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Affichage des articles du octobre, 2013

carnet

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Je pensais ne plus te voir
Je te vois
Lucia Antonia funambule
Ma douceur funambule

C’est une naissance que la philosophie
Je t’attends
De la Porte des Lilas
à la Porte de Namur
mes souvenirs
tes apparitions

La conquête de l’espace du carnet dans le délié de l’écriture et du vide
que m’importent les étoiles
c’est toi
Ma douceur funambule


La promenade au Phare (sans Virginia Woolf)

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Vieux Harper descendait tranquillement la colline lorsque la patrouille de police le dépassa, en route vers le Phare.
Il entendit le moteur s’éteindre, les portières claquer, « ils sont trois » se dit-il, perçut les pas des hommes sur le gravier, le frottement de la pierraille sous leurs semelles de cuir bon marché, le rythme court et lent, syncopé, d’une jambe qui traînait derrière une autre. « Ce doit être le jeune Tom qui a été blessé au printemps dernier dans la fusillade », pensa-t-il, ralentissant le pas à l’approche d’un buisson d’épineux qu’il savait à cet endroit de la route. « Il aura du mal à s’en remettre, on dit que la balle a perforé l’artère fémorale et le sciatique ». Il orienta sa canne vers la gauche à une hauteur d’un mètre du sol et poursuivit sa descente. Avec vigueur il frappa l’air d’un grand coup d’estoc. « Tiens, le jardinier a finit par passer par-là. »
La voiture des policiers fit demi-tour, croisa Vieux Harper une seconde fois, s’arrêta un peu plus loin. I…

Dans le 11ème arrondissement (III)

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Journal Parisien
11 octobre
Canal St-Martin, à « La Marine » (et peu importe si ce n'est plus le onzième)
Trianguler. J’écrivais ça hier. 
Le marin utilise toujours carte et compas pour calculer sa position le long des côtes, le relevé de trois amers.
Même si la navigation par GPS est disponible partout, le marin prudent prévoira le recours aux instruments traditionnels. 
Ne pas se fier à l’électronique pour tout, danger. 
En voiture, dans les grands territoires du Québec, plus d’une fois, le GPS s’était planté, se mettait à recalculer une route absurde après la perte du signal avec le satellite ; ainsi au milieu du parc faunique des Laurentides, avec des instructions débitées d’une voix de synthèse : « prenez la sortie à droite dans cent cinquante mètres » alors que la prochaine était à cent kilomètres. Ce GPS là n’était pas très aimable non plus. Je me souviens d’une autre navigatrice qui accompagnait ses instructions d’un « s’il vous plait » poli, prononcé « siouplait ». 
Sur un …

Dans le 11ème arrondissement (II)

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Journal Parisien
10 octobre
J’arrive tôt dans la salle de formation. Prends le temps d’observer, noter mes impressions.
Un forum ouvert, un lieu circulaire, la Place de Marché, que va-t-on s’échanger ? Des ressources, de temps et d’espace, des informations, un agenda qu’on va construire par l’offre et la demande. La Place est alimentée par une salle des Nouvelles et rapporte les transactions au Grand Journal. Quelques règles très simples pour assurer le fonctionnement de cette place, avec une seule loi, celle de l’intérêt partagé, sorte de loi de base de la réciprocité. Dans ce lieu se retrouvent les agents du changement (vous et moi) qui ont quelque chose à y faire pour, aujourd’hui, trouver des réponses à la question « Croître sans s’épuiser ».
La séance démarre.
Le Cercle, tous égaux. Le Leadership est en chacun d’entre nous, il est partagé, il est collectif. On commence par construire un ordre du jour, un agenda. Chacun peut initier un sujet, il suffit de se déplacer au centre du c…

Dans le 11ème arrondissement (I)

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Journal Parisien
9 octobre
Au “Plein Soleil”, Métro Parmentier, c’est dans le onzième, le fief de Belleville, mais oui, c’est ici qu’on s’était rencontrés pour une première discussion sérieuse avec O.
Les rue de Paris, les cafés, la presse, les gens, les Parisiennes, les bruits de la ville, odeurs, agitations, bruissements, vas et viens, quoi, mais les gens, toujours et partout, vie de la ville, une ville dont le cœur bat dans chaque rue, la même chose, je sens dans mes tripes cette ville dont le cœur bat depuis des années et des années dans mon cœur, cette ville, sauvage, on se heurte, on se bouscule, on se serre, on est à l’étroit, partout l’espace est compté, et j’aime ça, qu’est-ce que j’aime ça, humanité en marche, au repos, accrochée à son portable, nerveuse, il faut aller vite, vite, mais aussi, terrasses de cafés, bondées, on se serre encore un peu plus, faire de la place pour le naufragé urbain, voyez comme tout le monde se serre par solidarité, pour le nouveau, l’inconnu, le …

Coeur ouvert VIII

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Je voulais capturer la fragilité d’un matin sur la plage à l’automne, avec les derniers beaux jours. 
Avec un peu de chance peut-être pourrions nous apercevoir l’évent d’une baleine bleue ou le dos d’un bélouga passant au large, sans souci du promeneur, à la poursuite du krill vert, des ébats, des courants. 
Je voulais saisir ce moment où le dos du mammifère marin s’arc-boute sur les eaux du fleuve, tel le pilier fugitif d’un pont à peine né, à peine écroulé, je voulais capturer cet instant qui m’avait toujours été volé, et qu’importe si je n’y arrivais pas, car ce matin-là, je prenais plaisir à la marche à marée basse, toi à mes côtés, toi qui étais venue, m’avais entendu, dont le rire blanc sonnait comme un tocsin à mon réveil.
« Bon matin ! » disais-tu, et déjà, tu enfilais tes bottes, ton ciré, et déjà, le chat réclamait devant la porte.
Le temps de saisir mon Leica, d’enfiler un pantalon, pieds nus je sortais, un peu éberlué, un peu farfelu, « attends-moi ! » lançais-je dans le …

Morceau d'écorce

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J’aime l’écorce de bouleau blanc qui sert à fabriquer des canoës, et sur lequel, comme sur une peau, j’ai envie d’écrire,

parce que tu avais ramassé ce bout d’écorce et l’avais mit devant tes yeux, tu portais un masque qui te ressemblait, qui te collait comme l’écorce à l’arbre, toi qui étais partie à la recherche de tes racines, toi qui rêvais de l’époque où nous parlions le langage des arbres, cette langue feuillue qu’avec effort, persévérance, tu t’étais mise à étudier, pour laquelle tu avais quitté ta famille si conventionnelle, pour laquelle tu étais partie dans l’Ouest de tes ancêtres, d’où tu revenais, ton sourire de faune, tes yeux rieurs, ton enthousiasme si communicatif,

qu’il me donne moi aussi l’envie de partir dans les Prairies, de m’extraire de ma coquille, d’aspirer le ciel immense, le ciel bleu, si immense qui est comme l’océan au-dessus des Prairies de l’Alberta, du Saskatchewan,

de ces pays qu’un jour je parcourrais

car le ciel est ma peau

je suis vivant sous le cie…