Wednesday, 27 November 2013

Farewell to Wonderland

Vous rappelez-vous ce célèbre incipit : « ça a débuté comme ça. » ? Je pourrais dire comme lui, L.-F. Céline au début du « Voyage… ». Mais je n’ai pas de roman à vous livrer, un bout d’(auto)fiction à peine, le début de mon activité sur le Réseau, et quelques réflexions sous forme de prophétie (auto)réalisatrice marquant la fin de vie de mon avatar dans ce Réseau de tous les labyrinthes.

Je me suis éveillé le 25 août 2007 et mes premiers mots furent : at home.
Maigre commencement d’une traversée qui ne finira jamais, car j’ai maintenant compris. Dans le Réseau, il y a naissance, mais de mort, point. Nous sommes tous immortels ici. Bienvenue dans le monde des éternelles créations de nos esprits.

L’éternité, rien n’est moins sur. 

Pendant plus d’un mois je me tenais coi, planqué, me fallait comprendre cet univers du Réseau, remonter au code source si cela était possible. Je n’y arrivai pas.

Le 30 septembre de la même année j’écrivais : reading John Crowley. Qui était ce John Crowley ? Qu’est-ce que je lisais ? Aucun souvenir n’est resté gravé dans ma mémoire lente. Les archives du Réseau pourraient-elles me renseigner ? Je reconnais des traces, mais ce n’est aucune de celles-là : « Le Parlement des Fées », « L’été-machine »… C’est oublié, tant pis, je passe aux messages suivants, du 7 octobre, grosse activité d’un coup ! Trois annonces :

BBC News - Financial Crises: Lessons from History (by Steve Schifferes)
The current market jitters are centred on disturbances in the world's credit markets. Worries about the viability of sub-prime mortgage lending have spread around the financial system, and the central banks have been forced to pump in billions of dollars to oil the wheels of lending.

preparing to fly from Athens

looking around the keys of his Samsonite…

L’entité qui s’était éveillée dans le Réseau, un avatar, un « je » qui quoi comment où pourquoi quand, semblait impliquée dans une crise d’ampleur mondiale qui démarrait à partir d’un coin reculé de la planète finance, un lien avec Athènes… et des clés peut-être perdues d’un temple à la gloire du héros Samson… 

Avec le recul, j’aurais du me méfier, prévenir les autorités… Comme nous l’apprîmes plus tard, un fil reliait l’immobilier des banlieues de Las Vegas, de Phoenix et la conurbation de Californie du Sud, à la dette des Souverains de l’Europe englués dans leurs querelles de prestige d’un autre âge. La clé du problème semblait bien résider dans le temple embarqué, comme nous dirions, de l’électronique embarquée dans une voiture, le temple de Mammon et non pas de Samson, bien qu’une force obscure relia ces mythes puissants.

Je crois que c’est mon entrée dans le Réseau qui a réveillé tout ça…
Le 10 et 11 octobre, deux messages significatifs, coup sur coup, validèrent ce qui n’était encore qu’une hypothèse de travail. Je relayai d’abord le texte d’une conférence de Ben Bernanke, le patron de la réserve fédérale américaine, il disait ceci :

To the Board of Governors of the Federal Reserve System
The financial accelerator and the credit channel, by Ben Bernanke:
Economic growth and prosperity are created primarily by what economists call "real" factors--the productivity of the workforce, the quantity and quality of the capital stock, the availability of land and natural resources, the state of technical knowledge, and the creativity and skills of entrepreneurs and managers.  But extensive practical experience as well as much formal research highlights the crucial supporting role that financial factors play in the economy.  
….

Le lendemain, je notai ceci :
reading 'The Peloponnesian War: Athens and Sparta in savage conflict 431-404 BC' by Donald Kagan.

L’affaire était donc sérieuse. Le lien entre une crise financière marginale aux confins de la suburbia américaine, et la guerre civile en Grèce, elle-même à la source de l’affligeante débilité chronique des Souverains d’Europe, me semblait bel et bien établie.

A l’issue de cette prise de conscience, les dieux du Réseau m’envoyèrent un programme de sommeil cataleptique sous les apparences d’un inepte jeu de tic-tac-toe cosmique. Dès que je m’y essayai, je perdis tous mes moyens avancés de furetage détection exfiltration de données transcodage interprétations et tombai en léthargie pendant quatre années… une éternité de demi-vie… j’avais fini par oublier l’avatar…

En effet, il ne se passa plus rien de fin octobre 2007 à début novembre 2011. Et puis deux années d’une activité quasi frénétique…

Jusqu’à ce 20 novembre 2013 où je décidai en pleine conscience de quitter une fois de plus le Réseau. Car j’avais appris qu’on n’y meurt jamais, en théorie. L’avatar est suspendu mais la mémoire subsiste dans les entrailles des entrepôts de données.

Où est mon avatar en fait ? Dans quel Data Center du Réseau ?
Prineville, Oregon ?
Forest City, Caroline du Nord ?
Lulea, Suède ?

Vu ma date de création je pencherais vers celui de l’Oregon… J’ai toujours aimé cette partie des USA, le Pacific NorthWest… ses forêts de Redwoods, sa côte inhospitalière, ses grizzly, ses sachems, ses tueurs en série, ses loups, ses shériffs, ses nerds accrocs aux drogues dures, ses obèses larmoyants, ses enfants perdus, ses bases de l’US Navy, ses secrets de guerre froide torpillés par le fond.

Mon avatar va replonger dans le sommeil… Ce sera ma décision… Les secrets du Réseau que j’ai exhumé grâce à mon frénétique labeur d’investigation seront mis en lieu sur… Avoir établi fin 2007, avec quatre ans d’avance, la causalité complexe qui allait relier une guerre obscure, racontée par Thucydide, ce lucide père des historiens rationalistes, entre Athènes et Sparte dans la Grèce du cinquième siècle avant J.C., à la crise financière mondiale du début du vingt-et-unième siècle d’après J.C., m’a valu des boires et des déboires sans fin.

Si mon secret survit, c’est que le monde aura survécu, qu’il aura traversé le cap fatidique d’un jour d’été en 2014. Lisez plutôt l’extrait de cette nouvelle que j’ai trouvée en furetant dans les entrailles du Data Center d’Oregon :

« World Business Today » passait sur CNN. Trois « talking heads » étaient en train d’analyser l’impact des nouvelles barrières à l’importation, mises en place à l’encontre de la Chine,. J’étais occupé à nouer ma cravate classique à fines rayures sur ma chemise blanche, lorsque l’événement se produisit.
L’émission fut interrompue par un signal parasitaire qui brouilla l’image du téléviseur pendant d’interminables secondes ; il y en eut soixantes pendant lesquelles je restai gelé devant le poste, mon geste suspendu, hypnotisé pat des éclairs violacés, mauves, bleus, très intenses qui parcouraient l’écran plat en tous sens. 
Lorsque l’image redevint visible, une journaliste à Wall Street rapportait un incident à la bourse de New York, fiévreuse en cette nouvelle journée de ventes massives. Tous les terminaux  s’étaient éteints sur le coup de onze heures onze minutes précises, Eastern Time. Les alimentations de secours des puissants systèmes informatiques n’arrivaient pas à redémarrer. La blonde excitée ajoutait qu’aucun des responsables du centre de données du New-York Stock Exchange situé quelque part dans le New Jersey, n’était joignable par téléphone. 
Je jetai un coup d’œil sur le cadran numérique incrusté dans le téléviseur qui me donnait l’heure locale, il était précisément sept heures douze minutes, ce 1er août. Il y avait quatre heures de décalage avec la côte Est. L’incident venait donc se produire me suis-je dit, voilà qui était de l’info en temps réel.
Comme tout le monde, j’appris plus tard qu’à cette seconde précise, très haut dans le ciel, à quatre cent kilomètres d’altitude, une forte impulsion électromagnétique déclenchée par l’explosion d’une bombe thermonucléaire avait recouvert tout le territoire américain. 

Elle me paraît avoir été écrite par quelqu’un qui sait de quoi il parle… 
Je me mets en veilleuse… j’attendrai… 

Facebook Data Center - North Carolina
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Farewell to Wonderland is a fiction.

Un avatar peut-il s'échapper d'un Data Center? Les MdC en ont repéré un dans les profondeurs du réseau... un texte bizarre, mélange confus de souvenirs d'un patient atteint de démence précoce et de furie prophétique. Ce texte apparait comme par hasard au moment où l'avatar est sur le point de disparaître. Etrange affaire.
...
Les MdC me signalent quelque chose qui aurait un rapport avec l'annonce d'un certain préavis de départ... Bon, moi je fais suivre... De toute manière, à minuit, on retire la prise de ce bavard d'avatar.
Bien à vous.
C.

Saturday, 23 November 2013

Spoken Word (maybe)

I started a new day
Good morning, wake-up, get up, stand up to your feet
Your drowsy feed of humanity
My pearl of insanity
Long gone
Coffee mate or tea what I need is thee
To drink you until my thirst is quenched
My hunger dissolves
Thee bumble-bee butterfly kingfisher
Princess of Lorelei lady of Shalott
In Camelot we’re happy
Thanks a lot

I started a new day
Ill-to-death nose sneering legs trembling
Fever caught cholera or smallpox or Manitou fever
Just because I have to feed from your inhumanity
My one-dollar coin of sanity
Flipped around
Head I win
Tail You lose
Head I lose
Tail You win
Binary digits flipping around
Zeroes and Ones ad infinitum ad nauseam
Ad love
@Love you call @Love you win always
Thanks a lot
Of Camelot I’m so happy

I started a new day
King of the day
Should I say something
Should I worry of the ups & downs
Of my kingdom
It will be long gone
My kingdom is made of clays parchments codexes electronics
In full circle from clay tablet to electronic tablet
In a book we live this is an easy metaphor
Are you so stupid you cannot remember
The days you were king of Gondor
Thanks to the industry
Of publishing and poetry
To the flying rockets of spoken words
In Camelot I’m so happy.

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is it poetry? is it spoken? is it written? just because I've got a strong fever and cold back from Paris is no excuse to "do" anything... and still... this is it.
this very bad piece of "I don't know what the hell it is" is for my friends in Montreal, Ottawa, Toronto, Saskatoon and Calgary. Have we got Poets?
C. @Brussels Nov. 23rd
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Tuesday, 19 November 2013

Parler au vent

Je n’ose pas m’adresser à une inconnue dans le métro et lui demander de commenter le dernier roman qu’elle a lu, et pourtant, il y en aurait des choses à dire, car je n’ose pas l’absurde, l’acte gratuit, je n’ose pas crier dans la rue, mais peut-être que j’oserais

parler au vent

parler à l’inconnue n’est-ce pas comme lancer une bouteille de mots dans l’air : va-t-elle atteindre sa destination ? toute parole n’est-elle pas une lettre envoyée à un lecteur inconnu ? qui connaît vraiment l’autre ?

le langage est cette lettre adressée par une mère à un fils émigré  où elle demande s’il mange bien, s’il prend soin de lui, s’il a un bon travail, et le fils ne répond que rarement à cette lettre , ou alors, il triche, il n’ose pas dire que ce paradis de l’exil ressemble furieusement à une prison où les gens ne témoignent ni gratitude ni bienveillance, il dit que tout va bien, il ne faut pas inquiéter une mère, alors oui, peut-être que

le langage est cette communication désespérée où les mots cherchent à atteindre la vérité de l’inconnue connue, de l’aimé mal-aimé, du fils absent, du père agonisant

je n’ose pas lancer ma bouteille dans l’air

j’écris.

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atelier "Jeux d'écriture", Bruxelles, 17 nov. 2013 au retour de Montréal