Friday, 30 November 2012

La petite fille (Emilie Maréchal)

“La petite fille”, mise en scène et écriture d’Emilie Maréchal, au théâtre « Océan Nord » de Bruxelles du 26 novembre au 5 décembre.
Un spectacle essentiel sur le noir et la mémoire, sur Job et la souffrance, et pour finir, le sens très émouvant de la perte définitive de l’enfance. Première mise en scène de la jeune Emilie Maréchal, et pourtant, quelle maîtrise de l’écriture, des moyens techniques, la lumière et le son très important, et du jeu physique des acteurs pour une pièce où les mots sont avares, où la lenteur des gestes prédomine, avec l’évocation des souvenirs qui d’un coup, à la faveur d’un changement d’éclairage et de sonorité, surgissent, s’imposent à notre attention, avec une évidence : c’est ce qui se passe en nous lorsque nous entendons le bruit de la mer, ou que nous soulevons le voile du vieux téléviseur.
Spectacle rare, bref, de passage rapide sur Bruxelles dans un théâtre occupé par une troupe qui multiplie les audaces depuis trente ans sous l’impulsion d’Isabelle Pousseur « Océan Nord ». Un théâtre parmi d’autres de la jeune création contemporaine menacé par la réduction des subventions.
Dans ce monde de médias brutalisé, d’internet abrutissant, de sous-culture, de shows, faudra-t-il se résoudre à laisser mourir le théâtre ?
« Nous nous battrons avec nos rêves » (Michel Jeury).
Le théâtre est peut-être le dernier rempart contre l’asservissement car exercice de liberté, prise de risque. On ne ment pas en direct devant un public. On est entier, et le spectateur avec les comédiens, avec l’auteur, crée le spectacle aussi, à sa manière, car il en est le témoin, il devient par sa mémoire le passeur d’une émotion, et lorsque le spectacle s’achève, lorsque la tournée est terminée, il ne reste plus rien sur la scène qu’une immense nostalgie et dans la mémoire de ceux qui l’ont vécu, le désir de maintenir la flamme.
La création du théâtre, pour le théâtre, prendre le pari de travailler dur pendant longtemps pour quelques dizaines ou centaines d’heures de bonheur devant des salles pauvres, c’est sans doute un des métiers les plus exigeants, les plus ingrats que je connaisse. Où es ton bonheur, ta satisfaction, homme de théâtre, femme de théâtre ? Dans le jeu, dans l’acte, la vie peut-être ?
Merci aux auteurs dramatiques, aux comédiens, à tous les métiers de cette noble activité qui se battent avec leurs rêves pour nous.
Allez-y, allez voir « La petite fille » d’Emilie Maréchal. C’est au théâtre « Océan Nord » de Bruxelles, jusqu’au 5 décembre. Foncez.


La Traversée - variation d'un mythe (scènes 4, 5, 6)


Scène #4

Extérieur – Rue de Paris, jour.

Olivier marche dans la rue, il fume une cigarette. Il s’installe à une terrasse de café. Ce pourrait être le Café de la Paix, à l’angle du boulevard des Capucines et de l’Opéra.

Olivier

Un noir bien serré, s’il vous plait.

Garçon

Certainement Monsieur.

Olivier déplie « Le Monde ». Le café est servi. Il essaye de lire le journal, s’ennuie rapidement, il pousse un soupir, replie le journal. Il regarde l’animation sur le boulevard, les gens qui entrent et sortent nombreux de l’établissement. On entend les bruits de voiture, des bribes de conversation, des mots.

Un homme jeune, en costume

Encore une réunion !

Un autre jeune homme

Céline exagère. La City ! Toujours la City !


L’homme jeune, en costume

Les cours ont été manipulés.

Une voix d’un autre homme

Cinq euros, et quoi encore ?

Une voix de femme

Allo, Julien ? C’est Fanny. Tu viens ?

Une femme très élégante de dos

On ne trouve plus de vitriers qui connaissent leur métier à Paris.

L’autre jeune homme

J’en ai plein la tête ! Je me casse, salut !

Une voix de femme

Tu ne peux pas venir… Elle soupire.

La femme très élégante de dos

Non, je n’ai pas vu, c’était intéressant ? Du cabotinage.

Un passant

Pardon.

Une passante

J’appelle la police !

Olivier prend son téléphone portable, cherche un numéro.

Olivier

Ah ! Zut !

Il fouille les poches de son veston, ouvre son portefeuille, en répand tout le contenu sur la table, cherche une carte de visite dans la pile. En prend quelques-unes en main.

Voyons cela.

Manon ? Non !
Dentiste Romulus ? Non !
Trapézistes et Colombiers Souchard ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Non !

Il jette les cartes au fur et à mesure derrière son épaule.
Regard du garçon de café qui passe.

Garçon

Monsieur a perdu ceci je crois.

Olivier

Merci !
Mais non, gardez-les ! Vous n’avez pas besoin de dentiste vous ? Et Manon, la connaissez-vous ? Une jolie fille un peu sotte. Que faisait-elle encore dans mon portefeuille, je vous le demande.

Garçon

Monsieur n’attend pas Manon ?

Olivier

J’attends… j’attends… mais où ai-je fourré sa carte de visite ?

Garçon

J’ai connu une Manon autrefois, une blonde, mignonne, avec des fossettes, un amour… Elle était comment la vôtre ? La mienne était timide. Elle rougissait pour un rien. Un jour qu’on était sur la Butte Montmartre à rigoler, il pleuvait beaucoup…

Olivier

Vous n’avez pas vu la carte de Béatrice dans le tas?

Garçon

Désolé Monsieur. Béatrice évidemment, c’est autre chose que Manon.

Olivier

Je l’ai vue une seule fois.

Garçon

Il suffit d’une seule fois.

Olivier

Ne dites pas de bêtises ! Cherchez plutôt ! Je vous dis que j’ai perdu sa carte.

Garçon

Vous la retrouverez. D’ailleurs, n’est-ce pas elle, là, qui vient ?

On voit une jeune femme très belle, la Parisienne sortie tout droit d’un magasine de mode, qui cherche quelqu’un sur la terrasse du café. Elle croise le regard du garçon.

Garçon
Mademoiselle… Je peux vous aider ?

La demoiselle
Elle parle avec un accent étranger. C’est une américaine de Paris.

Merci. Je vais m’installer ici. J’attends quelqu’un. Un thé noir s’il vous plait. Avec des gâteaux.

Une place se libère à la table à côté d’Olivier.

La demoiselle

Vous permettez ?

Olivier fait signe de la tête.

La demoiselle

Je vais à l’Opéra Garnier, c’est la première fois.

Olivier compulse ses cartes de visites, marmonne entre ses dents.

Olivier

Serge… non
Valentine… non
Pina Bausch… non

Le garçon revient avec un plateau bien garni pour la demoiselle.

Olivier jette un coup d’œil.

La demoiselle

Je crois que je suis trop gourmande. Je ne pourrais pas manger toute seule. Vous en voulez ?

Olivier

Ce n’est pas de refus.

Il se sert d’un morceau de cake noir.

Merci… Je me présente… Olivier… Artiste !

La demoiselle

Je m’appelle Anne, je ne fais rien dans la vie !

Elle rit.

Olivier

Mais vous allez à l’Opéra. Et vous prétendez ne rien faire. C’est quelque chose l’opéra à ce qu’on dit. Je suis entré dans le Palais Garnier il y a longtemps pour admirer le grand escalier. Et ma f… ma copine a voulu un jour m’y emmener pour voir un spectacle, comme vous ce soir, mais je… nous n’avons pas eu le temps. Pour moi le comble du beau ce serait un spectacle sans musique, sans ballet, sans rien. Mais ce n’est pas moi qui ai dit ça. On y serait au cœur du spectacle, à nous de l’inventer, de le créer à partir de rien, ou presque rien… quand il n’y a plus rien, il y a encore des mots, il y a encore des cris, des râles, des soupirs, des bruits qu’on fait avec le corps, c’est une musique en son genre. Je voudrais m’y tenir, l’écouter, la rendre belle.

Anne

Vous connaissez la pièce qui est jouée ce soir ?

Olivier

C’est quoi ?

Anne

L’Orphée et Eurydice de Gluck. Un chef-d’œuvre de l’opéra baroque. On dit que cette mise en scène est très moderne, un ballet avec des récitatifs et des chœurs, c’est de Pina Bausch évidemment. Vous aimez Pina Bausch ?

Olivier

Je n’y connais rien en musique.

Anne

Elle rit.

Vous êtes quoi comme artiste ?

Olivier

Je cherche encore…

Anne

Alors vous êtes comme moi !

Olivier

Vous attendez quelqu’un ?

Anne

Mon mari.

Olivier

Il en a de la chance.

Anne

Votre amie va finir par arriver. Ne vous en faites pas.

Olivier

Vous avez un don pour lire l’avenir ?

Anne

Nous sommes très douées pour cela avec mes sœurs, il parait !

Elle rit.

Olivier

Et elle ressemble à quoi mon amie ?

Anne

Laquelle Olivier ?

Olivier rit. Il se lève.

Olivier

Bon spectacle Anne.

Garçon

Au revoir Monsieur. Et pour Béatrice… je laisse un message ?


Fin de la scène




Scène #5

Intérieur – Chambre, jour.

Olivier de dos, assis devant l’écran d’un Mac. Chambre de bonne mansardée. Une fenêtre ouverte sur des toits. La caméra zoome sur la barre du navigateur internet, il tape une requête dans un moteur de recherche.

« Artiste Graphiste Béatrice M. Paris »

Une page s’affiche. On voit Olivier qui clique sur les premiers liens, des pages s’ouvrent qu’il abandonne rapidement, il revient sur la requête principale. On le voit qui ajoute « Facebook » à la fin. Il s’excite à la vue la nouvelle page de résultats. Il clique sur le premier lien…

C’est ça, c’est ça…

Il se lève, s’appuie à la fenêtre, allume une cigarette, médite. Long plan en travelling des toits de Paris dans le quartier de Saint - Sulpice.

Voix off d’Olivier

C’est ridicule…Je ne la connais même pas… Je cherche quoi ?

Je vois un homme qui marche sur le pont Charles à Prague, il s’éloigne dans le brouillard. Les statues des saints lui forment une haie d’honneur. Quelque chose va arriver.

Surimpression d’une photo du Pont Charles à Prague sur les toits de Paris…

C’était avec Elodie. C’était il y a longtemps, juste avant notre mariage, une éternité.

Béatrice, j’aimerais vous parler d’un projet. Aimez-vous les pâtisseries du Café de la Paix ? Tout à l’heure, demain, si vous voulez.

Préférez-vous partir en voyage ? Partons tout de suite. Rejoignez-moi sur le pont de Prague.

Elle est venue pour moi, pour me soutenir dans ma peine. Elle rentrait de Londres je crois.

Ou bien rejoignez-moi sur le pont du Millénaire. Je vous attendrai, quel côté préférez-vous ?

Surimpression d’une photo du Millénaire à Londres avec vue sur Saint-Paul.

Elodie préférait la Tate Modern de l’autre côté.

Je vous attendrai dans le grand hall de la Tate. A chaque fois, c’est une surprise.
Un jour je suis entré dans un trou noir, des fantômes en sortaient. C’était l’œuvre d’un artiste. J’avais un peu peur.

Surimpression d’une photo de cette œuvre.

Oui, c’est ridicule. Mais tout est parti de là.

Je vous le dis, c’est là que j’ai décidé d’écrire, mais je ne le savais pas encore.

Voulez-vous m’aider ?

Il tape un message dans Facebook. Il regarde le mur de sa chambre. Les trois photos sont là, il tend la main. Elles s’effacent.

Il regarde le mur de sa page Facebook. Les trois photos sont là. L’icône rouge d’un message entrant se met à clignoter.

Voix off de Béatrice
Son visage en surimpression sur l’écran de l’ordinateur.

Olivier, rejoignez-moi à la mer. L’air de Paris ne vous vaut rien.

Olivier tape une réponse.

Voix off de Béatrice

Nous pouvons en parler, tout de suite si vous voulez.

Fin de la scène



Scène #6

Intérieur – Chambres d’Olivier (jour) et de Béatrice (nuit).

L’image est coupée en deux, à gauche Olivier, à droite Béatrice. Chacun parle avec son ordinateur. On voit la scène de la chambre d’Olivier en arrière-plan avec les toits de Paris, le jour. La chambre de Béatrice est dans la pénombre. Une fenêtre est ouverte sur la nuit profonde.

Olivier

On voit l’image de Béatrice sur l’écran pendant qu’il lui parle.

C’est très sombre chez vous. C’est l’image peut-être qui est trouble. Je n’aime pas beaucoup utiliser cette technologie, je préfère le téléphone ou une rencontre en vrai. Vous n’êtes pas à Paris en ce moment ?

Béatrice

On voit l’image d’Olivier sur l’écran pendant qu’elle lui parle.

L’image est très nette chez moi. Je ne suis pas à Paris, je suis assez loin en fait.

Olivier

J’ai cru comprendre que vous voyagez beaucoup, les galeries d’art… un peu partout…

Béatrice

J’ai beaucoup de travail. Je suis souvent entre deux avions, c’est très impersonnel vous savez. J’aime bien rentrer sur Paris de temps à autre.

Olivier

Et vous étiez rentrée pour … spécialement pour moi cette fois-là ?

Béatrice

Au cimetière oui, n’ayez pas peur de ces mots, je suis rentré pour Elodie que je connaissais depuis longtemps.

Olivier

Elle ne m’avait jamais parlé de vous. Je ne crois pas. Ou alors, peut-être… je n’y ai pas fait attention… pourtant, une artiste internationale ! J’aurais remarqué.

Béatrice

Elodie était quelqu’un que j’aimais beaucoup, je lui suis attachée depuis longtemps. Je veillais sur elle de loin.

Olivier

Mais il y a des choses contre lesquelles on ne peut rien faire…

Béatrice

L’art est cruel.

Olivier

Vous parlez d’art, je parle de la mort de ma femme !

Béatrice

Je ne voulais pas vous offenser. Je voulais dire que la vie est cruelle, mais c’est devenu une déformation professionnelle chez moi. Rien n’échappe à l’art. C’est un centre qui attire tout ce qui passe à sa portée.

Olivier

Comme les trous noirs, ces monstres qui avalent la lumière…

Béatrice

L’art restitue la lumière qu’il absorbe de la vie, des gens, des émotions.
Vous vouliez me parler d’un projet Olivier…

Olivier

Je voudrais retrouver ma femme.

Béatrice

Et c’est à moi que vous demandez ça ! Vous y allez fort !

Elle rit.

Olivier

Je voudrais que vous peigniez un tableau d’elle… Un portrait. Ceux que vous peignez pour de riches commanditaires laissent dit-on une trace inoubliable dans la mémoire de ceux qui les ont regardés une seule fois. Je me suis renseigné. Votre art est énigmatique. Vos portraits ne sont jamais montrés en public. Il n’y a pas une image digne de foi sur le Net, dans les magazines… Vous peuplez les galeries d’ombres de vos véritables tableaux. Votre renommée est celle d’un royaume obscur vers lequel tout le monde va d’instinct.

Béatrice

Vous ne connaissez pas mes prix. Ils sont élevés.

Olivier

Je suis un jeune homme dénué de ressources. Je ne vis pas dans une tour qui défie le ciel, dans une de ces nouvelles cités de cauchemar qui poussent dans les déserts ou dans les terres de très anciennes civilisations, ou dans un palais vénitien, ou Dieu sait seul dans quels autre lieux étranges, où se cachent les gens du monde, où se montrent les hommes de pouvoir. J’habite un trois pièces à Paris, voyez par vous-même. Ce que je vous demande n’a pas de prix, parce qu’il est infini, hors de portée.

Béatrice

C’est le don d’amour.

Olivier

Si ce qu’on dit de vous est vrai, vous saurez comment me rendre mon amour perdu.
Si vous dites que vous la connaissiez, vous l’aimiez peut-être, vous le ferez en souvenir d’elle.

Béatrice

J’aimais Elodie. Elle était mienne depuis longtemps, je vous l’ai dit.

Olivier

Et maintenant. Que proposez-vous ?

Béatrice

Vous allez me rejoindre.

Olivier

Vous êtes loin en ce moment.

Béatrice

Je serai vite là où je dois être. Je vous l’ai dit, à la mer. J’aimerais que vous veniez me voir à la cote, j’y passe entre deux visites.

Olivier

Des visites ? Une autre de vos énigmes. Mais soit, j’y serai.

La caméra passe sur les toits de Paris.

Fin de la scène


Interlude

Des toits la caméra descend dans les rues où l’on voyage en accéléré. La caméra est sur une moto, filme des rues, on fait un voyage de plus en plus rapide, depuis Saint-Sulpice, on va vers Saint-Germain des Prés, traversée de la Seine sur le Pont 
des Arts, puis remontée vers la Place des Pyramides, la rue de Rivoli, l’Opéra Garnier, le parc Monceau, la Butte Montmartre, d’où l’on redescend par la rue Lepic.


Pour lire les scènes du scénario de film "La Traversée - variation d'un mythe" dans l'ordre:
Prologue (à l'hopital)
Scènes 4, 5, 6 (ce post: au café, sur internet)
Scène 22 (sur la plage)
Scène 28 (dans la chambre d'hôtel)

Note: après avoir commencé l'écriture de ce scénario j'ai découvert qu'un film français récent, un thriller, portait le titre de "La Traversée". Faute de mieux, et à titre provisoire, je poursuis mon idée initiale dans ces brouillons mais j'y ajoute "variation d'un mythe" pour bien marquer la différence.

Thursday, 22 November 2012

Intérieur - Une chambre d'hôpital, jour


Une scène de film - Prologue de la Traversée - variation d'un mythe

Le personnage principal (Olivier) est introduit dans une chambre d’hôpital individuelle par une infirmière…

L’infirmière

Nous l’avons changée de chambre hier soir. Elle sera plus tranquille ici.

Olivier

Plus tranquille…
C’est une section isolée…

L’infirmière

Pour les soins palliatifs Monsieur.

Olivier

Merci.

L’infirmière sort. On voit une femme sur un lit, très amaigrie, les cheveux lui collent à la tête, elle gémit dans son sommeil. Un cathéter au bras, un autre tuyau souple sous le drap.

Voix off d’Olivier.

Je regardais ma femme en train de mourir.

Olivier

Elodie… Elodie… je suis là…

Elodie

Murmures

Oui

Voix off d’Olivier

Il n’y avait plus rien à dire. Je la regardais s’éteindre doucement. Elle souffrait. Fallait-il augmenter la dose de morphine ? J’étais paralysé, mais sous mon crâne, une tempête se levait.

Elodie

Faiblement

Olivier…

Olivier

Mon amour… je suis là…

Il lui tient la main. Elle ouvre les yeux. Regard vide.

Elodie

Ne me retient pas.

Voix off d’Olivier

Tu pars Elodie. Pourquoi ?

Chienne de mort, sale pute de mort, je t’ai célébrée pourtant viande pourrie de mes poésies de merde, j’ignorais qui tu étais, rien que des mots vides que je te collais sur la peau, mais voici ton visage d’horreur plaqué sur son visage, tes lèvres collées aux siennes, tu aspires sa vie petit à petit, tu la suces salope de mort, tu prends ton pied.

Débrancher Elodie, je vais te débrancher.

Ridicule, Elodie n’est pas sous respirateur, où est la prise pour retirer son dernier souffle de vie, pour couper court à la mort ?

Cette agonie interminable m’épuise.

Je ne suis pas dans ton corps Elodie.

Dieu merci mon corps vit malgré moi, me gêne, j’ai envie de pisser, veux-tu que je me coupe un bras une jambe pour abréger tes souffrances, je te les donne, où est le fil de vie qui te relie encore à ce monde où est-il ?

J’ai mal que j’ai mal, j’ai honte que j’ai honte, j’ai peur que j’ai peur.

Ne pars pas maintenant. Attends Elodie.

Elodie

Gémissements.

Mal, mal…

Olivier

J’appelle l’infirmière !

Olivier sort de la chambre. On entend la conversation derrière la porte. Caméra braquée sur Elodie.

Olivier

… la dose, il faut augmenter la dose… elle souffre…

L’infirmière

Elle reçoit déjà la dose maximale de morphine Monsieur, 600 mg par jour.

On entend Olivier qui pleure.

Olivier

… Je ne peux rien faire… S’il vous plaît, aidez-là, elle a mal…

On entend les pas de l’infirmière qui s’éloigne dans le couloir. Olivier rentre dans la chambre, s’essuie les yeux.

On va t’aider mon amour. Tu n’auras plus mal.

Voix off d’Olivier

Tu n’es rien Olivier. Tu es un voyeur. Tu es un sale type. C’est toi qui devrais crever ici.

Mon amour, un paquet de viande qui refroidit, un corps qui n’est plus rien pour moi, va-t-en Elodie, pars tu me fais souffrir pars je voudrais être ailleurs, ton témoin de mort, ta nouvelle alliance j’en suis le témoin.

Il était beau notre mariage, il était lumineux, tu étais belle, tu n’es plus rien maintenant, j’ai du mal à te reconnaître ce visage que j’ai adoré ta peau un papier sale tes cheveux blonds un paquet de fils emmêlés ton corps décharné mon dieu mon dieu ayez pitié d’elle abrégez s’il vous plait.

Six mois après notre mariage à peine ta robe blanche ce sont ces draps froids ce linceul mes baisers ceux du goutte à goutte de la morphine nous n’aurons pas d’enfant nous n’avons pas eu le temps mon amour nous ne partirons plus dans les mers chaudes les horizons les palaces les petites places nos endroits le café crème la cigarette ton rire matinal pendant que je lis les titres du Monde l’air sérieux l’air de vouloir monter une affaire avec toi nos secrets nos douceurs nos amitiés si vite trop vite

Elodie

Oublie moi.

Plan noir

Fin de la scène


Tuesday, 20 November 2012

Extérieur – La plage, jour


Une scène de film #22 (voir le billet précédent - à la fin de la scène #28 - pour le séquençage)

Une jeune fille (une gamine, préadolescente) très blonde et un chien, genre labrador, se rapprochent de la caméra (ce qu’Olivier regarde). On entend le cri des mouettes, l’aboiement du chien.

Héloïse

Elle court vers la caméra.

Par ici, par ici mon chien.

Olivier

Le chien file dans les jambes d’Olivier.

Oh ! Bon chien ! Bon chien !

Héloïse

Essoufflée…

Pardon Monsieur ! Oscar est très gentil… Vous pouvez le caresser.

Le chien tourne autour d’Olivier, quémande une caresse.

Olivier

Oui, bon chien… oui, c’est ça…
Oscar, un labrador non ? T’es un labrador ! Je te reconnais, tu as une tête comme je les aime !
Gentil, gentil…

Héloïse

Il fait beau ce matin, n’est-ce pas Monsieur ?
Vous avez entendu cette nuit ? Oh ! C’était la tempête !
Vous arrivez de Paris ?

Olivier

Sourire

Cela se voit que je viens de Paris ? Oui, je viens de Paris. Et toi, tu viens d’où ?

Héloïse

Oh… moi, je suis d’ici, de là-bas… d’un peu partout…

Elle montre la mer.

Mon papa, c’est un pêcheur !
Je pars souvent avec lui… la mer Monsieur…

Olivier

Je m’appelle Olivier.

Héloïse

La mer Monsieur… mon papa il dit que c’est une femme très dangereuse. Mais il aime ça !
Vous aimez la mer, Olivier ?

Olivier

Elle m’a toujours fait un peu peur… j’avoue… c’est bête non ?

Héloïse

Un jour quelque chose se passe que vous n’attendiez pas. Voila, la mer, elle peut changer en quelques minutes. Il faut une main sûre pour vous guider alors. Mon papa il dit qu’un marin c’est d’abord un navigateur, vous savez d’où ça vient ce mot ?

Olivier

Navigateur… pilote…

Héloïse

C’est un mot grec, « cybernaute ». C’est très savant ! Moi aussi, j’ai appris, je suis un petit cybernaute.

Rires

Alors quand tu vois la couleur du ciel qui change, tu sens la houle qui gonfle, tu as froid aux oreilles, moi, c’est le bout du nez qui me chatouille, tu sais qu’elle vient.
La mer, c’est là où l’improbable devient certain tout d’un coup. Tu comprends ?

Olivier

Je crois… oui… Tu t’appelles comment ?

Héloïse

Héloïse !

Olivier

C’est très beau… ancien…

Héloïse

C’était le choix de maman. Elle est partie en mer un jour, sur un grand bateau…
Elle n’est pas rentrée.

Olivier, tu as une fiancée ?

Olivier se détourne.

Tu es triste ?

Ta fiancée est partie ?

Olivier

On peut dire ça…

Héloïse

Mon papa il prend parfois des touristes pour une partie de pêche. Tu as envie ?

Olivier

La mer…

Héloïse

Tu as peur ?

Olivier

Non… je ne sais pas, c’est un peu inattendu… Et puis… j’attends quelqu’un… peut-être…

Héloïse

Elle t’attendra aussi.
Allez, viens !

Olivier

J’ai des choses à faire… je crois… je ne sais pas lesquelles.

Rires

Héloïse

Tu vas te changer les idées. Tu verras, c’est surprenant une partie de pêche !

Olivier

Je me souviens… j’ai promis à quelqu’un d’écrire tous les jours… Il faut que j’écrive aujourd’hui.

Héloïse

Tu as toute la journée !

Un téléphone portable se met à sonner. Héloïse décroche.

Oui Papa !

Il vient ? Non, je ne sais pas… Il hésite…

Olivier regarde autour de lui. La plage est déserte. Il regarde le chien. Oscar se tient coi sur le sable. Olivier se penche, caresse le chien.

Papa !... Bon, d’accord…

Elle raccroche.

C’était mon papa ! Si tu savais !
Un touriste américain, il devait partir avec nous aujourd’hui. Il vient d’annuler.

Olivier

Vous ne partez pas alors ?

Héloïse

Non… dommage, les couleurs sont splendides aujourd’hui… La pêche sera bonne.
Oh ! Je te prendrais même en photo. Cela fera un souvenir amusant pour ta nouvelle copine ! En ciré jaune, dans tes filets, tu emmêleras tout, je le sais… mais ce sera tellement drôle !

Olivier

Et c’est combien pour la ballade en mer ? Avec les photos !

Héloïse

Pour toi, c’est gratuit.

Fin de la scène


Sunday, 18 November 2012

Intérieur - Chambre d'hôtel, nuit

Une scène de film (#28 - voir plus bas pour le séquençage)

Lumière tamisée. Les personnages sont d’abord dans la pénombre.

Olivier

Nous y voilà…

Béatrice

Vous y êtes, vous êtes arrivé.

Olivier

Oui, enfin ! Le voyage fut long… de petits accidents… ici ou là… vous ne m’avez pas attendu à Wissant. Vous étiez déjà partie.

Olivier lui sourit

Et vous avez accepté de venir jusqu’ici…

Béatrice

Je vous attendais.

Olivier

… Dans cette chambre d’hôtel.
Mais asseyez-vous donc.

Olivier indique à Béatrice un fauteuil en cuir fatigué, il s’installe sur une chaise devant un bureau étroit. Il la regarde. Béatrice tient en main le carton de bière qu’elle fait tourner entre ses doigts. Le visage des personnages s’éclaire petit à petit.

Béatrice

Merci pour votre joli mot.

Olivier

Cette petite Héloïse est très fine. Comment a-t-elle deviné que c’était pour vous ?

Béatrice

Oui, elle a vite appris. Elle est très douée pour ce genre de choses.

Olivier

Vous la connaissez ? Depuis le début vous me parlez par énigme. Au cimetière d’abord, vous vous souvenez ?

Béatrice

Comment pourrais-je l’oublier ?

Olivier

J’ai mis du temps à vous retrouver. Vos messages sur le réseau. A l’hôtel de Wissant ensuite, votre lettre, vos instructions comme vous l’écriviez. Drôles d’instructions ! M’accoquiner avec des forains ! Et les lions ? Vous savez calmer les bêtes. Je m’y étais mal pris je crois

Rires

Héloïse est une jeune fille très séduisante, c’est grâce à elle que je suis arrivé ici en fin de compte.

Béatrice

Je sais…

Olivier

Son père est une force de la nature ! Il m’a fait boire Dieu sait combien de punchs. Je me sentais gris. J’ai noté ce qui me passait par la tête sur ce bout de carton.

Béatrice

Mon cher ami, vos pensées pourraient faire tourner la tête de bien des femmes…

Elle lit le texte au dos du carton de bière.
Ton ombre
me caresse le dos
avec une plume
à l’encre tu écris sur ma peau
tes mots vivants
tes mots qui respirent
O Beauté
donne-moi le frisson
le livre de ton corps.

C’est assez charmant. Est-ce vraiment pour moi que vous l’avez écrit ?

Olivier

Le carton est tombé. Je n’y pensais plus. Héloïse l’a ramassé.
Et puis vous êtes entrée dans ce pub. Elle vous l’a donné.

Béatrice

Elle savait que j’étais là.

Olivier

C’est votre petite sœur.
Depuis que je suis parti à votre recherche, je n’arrête pas de vous perdre, puis de vous retrouver.

Béatrice

Parlez-moi d’elle. Parlez-moi de votre femme. L’aimez-vous encore ?

Olivier

Vous semblez chez vous ici.

Béatrice

J’aime cet endroit, l’odeur du bois, du tabac, le goût de la bière noire au tonneau. Ma préférée. Et vous, comment trouvez-vous cet endroit ? Pensez-vous que vous vous y plairez ?

Olivier

Cela dépend du temps… demain dit-on sera encore très agité en mer. J’ai tout mon temps ici avec vous…

Béatrice

Mon temps est compté. Cet endroit a tout ce qu’il faut pour vous, une chambre petite, propre, confortable, de quoi écrire… n’est-ce pas pour cela que vous avez voyagé ?
Pensez-vous encore beaucoup à elle ?

Silence. Quelques notes de Schubert le brisent délicatement.

Olivier

Je n’avais pas remarqué, il y a un piano en bas. Ce n’est pas vraiment de la musique de marins…

Olivier se lève, fait les cent pas, nerveusement. Il s’approche de la fenêtre, plongée sur l’extérieur, la grève éclairée par de pâles luminaires, l’obscurité totale au loin, le bruit d’une pluie sur les carreaux, grosses gouttes qui s’écoulent pendant que la musique monte crescendo.

Lui tournant le dos.

Vous savez très bien pourquoi je suis ici.

Béatrice

Pour Elodie, votre femme… pour le souvenir d’elle, pour la rappeler à vous…

Olivier

Votre magie ! Votre sorcellerie de bas étage. Allons ! C’est une plaisanterie… Ce que vous m’avez raconté à Wissant.

Olivier se rapproche d’elle, elle toujours assise, calme, le regarde dans les yeux. Gros plan sur son visage, ses yeux.

Béatrice

J’étais très sérieuse. Voulez-vous la retrouver ?

Olivier

C’est pour vous que j’ai effectué cette traversée.

Béatrice

Ecoutez-moi, nous n’avons pas beaucoup de temps, je vous l’ai dit, j’ai déjà donné plus que le nécessaire pour vous, je m’intéresse trop à vous…
Vous êtes ici pour la retrouver, pour Elodie, c’est elle que vous cherchez, que vous chercherez toujours, dans vos paroles, vos mots, vos livres, il n’y en a que pour elle, toujours pour elle. Mais elle est morte !

Olivier

Non !

Béatrice

Vous ne l’avez pas oubliée ? Comment pourriez-vous, si vite ? Un deuil, cela demande du temps.

Olivier

Je souffre de sa mort. Mon amour pour elle est comme un feu qui se consume en vain. Il n’y a plus de réponse. Mais vos mots, ce que vous avez dit à l’instant, c’est pour moi que vous le faites aussi ce voyage. Pour moi. Votre désir est-il donc dangereux à ce point ?

Béatrice

Après tout je ne suis qu’une femme. Vous pourriez me faire mal. Nous nous connaissons à peine…

Olivier

Le mien de désir est coupable… je serai puni, je le sais… Mais depuis que je vous ai vue, je ne peux plus vous oublier…

Béatrice

Qu’avez-vous vu ? Un fantôme… J’existe uniquement pour vous… pour un temps, un tout petit temps… Quelques messages, quelques rencontres…

Olivier

Allons ! Ce temps, prenez-le, disposez-de moi comme vous voudrez. Ne comprenez-vous pas ?

Olivier se rapproche d’elle, lui prend les mains, lui caresse le visage…

Béatrice

Non mon ami, votre main tiède sur ma peau, vous me faites souffrir…

La musique s’est arrêtée. Elle se lève brusquement.

Olivier

Je vous aime. Restez.

Béatrice

C’est l’heure.

Olivier

L’heure de me quitter déjà. J’en ai si peu avec vous. Vous reverrai-je ?

Béatrice

Dans cette vie, ou une autre, il y aura toujours Béatrice pour vous attendre, vous guider… mais je ne serai jamais à toi mon aimé. Cela m’est impossible.

Olivier

Pourquoi ?

Béatrice

Tu ne comprends pas mon chéri ?

Olivier se détourne de Béatrice, se rapproche de la cheminée, s’adresse à son image dans le miroir.

Olivier

Votre pouvoir sur les choses invisibles m’épouvante je crois. J’ai fait un rêve étrange l’autre nuit…

Quand il se retourne, elle n’est plus là.

Fin de la scène



Photo de l'auteur


La Traversée

Scénario de film (en noir & blanc)

En bref
Un homme désespéré par la mort de sa jeune épouse, cherche à l’oublier dans un tourbillon de rencontres. Plusieurs femmes lui donnent un instant l’illusion que l’oubli est au bord du chemin mais le désir pour la jeune morte revient comme un rappel obsédant de ce qui fut et n’adviendra plus. Dans une ultime tentative de faire revivre ce qui a disparu, le jeune homme part au loin et s’abîme en mer avec une femme qui est peut-être l’instrument du destin.

Argument du film (grandes lignes)
Olivier, jeune homme très doué, très beau, sa femme Elodie est à l’article de la mort, elle s’éteint d’un lymphome généralisé dans une chambre d’hôpital. La mort est inévitable, Olivier n’accepte pas le sort, souffre de cette injustice, ils étaient à peine mariés, il voudrait lutter contre l’inéluctabilité biologique, sait son désir puéril, et espère, quoi, quelque chose, un miracle.
A l’enterrement, Olivier rencontre une jeune artiste, parente éloignée, Béatrice, dont il tombe amoureux. Si vite que cela le culpabilise, sa jeune épousée à peine refroidie, il en aime une autre. Il lui demande son numéro de portable après la cérémonie.
Les jours passent. Il hésite à l’appeler, perd son numéro, la cherche sur les réseaux sociaux, la retrouve.
Elle lui fixe un rendez-vous en bord de mer quelque part sur la côte d’Opale. Sur la route, Olivier est imprudent, a un accident de voiture, il est retardé. Dans la nuit, il s’installe à l’hôtel, elle est partie, mais a laissé une lettre pour lui, avec des instructions.
Il l’attend quelques jours, fait connaissance avec une troupe de forains, une trapéziste au visage angélique, Hélène, un dompteur de fauves, Max, des fauves pas l’air méchants. Il ne pense plus à Béatrice, il voudrait bien rejoindre la jeune acrobate dans les airs, virevolter, se perdre. Mais les fauves libérés par mégarde lui barrent l’accès au cirque.
Béatrice apparait, les lions rentrent en cage. Elle lui dit qu’il peut communiquer par son intermédiaire avec Elodie, elle est une « médium ». Olivier n’en croit pas un mot, se rebelle. Béatrice dit qu’il n’est pas prêt, repart dans la nuit, en mer.
Nuit. Dans un rêve agité, Elodie se rapproche, s’éloigne, un fleuve barre la route entre elle et lui. Olivier cherche un pont, mais une barque se rapproche et voila Béatrice aux commandes. Il ouvre les yeux dans son sommeil, dans sa chambre d’hôtel, on entend le fracas de la pluie sur les vitres, il semble que Béatrice l’appelle, il se réveille tout à fait, il entend comme le reflet de ses mots qui flottent dans l’air. Ne sait plus s’il rêve encore.
Au matin, sur la plage, une jeune fille blonde aux yeux très clairs, avec un chien, à peine une adolescente, Héloïse. Son père est pêcheur, Olivier veut se changer les idées, il fait beau, une ballade en mer lui dit-elle? Oui, ils partent, Olivier s’essaye à la pêche au filet, il manque tout ce qu’il entreprend, s’emmêle, casse le filet, mais pour la première fois il sourit. Le père, Jean, un rude gaillard l’invite à boire un bock de genièvre à leur retour à terre mais une tempête se lève, le retour est compromis, le bateau continue et aborde le rivage en face, c’est la côte anglaise. Le soir au pub, la boisson monte à la tête d’Olivier qui griffonne un poème sur un carton de bière. Héloïse le ramasse, sort, le donne à Béatrice qui attend devant le pub. « Je vous ai vus ensemble avec le Monsieur » lui dit la jeune Héloïse, « c’est pour vous ».
Olivier et Béatrice dans la chambre d’un autre hôtel. « Tu es arrivé » lui dit-elle. « Veux-tu revoir Elodie ? Veux-tu lui parler ? » Mais c’est pour revoir Béatrice qu’Olivier a entrepris ce voyage périlleux, pour elle seule. « Je ne serai jamais pour toi ».
Seul dans la chambre, Olivier voit enfin le portrait d’Elodie qui était là. Il s’assied, se met à écrire. Dernier plan rapproché sur le portrait d’Elodie dans un jardin, l’image se met à bouger, souvenir de vacances, le soleil entre dans la pièce qui s’éclaire. Couleurs.

FIN.

Séquences

  1. Prologue : scène d’hôpital, Olivier, Elodie mourante. Les tourments d’Olivier, monologue intérieur.
  2. Générique : La Traversée. Musique de Schubert (extrait de la Sonate pour Piano n°21 en Si Bémol Majeur)
Acte I
  1. Scène de l’enterrement
  2. Scène du téléphone, hésitations.
  3. Scène de la recherche de Béatrice sur les réseaux.
  4. [interlude – les toits de Paris, le pont des Arts, la rue Lepic]
  5. Scène de la rencontre avec Béatrice sur les réseaux.
  6. Scène du voyage en voiture, nervosité d’Olivier.
  7. Scène de l’accident sur une route secondaire.
  8. [interlude – attente de la dépanneuse – scène secondaire, une voiture d’Anglais s’arrête pour demander si Olivier a besoin d’aide]
Acte II
  1. Scène d’arrivée tardive à l’hôtel « Normandy » de Wissant.
  2. Scène de lecture de la lettre de Béatrice. Voix off.
  3. Scènes diverses avec les forains, Hélène, Max, les fauves.
  4. Scène des fauves lâchés dans la petite ville.
  5. Scène d’Olivier voulant rejoindre Hélène, rencontre avec un lion menaçant.
  6. Scène de Béatrice qui arrive, d’un signe le lion se calme.
  7. Scène dans la chambre, dialogue entre Olivier et Béatrice, révélation sur son rôle de médium. Dispute. Départ de Béatrice.
Acte III
  1. Scène du rêve : Olivier voit Elodie de l’autre côté d’un fleuve, elle se rapproche, s’éloigne
  2. Scène du rêve : Béatrice dans une barque
  3. Scène du rêve : chambre d’hôtel, la pluie, des paroles
  4. [interlude  - scène de la plage au petit matin, grand calme, ciel dégagé, une fillette et un chien se rapprochent]
  5. Scène avec Héloïse, jeux avec le chien.
  6. Scènes sur le bateau de pêche, le rire de Jean, le sourire d’Héloïse, la bonne humeur d’Olivier qui s’embrouille dans tout ce qu’il fait.
  7. Scène de tempête, le bateau s’éloigne des côtes françaises, se rapproche des côtes anglaises.
  8. Scène d’arrivée à Folkestone, les falaises blanches.
  9. Scène du pub, ivresse, Olivier griffonne quelque chose.
  10. Scène d’Héloïse et de Béatrice, le poème.
  11. Scène d’ultime rencontre entre Olivier et Béatrice, expression du désir et de son impossibilité. Les adieux (voir plus haut pour la scène dialoguée)
  12. Scène muette de la chambre, le portrait d’Elodie, Olivier qui écrit.
  13. Finale sur le portrait, évocation d’un souvenir heureux, apparition de la couleur. Musique de Schubert.
FIN

Rédigé en atelier d'écriture "Initiation au Scénario - module 1" week-end du 17-18 Nov. 2012