"Replicants are coming, Philip K. Dick just told me so. Am I dreaming? Is this real? If you meet this young person, please terminate yourself because you are an outdated model and need to shut down your processes gracefully."

11 juin
"Ah! C'est quoi ces signes, à côté de Kaunas, de Vilnius? Les aigles impériales? Drôles d'oiseaux. Bon ou mauvais augure pour la Grande Armée?"

16 juillet
"Merci pour cette découverte de cet étrange texte de Blaise Cendrars - écrit à la main gauche... (Ayant été amputé de la main droite). Je m'empresserai de le trouver dans une bonne librairie en rentrant à Bruxelles. Et curieusement... cela me fait penser à une autre oeuvre musicale celle-là, écrite aussi pour la main gauche, par Ravel: le concerto pour la main gauche dont je vous dédie ce lien. "

29 juillet
"L'Homme foudroyé de Blaise Cendrars 

Ecrire est une vue de l’esprit. C’est un travail ingrat qui mène à la solitude. Comme Saint-Jérôme un écrivain doit travailler dans sa cellule. Tourner le dos. "

30 juillet
"HSBC, thanks to a rotten bank it purchased in Mexico back in 2002, did not prevent money laundering practices from Mexico drug cartels, probably in billions of USD flowing through its accounts... Drug war in Mexico cost an average of 10,000 lives/year during those last six years. Good value for money."

2 août
"Uncooperative outcomes dominate… Nash equilibrium… Isn't' that beautiful to see how rational game theory applies so well to facts?"

5 août
"J'ai mieux compris qui était Zweig avec son récit "Le Monde d'hier: souvenirs d'un Européen". J'ai également beaucoup aimé ses biographies sur Balzac et Fouché. Ma nouvelle favorite reste "Amok". Zweig est resté fidèle à l'esprit d'un monde englouti dans le suicide collectif des nations européennes de 1914: l'empire austro-hongrois, le cosmopolitisme, l'utopie d'une partie des élites intellectuelles (et sociales) de l'époque… Il avait compris d'emblée le caractère monstrueux du nazisme mais il a hésité longtemps avant de prendre position, et de s'exiler. Son suicide au Brésil est resté pour moi une énigme. Je ne crois pas qu'il était uniquement justifié par les événements qui secouaient le monde début 1942. Zweig traînait une mélancolie d'idéaliste..."

"Merci à Caza pour le partage de ce dessin de l'Atomium de Bruxelles. Tiens, pourquoi cette lueur verte au bout de mes doigts?"

17 août
"I was as well in 2006. Was much impressed by the "Wind Talkers". Navajo is the most important of all Native American Nations. Longing to go back in the Southwest."

18 août
"I found the report somehow biased towards its conclusions. Another reports provides more facts from the disclosed information on Soros Fund Management SEC filings. The most significant move is the offloading from financials, but there you have also the investment in Facebook shares as well as the purchase of gold shares (ETF) for an amount representing 2% of the value of the entire portfolio. Purchasing gold has always been a hedge for investors trying to offset possible future losses in other asset classes by the supposed flight to the safety of gold in times of crisis. You should notice that in a one year basis the value of the SPDR Gold Trust has declined by 15% while the S&P500 increased by about 20%. The bias in the article above is in its title and the implicit interpretation it conveys: you should not interpret it right away as a symmetrical statement (minus in Financials and plus in Gold) and jump to the conclusion of the author, that, yes, indeed, such "massive" investment in gold means the "end of the word as we know it is nigh". Well... at least this is my view. Please find hereafter. "

22 août
"Everybody had the same concern about delivering the infrastructure in due time for the 2004 Olympics in Athens (Greece). The negative perception was defeated by the facts. All equipment, and roads, public transportation... were finished in perfect timing and condition. I am fully convinced the same will happen for Rio de Janeiro. The Olympics preparation is a fantastic driver of achievement for countries who host them because the clock is ticking; they have no choice but to deliver. The real problem is not the preparation of the games but what happens afterwards: return on investment, reuse of the sports infrastructure, and impact on public and private debt... The beneficiary of hosting the games is first on the morale of the country. This translates very tangibly in growth, opportunities. It anchors the image of the country in the world. My opinion is that the 2016 Olympics will define a "Brazil Momentum" that will make everybody aware this country is one of the major world players to be reckoned with. T., you will be proud of it."

23 août
‎"Marilyn Quantique" - troisième épisode d'une nouvelle fiction que je vous invite à découvrir sur mon blog des Métamorphoses de C. Hommage pour le cinquantième anniversaire de sa disparition. Ce feuilleton sera sujet à une publication erratique, n'attendez pas un billet quotidien... D'ailleurs, du feuilleton, il en a les défauts: improvisation, précipitation, incohérences, obscurités...
Voir directement sur le blog pour les épisodes précédents."

25 août
"Alors, là, tu vois, cette planche-contact, c'est un peu comme un résumé bizarre de ma vie entre deux dates... De près, cela ne ressemble à rien une vie, un fragment, des morceaux assemblés comme ça par hasard; mais de loin, de loin, il y a peut-être comme une certaine beauté..."

31 août
"Bourlinguer… bourlinguer… N'empêche, après une série de reportages échevelés dans les morros de Rio, les mines d'or de Californie, les cartels de Juarez, cela fait du bien de rentrer à la maison."

"L'enfer n'est jamais très loin du paradis. Requins cernent plages de rêves, pirates écument mers chaudes, tsunamis balayent îles, cieux en fusion…"

3 septembre
"First time seen this movie. Very much impressed! Based upon the novel of Stephen King. A storytelling master! He wants to make you believe in his imagination, and, yes, really, you'd want it so much to be true."

8 septembre
"S., vous êtes la plus belle page que j'aie rencontrée... Je devine que vos inspirations viennent du monde en trois dimensions... mais hélas, tout comme vous, pauvre créature biface, planaire, réduite à une longueur et une largeur, je ne puis que rêver de l’outre-monde... L'intersection de deux plans est une ligne. Puisse cette ligne de partage que vous tracez d'un vol aérien se poursuivre sans limite."

9 septembre
"Pour moi, ceci est une image possible du bonheur. Merci."

"Une partie de moi cherche à capture "ce mystère qu'est le quotidien"... c'est très difficile, il est enfantin de s'évader dans des mondes imaginaires."

10 septembre
"A quoi j'ai passé ma journée? A naviguer entre les cubes de données OLAP de MS-SQL Server d'une part, et tenter de comprendre les nouvelles méthodes d'analyse factorielle (response surface modeling), en quoi elles nous permettraient de calculer la VaR plus vite, d'autre part.

Et le soir venu... qu'il est bon d'écouter du Bach (Hélène Grimaud, merci JFR!), de regarder de jolies photos en N/B (merci Leica), et de lire la poésie charmante de quelques ami(e)s, vivants, ou disparus depuis longtemps.

Bonne soirée amis du Livre des Visages.
Je referme ma page, comme un livre d'images sur lequel le marchand de sable passera quand bon lui semble."

11 septembre
"The humans are in the light reminiscent of their absence... is it not speaking for itself in such a commemorative day?"

"Voila ce que j'avais à dire ... en ce moment ... quelque chose d'ancien et puis aujourd'hui..."

"Merci François-René. C'était Xavier de Maistre qui écrivait aussi "Voyages autour de ma chambre" en 1794. T'en serais-tu inspiré? Enfin, le pauvre Xavier était contraint à un repos forcé de quarante-deux jours dans une citadelle... tandis que toi, tu as vu les Amériques, qu'on appelait encore Louisiane jusqu'au delta du Meschacébé (Mississipi), tu t'es promené de Paris à Jérusalem en passant par Athènes et Sparte, tu as parcouru l'Italie, ô Rome, l'Espagne, jusqu'à l'ombre d'un autre grand homme que tu aurais peut-être accompagné jusqu'à Sainte-Hélène... Ah! Tu as beau dire que l'homme n'a pas besoin de voyager... mais cette immensité Cher François-René, c'est d'abord dans la Mer éternelle que tu es allé la chercher, dès le berceau, et devant laquelle tu reposes enfin, au Grand Bé. Bon vent l'Ami! Puissent tes Mémoires conquérir toujours pus d'âmes avides d'immensités, génération après génération... "

12 septembre
"‎11 years after the founding paper 'Initial sequencing and analysis of the human genome', published in Nature in Feb. 2001 (link hereafter), the ENCODE project (Encyclopedia of DNA Elements) brings light on the so-called "silent DNA" or "junk DNA" role in gene expression and regulation. This massive work of international science puts genomics right into the path of becoming the equivalent of what fundamental physics has been for the 20th century: the foundation of a full-scale revolution in all aspects of life, as we know it.

"Comment feront les machines pour résoudre leurs crises ontologiques? 
Comment font les êtres humains (une classe particulière de l'ensemble des agents intelligents) pour adapter leur système de valeurs?

Lorsque philosophie morale et algorithmique se mettent en ménage.

Human beings also confront ontological crises. We should find out what cognitive algorithms humans use to solve the same problems described in this paper. If we wish to build agents that maximize human values, this may be aided by knowing how humans re-interpret their values in new ontologies.


14 septembre
"C., ce n'est pas tout à fait le cas. En effet, la notion de "Junk DNA" existait bel et bien jusqu'à ce que le consortium du projet ENCODE (Encyclopedia of DNA Elements) publie ses résultats (voir lien ci-contre). Bien au contraire de l'idée d'un ADN 'silencieux', cet ADN répétitif qui n'est pas directement codant pour des protéines (les 97% du génome humain) à un rôle de régulation dans l'expression des protéines; c'est grâce à cette fonction que l'on commence à comprendre la complexité du processus de différentiation cellulaire à partir d'une cellule souche. En fait, ce "junk" est ce qui transforme une cellule en un organisme complet... Complexe... La génomique est une science récente... soyez indulgente...

15 septembre
"To my Facebook Friends. I am struggling those days with my page configuration settings. Don't be surprised if the whole page is in much-restricted mode than before. I try to figure out the best balance between what I'd allow FB to notify in the real-time news feeder, the publishing of my own relevant info, keeping some interaction with you possible and foremost, keeping what must be private private. Thanks for your understanding.”

16 septembre
Ecrire c’est renoncer
à un oui à un nom
se dévouer pour la perfection d’un mot
d’une phrase
Partir sur les autoroutes du silence
avec la mort à ses trousses et pour elle la
défier avec un collier de 
mots doux

Ange tes
yeux gris de mer
du Nord froids
que pique le
trait argenté
d’une
Lune
à son éveil
Elle se lève
se rapproche
de mon visage
j’existe à l’intérieur
entouré de paroles bruissant
de chants de colibris aux longs becs rouges

Ecrire c’est partir à l’aventure
de ce langage intérieur
le silence autour
les murmures d’amour
de ces seuls mots
qui comptent
pour toi.


Ecrire c’est mêler
Nos mots former
Une langue commune
A deux à plusieurs
A l’humanité
Aux étoiles
Aux parfums
Aux goûts de l’enfance
Ecrire c’est dire
Quoi ici là
Tout de suite
Attends amour
Ne pars pas
Reviens
Laisse-toi attraper
Papillon dans le filet
De mes mots.

….

Ton présent à moi
Parfait imparfait
Futur passé
Antérieur
Tous les temps
Se mêlent dans la 
Grande conjugaison 
Des êtres
Des mots
Des langues

Comme une brûlure
Surgit du passé
Tu viens tu reviens
Tu me hante me déchire

Ecrire pour apprendre
A l’essentiel de nos
Gestes se consacrer
Les miens les tiens
Les petits riens

Corps mots
Mots corps
Attente
Silence
Espérance.

….

17 septembre
"J'aime beaucoup l'idée du regard neuf, innocent, sur la vie quotidienne, les objets de l'apparente banalité, comme d'une découverte étonnée des commencements du monde..."

18 septembre
"Ecrire pour ne pas t’oublier,
Pour refuser la perte des mots
Des corps des souvenirs
Qui partent
Ecris-moi pour dire reviens
Pour conjurer le sort les oublis
Les mots qu’on a sur le bout
De la langue de la mémoire des pleurs
Ceux qui se transforment
En pluies en bruines en images fanées
Ne m’oublie pas
Ne m’oublie pas"

20 septembre
"Dans la ceinture d'Orion, se dresse fière de ses millions d'étoiles en gestation, la nébuleuse du Cavalier. Hippocampe de ma mémoire, émotions premières, parfums et saveurs d'enfance, ce que nous avons tous rêvés, enfants des étoiles, nous fûmes un jour, et un jour le redeviendrons, poussière rendue à la gloire de l'hydrogène en fusion..."

"Late was the night
I saw you in a dark alley
Searching a soul to confess my sins
You captured me in your red & black poetry
And never was able to escape my fate, my sweet fate
Being your prisoner under a powerful spell
Black magic, blood of life, pearls of vision
All in all flesh and soul, spirit, desire
Put my lips on your naked skin
Fell in hell for good
Late was the night"


21 septembre
"Magnifique série, une fois de plus. Que dire d'autre? Je regarde tes photos S. et tes citations, et je me dis "cette page est pareille à un puits sans fond de beauté où je tombe, et comme Alice, flotte dans la légèreté, l'hébétude, en me demandant: vais-je me réveiller?" C'est un peu comme si tes rêves s'écoulaient vers nous et nous entraînaient dans ta ronde de petite fille hallucinée."

"Tes ressentis tes frissons tes émotions douces
L'oeuvre d'art minuscule de ta vie de chaque jour
Que tu partages avec nous.
Les portes de ton musée personnel. Faire de sa vie
une oeuvre belle et forte et juste. C'est cela que j'apprends,
visiteur bienvenu dans ton monde.
Merci à tes ressentis qui sont toi, qui sont plus que toi, qui sont à moi aussi, que le vent sème, s'aime. "


photo: Christo Datso 25 Aug. 2012

Ecriture expérimentale dérivée des pratiques éclatées de l'âge digital universel et du temps atomisé, ce fragment d'auto-fiction sous la forme d'un journal de morceaux choisis de mes gribouillages dans le grand livre des visages...

Sunday, 16 September 2012

Dimanche sans voiture


Silence dans la ville. C’était un dimanche, matin. Tous les dimanches se ressemblent un peu, surtout aux petites heures.

Je m’étais levé tôt, privilège de la vieillesse. Plus de grasse matinée, quatre ou cinq heures de sommeil suffisaient à me retaper après de longues soirées en solo à dérouler mes listes de contacts, d’amis, de faux amis surtout, à chercher des infos, ces petits riens qui me rattachaient encore à la vie, un mot aimable, une photo, surtout des temps anciens, celles que je collectionnais pour mon livre d’images. A chacun ses petits plaisirs et ses petits ennuis. Les miens s’appelaient cancer du poumon, à petites cellules, les plus méchants, je n’avais pas d’illusions à me faire. Les médecins m’avaient prévenu, avec objectivité, car le patient n’à plus que le droit de savoir ce qui va lui arriver et ce qu’il en coûtera à la société. Méchant droit à l’information, devoir de communication, de transparence disaient-ils en se cachant le visage derrière les grands clichés de mes poumons. Six mois, un an maximum. Acharnement thérapeutique inutile. Mais vous pouvez compter sur nous pour la fin. Alors profitez-en monsieur Jules.
Je voulais en profiter oui, mais pour cela il m’aurait fallu prendre un billet d’avion, partir pour la première destination qui me serait venue en tête, m’installer dans le meilleur hôtel de l’endroit, et réfléchir à ce que j’irais faire ensuite : une promenade à Knocke-le-Zoute ou un grand voyage dans les îles océaniques? Faire un tour du monde, j’en rêvais comme d’un voyage à l’intérieur d’un prospectus. C’était possible peut-être, en y mettant les moyens. Un rêve de pauvre. J’y ai pensé avec sérieux quelques minutes. J’aurais vidé tous mes comptes, vendu la maison, mais qui s’occuperait de Monsieur Chat en mon absence ? Pas compter sur les voisins. La famille, oui, mais c’était trop attendre encore de tous ces jeunes qui avaient leurs soucis à eux aussi.
Non, je profiterais de ces derniers mois, de cette dernière année comme ils prétendaient savoir ces doctes messieurs en blanc, en restant bien tranquille chez moi, dans ma petite maison ouvrière que j’avais passé ma vie à payer et à retaper ; en comptant les intérêts j’avais payé cette maison trois fois son prix initial, il paraît que c’est normal, il suffit de calculer. Mais les chiffres n’ont jamais été mon point fort. J’ai fait confiance toute ma vie aux gens qui savent. Merci monsieur Jules. Oui, c’est ça, merci à vous aussi. Et maintenant fichez moi la paix, laissez moi crever dans le silence en compagnie de mon vieux compagnon. Vingt ans cela compte un peu dans la vie d’un homme non, et mon chat arrivait aussi au bout de la route. Nous finirions ensemble.
Mais ce matin-là quand je me levai à l’aube, était un dimanche joli de septembre, un dimanche d’été indien. Pas d’été du tout cette année m’étais-je dit ce matin-là en me rappelant le début de la saison froide et humide, mais un bel été roux à la lumière douce, aux températures agréables qui vient sur sa fin se racheter en nous offrant le meilleur, oui, des moments comme ceux-ci qui étaient encore, Dieu seul pouvait expliquer comment, un peu préservés dans la confusion des jours et des saisons suffisaient à me remplir de bonne humeur, à me faire oublier mes petits ennuis de santé. Je respirais l’été enfin comme un flamboyant feu de forêt boréale en ces jours de fin de saison. Il n’y avait plus de saisons depuis longtemps, oui, si je remontais assez loin dans ma mémoire je pouvais encore évoquer la sensation piquante d’une boule de neige ramassée à mains nues sur les capots des voitures, l’été chaud et sec des vacances à Ostende, les petites pluies rafraîchissantes. Ce beau dimanche de septembre, j’allais bien en profiter, oui, et le chat dormait sur sa couverture, parfois il se tournait sur le dos et montrait son ventre. Brave monsieur Poun, je lui grattai la tête au passage, enfilai mon pantalon, ma veste usée, déchirée à l’intérieur dont je ne pouvais pas me débarrasser, ouvris la porte, avec un grand sourire, j’allais dire mon bonjour à la rue, à la ville, à la vie, à mes absents. Les croissants, la baguette, voilà un objectif sain de promenade pour un vieux monsieur qui attend la mort avec patience.
Les rues étaient calmes, très calmes, même pour un dimanche matin.
C’était un dimanche sans voiture.

A quand remontait l’initiative prise par nos autorités d’imposer ces dimanches très silencieux, je ne m’en rappelais plus, mais cette pratique était entrée dans les mœurs, une fois l’an, le deuxième ou troisième dimanche de septembre les voitures étaient interdites de circulation dans toute la ville. Les rues étaient envahies par les familles qui s’installaient au milieu des chaussées comme pour un pique-nique, marchaient avec nonchalance, redécouvraient leur environnement avec une naïveté d’enfants. Seuls circulaient les véhicules de première nécessité, les transports publics, et quelques autres qui avaient obtenu les autorisations, mais cela faisait une sacrée différence. C’était une idée qui avait du bon, marcher, respirer un air plus sain, moins de bruits de moteurs, de klaxons, de pneus, moins de confusion.
Les autorités qui préparaient minutieusement cette journée bouclaient les accès à la ville, les entrées du boulevard périphérique qui ceinturait la capitale, le Ring comme on disait chez nous, étaient gardées par des policiers qui en bloquaient le passage. Cela n’allait pas sans inconvénients, mais à la longue, à la longue, nous avions fini pas nous habituer de ces limitations très temporaires à la liberté de déplacement, et même, le dimanche sans voiture de septembre était annoncé comme un jour de fête.

Mais ce matin-là, j’avais oublié quel était ce jour particulier.
La boulangerie était à quinze minutes à pied de chez moi, oui, j’aurais pu m’arrêter avant chez d’autres boulangers, mais j’avais mes habitudes, il me fallait la baguette à l’ancienne de chez S. et les bons croissants légers, pas gras pour un centime, très croustillants qu’ils produisaient pour leur clientèle des quartiers aisés, car cet endroit de la ville était connu sous le sobriquet de Petit Paris. Cela me faisait un voyage en miniature, un petit plaisir, me rendre à Paris, ah oui, beaux souvenirs qui remontaient, voilà, je me faisais une provision d’images, d’une douceur de soie sur la peau, de parfums de femmes, de rires cristallins qui chantaient à mes oreilles, années enfuies, années sans retour, années qui revivaient à chacun de mes pas pendant que je remontais la pente du parc de F. et que j’avançais encore d’un bon souffle. Jusqu’à quand, par quel miracle, arriverais-je à monter cette pente avant que les petites cellules proliférant ne mettent à mal mes organes, mes os, ma peau, mon cerveau, ne me déconstruisent de l’intérieur tout lentement, et puis en accéléré, par quel miracle tenais-je encore debout ce matin-là, je ne voulais rien savoir, ah, douleur de l’attente interminable de la mort comment te vaincre. Comment.
 Des enfants jouaient dans la rue, un jeune couple un peu plus loin observait sa progéniture, une petite fille blonde, un garçon. Charmants. Levés tôt, ils semblaient se rendre eux aussi à la boulangerie, cela me faisait de la compagnie. Je les suivis.

Un bruit sec claqua dans le calme du dimanche sans voitures.

Immédiatement après, une sirène de police se mit à hurler, un véhicule banalisé avec un gyrophare déboula à toute vitesse et faillit écraser les enfants. Il s’élança à la poursuite de quoi. Un autre bruit claqua, plus près. Cela ressemblait à une arme à feu. Les parents s’emparèrent de leurs enfants et s’élancèrent en courant vers la sécurité d’un porche. Je restai planté au milieu de la rue.

Voilà, c’est comme ça que tout a commencé pour moi ce jour-là. Je renonçai à la boulangerie, décidai de faire retraite chez moi et d’attendre les nouvelles. En descendant le long du parc j’entendis des rafales d’armes automatiques qui éclataient un peu partout sur les hauteurs. Que se passait-il. En débouchant sur l’avenue V. je perçus comme un bruit très lourd de moteur, énorme, obscène qui remplissait l’espace, pas une voiture, quelque chose de plus gros, plus pataud qui se rapprochait. Un bruit de chenilles qui écrasaient le revêtement de la chaussée. Et je le vis, d’abord un tube en acier qui pointait à l’horizontale à l’angle du carrefour pivotant à gauche, à droite, cherchant quelque chose, la bête semblait à l’affut. Elle finit par envahir la chaussée et montra son mufle de tank d’assaut. Dans quoi étais-je tombé.

Ce fut le premier dimanche sans voiture d’une longue série.
Depuis ce jour de septembre, c’est tous les jours dimanche. La ville est bouclée. Etat de siège ils disent. Etat d’urgence. C’est une nouvelle normalité, nous devons nous habituer à rester enfermés dans les limites de la cité, et l’essence est rationnée, réservée aux véhicules de maintien de l’ordre et à l’armée. L’armée est dans la ville. Je me rappelai un autre jour de septembre il y a bien longtemps, dans un pays lointain où quelque chose de similaire s’était passé. Qu’est-il arrivé ici, pourquoi. J’ai manqué au monde je n’ai pas compris dans quelle direction mon petit univers avançait, au pas botté, au rythme patiné des chenilles d’engins blindés qui patrouillent le soir les rues désertes, couvre-feu disent-ils, terroristes, anarchistes, francs-maçons, religieux de tout poils, danger, danger, notre devoir vous protéger de vous-même.

Il y en a que ces nouveaux mots d’ordre rendent heureux.

J’ai revu mon jeune couple avec enfants, ils sourient chaque fois que je me rends à ma bonne boulangerie, tous les gens que je croise en ruent, marchent et sourient, moi aussi je marche et j’ai le sourire.
Mes petites cellules sont parties sans prévenir. Mon vieux chat lui est parti pour de bon. C’est la vie, je suppose qu’il faut accepter la part de mystère, et ne pas se poser trop de questions. Mais je me demande parfois dans le noir, éclairé à la bougie à écrire des choses dans mes carnets noirs, au crayon s’il vous plait, car il n’y a plus toutes ces choses néfastes du passé qui nous polluaient la vie, tout est bouclé, cadenassé, je n’ai plus d’amis dans le monde à qui parler, je me contente d’écouter la voix des romanciers des livres autorisés, et je me demande si, par un jeu d’équilibre, ma tumeur n’était pas partie compensée par l’effet d’une justice distributive, remplacée par une plus grande tumeur, un cancer social qui a tout envahi, tout décomposé, tout réduit en poudre d’organes, d’os, de lymphes, de cerveau. Mon mal a-t-il pris possession de l’univers entier, est-ce ma punition, ne plus avoir de larmes pour pleurer garder le sourire dire que tout va bien quand tout va mal que la vie est belle quand on assassine derrière les murs de mon jardin, une école transformée en caserne et chambres d’interrogatoires, alors vous, oui, vous qui lisez-ceci, prenez garde que ce cancer n’arrive un jour dans votre beau pays.

Méfiez-vous des dimanche sans voiture.


Credits: Agence Reuters, Bruxelles, dimanche sans voiture, 18 septembre 2011

Tuesday, 11 September 2012

Mémoires du 11 septembre


Il y a des moments comme ça… ce matin, neuf heures, dans la voiture, la traversée du Bois de la Cambre, une jolie lumière éclairait les tentes blanches encore debout de la grande salutation du soleil qui avait rassemblé quelques milliers d’adeptes du yoga sur les pelouses du bois dimanche dernier, la boucle serrée du grand virage derrière le Chalet Robinson, qu’on prend toujours trop vite, et l’imprévu juste devant, une camionnette se gare sans prévenir, les véhicules dans la file freinent les uns après les autres, j’anticipe, mais la voiture qui me suit allait trop vite, pile sec, j’entends le crissement des pneus, jette un regard distrait dans le rétroviseur, aperçoit un jeune femme au volant, la trentaine, lunettes noires, l’air d’une « executive », d’une cadre, d’une je ne sais quoi, une femme jeune et pressée au volant d’une Golf, et la course repart, mais moi, tranquille, j’ai laissé ma vitre ouverte et regarde la pelouse verte éclairée à travers le rideau régulier des troncs d’arbres, « c’est beau », oui, je me dis ça, le presque accident n’a pas entamé mon calme matinal… sauf que… sauf que… la radio, calée sur Musique 3, la radio classique, comme d’habitude, au grand énervement de ma fille qui change et met Pure FM, mais ce matin, je suis seul au volant, comme d’habitude, je me rends à mon travail, oui, vous ne savez-pas ? c’est au-delà du Bois, plus loin, encore un peu plus loin… enfin dans une belle zone verte, mais la radio disais-je, c’est l’heure, neuf heures, du flash infos, un flash c’est bref, les titres passent, et un seul titre, j’ai oublié les autres, un seul titre, aujourd’hui, c’est un onze septembre, et qu’est-ce que je fout là bon dieu, qu’est ce qui se passe dans ma tête, c’est cela que je voudrais dire… mais cela se refuse à se dire… pourquoi ? oh ! un onze septembre pas comme les autres pourtant, mais quels autres, ceux d’avant Le Onze Septembre ? ceux d’après, de la colère de la souffrance du deuil des regrets d’un monde passé d’un monde en lutte où le vingtième siècle a perdu ses dernières illusions ? C’était quoi mon Onze Septembre à moi ? C’était d’abord cette évidence, ce matin, je ne voulais pas savoir que nous étions un onze septembre, ma femme me demande quel jour sommes-nous, je venais de me lever, pas encore pris de café, le nez sur ma page du livre des visages, pour les premiers messages du matin, ceux des noctambules, des couchés tard, des levés tôt, et il y en avait déjà beaucoup et je m’étais mis au travail, croiser l’information, chercher le détail, la source d’une image, elle me demande donc quel jour je réponds le dix, mais je sais en me disant cela « le dix c’était hier » je ne veux pas penser, si … alors… si hier nous étions le dix… alors aujourd’hui nous sommes le… non cela demande un effort, cela m’aurait distrait de ma tâche… mais peut-être est-ce un blocage, je ne veux pas savoir que nous sommes un onze, et puis, tous les mois de l’année se ressemblent, nous sortons de l’été, les vacances sont finies… alors septembre octobre novembre quelle importance l’année va filer de plus en vite c’est aussi une habitude que j’ai prise, je ne fais plus attention à la date du jour, et parfois le mois en cours m’est très indifférent, tout ceci explique l’apparente désinvolture de mon être dans la lumière d’un matin de septembre dans un joli bois de Bruxelles alors que le flash infos dit simplement « c’était il y a onze ans »… et cela commence à travailler en moi, et cela me poursuit pendant la journée, la répétition du chiffre onze, septembre, onze années se sont écoulées, et ô mon dieu, c’est aujourd’hui que le cap des dix ans commémoratifs franchis nous allons commencer à oublier, comme une chandelle qui brûle usant sa matière s’en va vers sa disparition programmée nous nous consumons dans une fumée lente, avec tendresse pour ceux que nous aimons car nous ne repassons jamais deux fois n’est-ce pas par le même fleuve, nos cheveux poussent, nos ongles poussent, et la chandelle de la vie se consume, mais c’est cela l’amour, l’amour… j’entends le commentateur radio, « pause dans la campagne électorale américaine, pas de discours politiques », oui, je comprends, le mur de la mémoire seulement, les mémoires des proches, des amis des disparus, l’hommage bref et digne… le deuil enfin … mais la mémoire me revient, pas celle des images de télévision, je ne les connais que trop bien, non je cherche d’abord le souvenir de la commémoration « Tribute in Light » où l’on voit deux lasers puissants lancés dans le ciel, à l’emplacement des Twin Towers, et je me dis, « une belle image, j’aimerais la retrouver » je l’ai retrouvée, elle s’est poussée d’elle-même sur mon mur via la boutique de photos Yellow Korner, mais j’anticipe, ce matin, je cherche « où ai-je vu ces deux tours lasers, dans quel reportage, en quelle année », je l’ignore, mais c’est une barrière efficace car je m’arrête de penser, j’arrive à mon travail, la journée oui très bien merci, et cela me reprend, d’abord vers onze heures, « à quelle heure ? oui, neuf heures à New-York ce matin-là, quinze heures ici, que vais-je faire à quinze heures » j’envoie un texto à ma fille qui répond « jour de tristesse », et puis je me revois dans l’agitation du plateau ce jour-là, les collègues, les traders au téléphone « regardez CNN ! » on ouvre nos navigateurs Internet, les connexions étaient déjà saturées, mais quelqu’un allume une radio, et puis nos contacts dans la salle des marchés nous disent ce qu’ils voient sur leurs écrans de télévision, et une bizarre impression se répand parmi les gens, « un accident, un avion dans une tour, laquelle ? » nous avons tous en tête des images de la pointe sud de Manhattan, nous avons des collègues là-bas aussi, nous spéculons sur le nombre de personnes présentes dans une tour un matin ordinaire à New-York, le temps qu’il faut pour évacuer, nous spéculons pour nous occuper, car c’est un accident, très grave, très grave, juste un accident, mais le deuxième avion a percuté nous sentons la vibration de l’impact via les téléphones les voix des traders les images vidéo qui arrivent dans les navigateurs, autre chose est en train d’arriver… et jusqu’au soir, et le lendemain matin, et les journaux, je les ai gardés, le Figaro, le Financial Times de ce jour-là, ils sont dans mes archives… et le monde suit sa cource et tout le reste appartient à l’histoire… sauf que… sauf que… ce matin, onze ans après, j’ai comme une gueule de bois comme une envie de pleurer toutes ces années perdues d’un monde qui aurait pu advenir qui a été assassiné un peu de mon univers un peu de ma vie qui est partie aussi ce jour-là, non, ce n’était pas uniquement l’influence de la télévision, des médias, non j’ai vécu ce jour-là quelque chose qui est resté, beaucoup de tristesse, un vide affreux quand j’ai découvert Manhattan plus tard avec cette béance, j’observais la pointe sud depuis le New-Jersey où je logeais, il manquait quelque chose, c’était terrible, je voulais tellement voir ces tours, elles n’étaient plus là, ne seraient plus jamais-là, sauf dans le « Tribute in Light » et la colère est venue aussi, le dégoût des conspirations, le dégoût de ceux qui disaient « c’est bien fait, ils n’ont que ce qu’ils méritent », je n’ai pas compris, je me suis détourné d’un tas de gens, je n’ai pas dit grand-chose, je les écoutais j’avais mal, la haine a submergé le monde entier, sommes nous sortis de la haine onze ans après, cette guerre est-elle terminée ?
Un air de jazz, deux colonnes de lumière, New-York, ville de mon cœur, tu es tellement belle, peut-être plus belle encore avec cette béance, cette perte de notre jeunesse et de nos illusions…



JÖRG DICKMANN Tribute in light, Sept 11, 2008