Tuesday, 30 December 2014

400!

   Depuis Hérodote et Hollywood, un des lieux communs de l’histoire est le sacrifice des 300 spartiates réunis autour de Léonidas aux Thermopyles. Mais qui se souvient de l’anabase des 400 mégariens morts de froid lors de la retraite des Dix Mille narrée par Xénophon ? Rappelons les faits : nous sommes en -400, le satrape Tissapherne promet le passage d’un défilé dans les montagnes d’Arménie aux troupes grecques épuisées conduites par le général Cléandre. C’est un piège. Les sauvages Cardouques, Taoques et Colques qui peuplent les montagnes, s’attrapent avec un peu d’or et de cire d’abeille, ce que le rusé Tissapherne à la langue de vipère a compris. L’occasion est offerte de ce débarrasser de ces mercenaires encombrants, qui tout grecs fussent-ils n’en sont pas moins des hommes affaiblis par une longue retraite. Mao Zedong dira plus tard, paraphrasant Xénophon dans le Petit Livre Rouge : « le peuple est comme une colonne de fourmis (rouges). Sectionnée, la colonne se reconstitue en petites cellules (communistes). Gloire au Parti et à son Chef. » J’ignore quelle traduction du grec Mao Zedong a utilisée. Xénophon écrivait dans le Livre IV de l’Anabase : « au passage du col de Trapézus, les gredins de montagnards isolèrent la section des mégariens du Colonel Mennon en faisant débouler d’énormes rochers. Ils firent pleuvoir des traits par milliers sur la colonne des vaillants hoplites rouges. Protégée par ses énormes boucliers de bronze, la troupe d’un commun effort maintint son unité. Voilà qui démontre la supériorité des Grecs sur les Barbares. » Xénophon ajoute que tous ces pauvres mégariens se partagèrent l’unique couverture de leur chef, « chacun en prit un morceau, à sa mesure, pour se tenir chaud. » Mais c’est le froid qui eut pour finir raison des courageux 400 et non la perfidie des hommes.

   A côté de cet épisode apocryphe de l’Anabase, la légende des 400 a traversé la période byzantine. On la retrouve dans une note des Chroniques d’Eusèbe le Porphyrogénète, et puis c’est un silence de quinze siècles.

   L’écrivain argentin Adolfo Bioy Casarès en aurait parlé un soir de beuverie dans une bodega mal famée de Buenos Aires, avec un gaucho qui s’entraînait (mal) à lancer le couteau. L’anecdote fut reprise avec un brin d’ironie par son ami Borgès dans une note de bas de page des Histoires Véridiques du Rio Grande Do Sul. Et puis c’est tout.

   Jusqu’à ce que, me promenant du côté de la rade de Salamine un après-midi pluvieux de décembre, je n’entre dans un restaurant de tôles ondulées ouvert par miracle au milieu du village fantôme, et ne demande la carte au serveur étonné. Au dos du menu, un dépliant publicitaire de couleurs criardes vantait les talents de Bambis Psèftos, le patron de l’établissement, « réputé à travers l’Attique, le Golfe Saronique et toute l’Asie Mineure, pour la qualité de ses souvlakis au fromage et ses histoires colportées depuis la nuit des temps. » Sirotant un jus noir tiède qui avait pour nom ‘café’, j’eus droit à mon tour à l’épopée de la couverture mitée du Colonel Mennon, lointain ancêtre mégarien de l’illustre conteur. Inutile de préciser pour mon lecteur non hellénophone, que ‘Psèftos’ veut dire ‘menteur’. Cela va sans dire.

   Gloire aux 400 !

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   Ce billet était le 400ème publié sur le blog des Métamorphoses de C.



Les MdC vous souhaitent un menu varié et une bonne année 2015

Monday, 29 December 2014

C'est chose commune à tous de penser (Héraclite)

Le 8 août dernier je publiais sur ce blog mon dernier billet du « Journal de la Grèce », intitulé Je renonce, longue prosodie entre oralité et obstination, dans lequel je disais bien quelque chose de cet ordre né de l’abandon aux courants élémentaires, à la puissance qui sauve et qui oublie. C’est le journal le plus tenu à ce jour en ces lieux où la Pythie prononça les premiers mots du poème, ô Grèce de Byron, d’Héraclite et de mon enfance ; et quel est donc ce renoncement si cher qu’il fallait te clamer et t’en réclamer le dû, sinon à toi C. le méta-morphe, le volontaire, l’annonce d’un naufrage, le pli de la mer qui épouse le vent, avec quelle facilité, à t’en creuser des vagues profondes, à t’en délester les mots afin que plus léger tu t’élèves enfin et disparaisse à la vue des oiseaux ?
Ne crois pas t’en sortir.
Hier était hier, disparu.
Dans le poème qui s’écrit, entre chasme et chaos, les longs silences écrivent aussi. Des flammes insaisissables. Des remparts. Cyclopéens murs de Mycènes, porte des Lions, Agamemnon, je te convoque ! Qui veut les mots trouve l’ivresse du vin, ou de la mer. Aujourd’hui j’ai aspiré lumière et chaleur ô soleil. Dans les mots des poètes aussi j’ai sucé les œufs des poissons, les algues et la promesse que l’homme est bon.
Se tenir debout.
Marcher.
Voilà l’effort d’une vie. Mais dis-le d’un milliard de milliard de fragments et le temple s’écroule. Vois-tu l’exploit des dieux ici-bas ? Ils ont la bouche oraculaire, le torrent des siècles s’écoule, pluie sur ta tête et celle des hommes de bonne volonté. Jamais torrent ne renonça, pas même pour un caillou de la taille du monde, une pierre de bonne taille, et contourna l’obstacle. Toi qui viens. Ne renonce jamais.
Se tenir debout.
Avance.
Et quand tu ne pourras plus bouger, avance encore.
Et quand tu ne pourras plus parler, rêve encore.
Et quand tu ne pourras plus penser, respir encor
Respir
Expir


L'auteur: ciel au-dessus d'Athènes, ce 29 déc.

Ce texte est pour Pierre K.

Thursday, 18 December 2014

Deux mélodies de J.G. Ballard avec improvisation

Extrait #1

“Tous les soirs d’été à Vermilion Sands, les poèmes insensés de ma belle voisine traversaient le désert depuis l’Atelier 5, Les Etoiles, jusqu’à ma villa, écheveaux de rubans colorés qui se défaisaient dans le sable comme les fils d’une toile d’araignée mise en pièces. Pendant toute la nuit, ils venaient ensuite flotter autour des piliers supportant la terrasse, s’entrelaçaient à la grille du balcon, et au matin, avant que je ne les balaie, il s’en trouvait d’accrochés sur la façade sud de la villa comme une bougainvillée d’une éclatant rouge cerise.
Une fois même, ayant passé trois jours à Plage Rouge, j’en revins pour trouver la terrasse tout entière remplie d’un gros nuage d’étoffe colorée, qui creva quand j’ouvris les portes-fenêtres et envahit d’un coup le petit salon, ses lambeaux soyeux se glissant entre les meubles et les rayons de la bibliothèque aussi subrepticement que les vrilles délicates de quelque plante géante et exagérément tendre. Après cela, je devais pendant plusieurs jours, découvrir des fragments de poèmes partout.”

J.G. Ballard, Vermilion Sands ou le paysage intérieur, Editions Opta, coll. Nébula, 1975.

Improvisation #1

  Livia vint un jour me rendre visite. Son traineau tiré par les raies des sables rasait la surface des dunes de gypse. Le conducteur du traineau habillé du costume noir et du chapeau haut-de-forme des gens de sa profession vint l’annoncer. Il avait la peau grise et les yeux morts de ceux qui sont restés trop longtemps au service des artistes du village. Livia attendait que je vienne la chercher avec cérémonie, lui baisant la main, la complimentant pour sa beauté. Je résistai à l’envie de me jeter à ses pieds, de l’implorer d’une voix d’esclave, de lui dire que mon désir était d’être avec elle jour et nuit. Elle me regardait sachant que son charme naturel n’opérait pas. « Alex, vous êtes toujours aussi froid qu’un glaçon dans mon vermouth. Quand donc viendrez-vous me réchauffer ? » Elle se mit à rire et me tendit la main.
   Nous parlâmes longtemps de sa machine à poésie, dont les réglages délicats fabriquaient les rubans colorés avec des signes qu’elle imposait. « Je me suis lancée dans les quatrines alternées en alexandrins, dit-elle, pensant à vous, et à votre souci de la perfection classique. Aimez-vous mes nouveaux poèmes ? » J’hésitai à lui dire que je ne lisais pas ces bouts d’étoffe qui envahissaient mon salon, qu’ils finissaient tous à la poubelle. « Vos poèmes sont magnifiques Livia chérie, vous avez des admirateurs partout et je suis votre serviteur. »
  Le temps passait. Nous parlâmes aussi de la Récession, des artistes qui avaient abandonnés le village. Elle étaitl la dernière de sa race, partirait-elle à son tour ? « Et vous Alex, n’êtes-vous pas celui qui va tous nous enterrer ?
-- Je vous raccompagne ma chère, il se fait tard, voyez la lune principale est presque pleine. Il vaut mieux rentrer chez vous tant que les petites lunes sont au-dessous de l’horizon. »
   Je lui tenais la main en l’accompagnant à son traineau. Les raies des sables dormaient. Le cocher souffla dans un sifflet, les ultrasons réveillèrent les raies qui se déployaient en éventail au-dessus du sol, le traineau prêt à filer vers son domaine, l’Atelier 5, Les Etoiles.
  « Quand viendrez-vous me rendre visite Alex ? Vous savez que je vous attends depuis si longtemps. »
   Ce fut la dernière fois que je rencontrai Livia Cyraclidès.

Suite de l'incipit du texte de J.G. Ballard.

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Extrait #2

Apocalypse. Cette exposition annuelle - à laquelle les patients eux-mêmes n’étaient pas conviés - offrait une caractéristique assez inquiétante: l’omniprésence, dans les toiles accrochées, des thèmes du cataclysme mondial. Comme si ces malades, internés depuis longtemps, avaient pressenti dans les âmes de leurs médecins et infirmières les prémices d’une catastrophe sismique. Tandis que Catherine Austin longeait le gymnase transformé en galerie, ces images étranges, avec leur baroque mêlant Eniwetok à Luna Park, Freud à Elizabeth Taylor, lui rappelèrent les diapositives de coupes spinales exposées dans le bureau de Travis. Elles étaient accrochées sur les murs émaillés comme les clés de rêves insolubles, les clés d’un cauchemar dans lequel elle, Catherine, s’était mise à jouer un rôle de plus en plus volontaire et mesuré. D’un air très strict, elle remonta le col de sa blouse blanche lorsque le Dr. Nathan s’approcha en tenant le bout doré de sa cigarette au niveau d’une narine.
Ah, docteur Austin… Qu’en pensez-vous? Je vois que la Guerre fait rage en Enfer.”

J.G. Ballard, La foire aux atrocités, Editions Tristram, 2014 (Première édition française chez Champ Libre en 1976).

Improvisation #2

   Catherine prit une feuille de papier qu’elle plia en quatre, sortit une paire de ciseaux de la vaste poche de sa blouse. « Voyez-vous docteur Nathan, avec une surface comme celle-ci proprement découpée, l’infini est à portée de votre main. Les torsions des rubans de Möbius valent bien les tableaux d’une exposition. Tout est question d’assemblage dans une géométrie du silence. »
   Le Dr. Nathan inspira longuement. « Nous en étions restés à la psychopathologie de la vie quotidienne la fois dernière. Je constate que votre analyse progresse bien. Je vous propose une promenade demain matin sur la base aérienne abandonnée d’Holloman dans les White Sands. Rien de tel que les carcasses rouillées des bombardiers pour se remettre les idées en place. Qu’en dites-vous ? »
   Oui, la Guerre faisait rage en Enfer et les armées démoniaques n’étaient pas à court de fantassins. Mais la Terre entière ne s’était-elle pas transformée en un immense jeu vidéo se demanda Catherine Austin, perdue dans la contemplation d’un portrait de Lacan troué au niveau des yeux par des phallus spectraux ?
   « Demain matin ? D’accord. Nous prendrons ma Pontiac blanche. Vous savez que j’ai besoin de conduire cette voiture. Je roulerai prudemment. Je n’aimerais pas que vous soyez entaillé de nombreuses blessures au sexe et au visage, comme cet artiste là-bas qui réalise une performance. Elle indiquait l’entrée de l’hôpital où un homme nu se livrait à un spectacle à la mode.
- En effet, le sang me dégoûte. Je passerai après le petit-déjeuner.
- Je me réjouis Nathan. Elle laissait tomber ‘docteur’ en de rares occasions. Le Dr. Nathan frissonna. Je me réjouis de dérouler ma prochaine association libre avec vous. Et maintenant, dit-elle en se retournant vers les tableaux de l’exposition, si nous allions examiner cette apocalypse pour de bon ? »

Suite de l'incipit du texte de J.G. Ballard.


Mettre côte à côte ces deux grands textes, piocher un extrait, dérouler une suite: petit exercice matinal.

Thursday, 11 December 2014

Dans les profondeurs du donjon, se cache un dragon (2ème partie)

Mon personnage suivant, après Max le Paladin et Frère Bismuth, le Clérique du Droit Chemin fut un Svirfneblin Illusionniste (n’éternuez pas), dont j’ai oublié le nom.

C’est quoi cette bête ? Un gnome, Sire, mais un gnome des profondeurs, très pâle, maladif, chauve et portant lunettes de soleil pour se protéger de la lumière du jour. A ce point de mes souvenirs la mémoire me joue des tours, car je n’ai plus rien conservé de mes fiches de personnages, ni de tous mes cahiers de l’époque. C’est une habitude que j’ai contractée, me débarrasser des « encombrants », sans faire le tri, ce que je regrette évidemment des années plus tard.

Ce gnome portait probablement un prénom anglais et un patronyme à consonance « svirfnebli », disons qu’il s’appelait Wallace Warin Sidari-Puck (novice de la maison des Sidarinth (pluriel de Sidari), c’est-à-dire des Illusionnistes, affiliés au clan Warin).

Au cas où vous l’ignoreriez, les Illusionnistes sont une variété de Magiciens. Je ne parle pas des amuseurs de foire - quoique, si vous avez vu le film The Prestige, (2006), inspiré du roman éponyme de Christopher Priest, un des plus talentueux écrivains britanniques de science-fiction des années ’80, vous saurez que ces illusionnistes-là pourraient donner bien du sort à moudre aux magiciens d’héroïc-fantasy ; non, j’évoque les « vrais » magiciens. Parce que les illusionnistes sont des faux magiciens ? Non, dans le monde des Donjons & des Dragons, les Illusionnistes sont une sous-classe du magicien, des professionnels des ‘connaissances arcaniques’, spécialisés dans la fabrication de la « Maïa », ce concept hindouiste qui désigne le voile recouvrant la vraie nature des choses… Tout ce que nous connaissons de la réalité est-il réductible à des questions d’illusion ou de perception ? Vaste débat depuis Berkeley, Hume, Condillac… « Si cette réalité ne vous plaît pas, vous devriez en visiter quelques autres » disait Philip K. Dick en 1973 ; au congrès de science-fiction française de Metz devant un public ébahi. Il avait raison, c’est un peu ce que les amateurs de littératures de l’imaginaire, de jeux de rôles, tentent de faire, des visites d’autres lieux, d’autres temps, d’autres règles de vie. Et finissent par y croire ? Nous ne sommes pas psychotiques. C’est pareil pour nos Illusionnistes, ils peuvent nous faire croire à des fantasmagories tellement crédibles, que nous pourrions en mourir ; telle est grande la puissance du cerveau sur le corps. D’un autre côté, ces personnages ne peuvent pas être « nets », ils jouent forcément sur une ambiguïté, un flou de la réalité, une frontière de la vérité et du mensonge ; comment pourraient-ils autrement créer ces terrains hallucinatoires, ces armures spectrales, ces vents de murmures, ces châteaux qui se déplacent comme des bateaux dans les dunes ?

Que venait faire Wallace à la surface du monde ? Pourquoi avait-il quitté les cavernes de son clan ? C’était un petit curieux, quelqu’un qui en avait assez du ronron de la vie en communauté, qui voulait se frotter aux humains, auprès desquels, il le savait, il susciterait de l’étonnement. Il voulait monter dans le « prestige » de sa classe, impressionner les « grandes personnes », certes… mais je crois que c’étaient les humains qui l’intriguaient le plus. Peut-être que Wallace trouvait les humains plus fous que ses illusions ? Ce personnage vécut le temps d’une courte campagne qui incluait une exploration d’un monde souterrain où résidaient justement des cousins à lui… dans le superbe module UK4 « When a Star Falls », masterisé par Philippe himself.

J’ai conscience que le lecteur qui n’est pas familier des jeux de rôles, et de Donjons & Dragons en particulier, risque de se sentir un peu égaré dans mon récit, interpellé par l’avalanche de prérequis, de codes, de vieux codex ? Peut-être lecteur t’interroges-tu sur mon propre égarement, sur la tangente de ma raison. Peut-être lecteur te dis-tu que le Maître des Métamorphoses (de C.), est passé de l’autre côté de la lune, en plein big-bang ? Je te laisse à tes questions lecteur car j’ai hâte de retrouver le plaisir de jouer une partie. En attendant, je la prépare. Car oui, dix-huit ans après avoir achevé ma dernière partie, l’envie de jouer est revenue. Mais n’anticipons pas trop vite. Je voulais te dérouler un récit linéaire.

J’en étais à Wallace, mon avatar svirfnebli (atchoum !), qui avait joué dans un beau scénario anglais (de la série « UK » des modules publiés par TSR, Inc.), et puis après lui, que s’est-il passé ? Que lui est-il arrivé ? Je ne sais plus avec précision, notamment parce que j’ai perdu toutes mes archives (volontairement perdues). Wallace du clan Warin, puisses-tu reposer aussi en paix avec tes compagnons, arrête de courir le monde, il est temps de te reposer, tu as bien vécu, toutes ces années à faire le commerce des gemmes, des fleurs lumineuses, des parchemins rares…

Wallace marque la fin de la première partie de mon engagement dans le jeu de rôle. Après lui, les parties de Donjons & Dragons s’enchaînent avec d’autres maîtres du jeu, j’ai déjà évoqué Ben (Bernard J.) dans le billet précédent. Le groupe des joueurs s’élargissait, d’un joueur à l’autre la flamme passait, en quelques mois, du groupe initial des cinq ou six joueurs avec lesquels j’avais entamé mon initiation, le cercle touchait une douzaine, puis deux douzaines de personnes ; limité à mon milieu professionnel au début, il touchait d’autres groupes de jeunes gens. Nous étions au début des années ’80. C’était l’époque des golden-boys, des chemises lignées, des voitures VW Golf, de la gloire des écoles de commerce. Margaret Thatcher et Ronald Reagan donnaient le ton, ainsi que les punks, ou les post-punks, cold wave et autres électro junkies; les ados de la décennie précédente (ma génération) qui avaient fini leurs études avec les idées du Flower Power en tête (pour faire vite) : underground, rock, science-fiction, LSD, entraient dans la vie, découvraient une nouvelle génération, plus dure semblait-il, plus exigeante de la réussite visible et qui (semblait) aimer le travail, la nouvelle défonce. C’était l’époque de « l’excellence », la première vague du (néo)libéralisme, l’idéal du chef d’entreprise… Nous avons tous en tête également les anti-héros de cette génération au cinéma : Michael Douglas dans Wall Street, le règne du greed is good. Ainsi soit-il ! Pourtant, tout ce monde, « jeunes loups », « babas cool », « punks » et autres nerds en émergence, tout ce monde se retrouvait le soir autour d’une table de jeu, communiant dans cette forme inédite de lien social. Les étapes du culte, si je puis dire, étaient les suivantes : d’abord un personnage faut-il te créer. Ensuite dans l’univers créé par le maître du jeu t’intégrer.

La question des prérequis couvre tellement de choses. Par où commencer ? J’ai juste envie de raconter ce qui m’est arrivé au cours de ces apprentissages, et au passage d’évoquer quelques personnes, des amis. J’avais commencé à jouer à l’automne 1981 (je corrige la mention du billet précédent, ce devait être fin 1981 et non pas en 1982 que j’ai commencé), et avant l’été, je passais « de l’autre côté de la caméra ». Je me souviens parfaitement de ma première aventure. J’avais choisi un scénario du commerce, car j’étais (et suis resté) un gars trop paniqué par la nouveauté (oui, vous ne me croyez pas, mais c’est ainsi, je n’aime pas le changement,  ça me fait d’abord flipper… puis ça me fait triper), parce qu’il me fallait de la structure pour me rassurer (là vous n’en douterez pas, enfin, ceux qui me connaissent… quand aux autres qui me lisent ici ou là, quelle est leur image de « C. » derrière les Métamorphoses ?) ; un scénario bien ficelé, d’une série crédible. Lequel choisir ? Je jetai mon dévolu sur « UK5 Eye of the Serpent », un autre scénario produit par la branche britannique de TSR Inc. Dans l’ensemble je préférais leurs scénarios à ceux des américains – allez, je peux vous l’avouer, j’ai toujours trouvé que les histoires de Gary Gygax lui-même, un des deux co-créateurs de Donjons & Dragons, manquaient de singularité. Chez Gary c’est d’un plat, d’un linéaire, souvent la même chose : tu pousses un porte, tu avances dans un couloir, quel est l’ordre de marche du groupe au fait ? Tu arrives dans une pièce… quelque chose brille… un monstre vous tombe dessus, vous avez compris.
Le module UK5 s’adressait à un groupe de personnages joueurs débutants (c’était ça que je recherchais, une aventure intelligente, diversifiée, pour débutants, - faux ou vrais, mais des personnages qui démarrent au niveau 1), avec un mélange d’aventures en extérieur, et en intérieur. « L’incipit » du scénario donnait le ton : le groupe se faisait enlever dans les airs par un couple d’aigles géants (des Rocs) qui lâchait les personnages dans leur nid, pour y nourrir leurs petits, là-haut, très-haut sur la montagne. D’emblé, les personnages devaient se tirer de là, et forcément descendre tout le long de la montagne, afin de rejoindre la vallée et leur route. J’aimais bien cette exploitation métaphorique de la descente ‘dans le donjon de la vallée’. « UK5 Eye of the Serpent », fut un succès avec mon premier groupe qui comprenait notamment un Barbare ; un personnage qui est resté célèbre dans les annales de D&D de Bruxelles, il s’appelait Gengar, joué par Yves V., un fameux joueur ! Le module suivant que je maîtrisai fut le « UK4 When a Star Falls » que j’avais d’abord connu comme joueur avec Wallace le svirfnebli.

Les parties continuaient à s’enchaîner… mais les jeux différents aussi. Donjons & Dragons était le plus ancien (1974), et le plus connu. Au cours de ces années qui couvrent la décennie ’80, je tâtai également de Gamma World (un jeu de rôle dans un monde de science-fiction post-apocalyptique déréglé par les radiations et les mutations, où l’on pouvait incarner un personnage d’animal ou même de plante, intelligent ; difficile quand même) ; de Paranoïa (autre jeu de SF, inspiré par « 1984 » de Georges Orwell ou par le film THX1138 de Georges Lucas, dans lequel les joueurs sont des clones qui se tirent dessus au moindre soupçon de traîtrise envers l’Ordinateur, qui est toujours leur ami) ; il y eut également un peu (très peu) d’Appel de Cthulhu, sans grande conviction ; et puis deux magnifiques découvertes dans le médiéval-fantastique, qui restait, et demeure à ce jour, mon genre préféré dans les jeux de rôle : Stormbringer, d’après l’œuvre de Michael Moorcock, et Rêve de Dragon, d’un rôliste français très original : Denis Gerfaut.

Je vous en parlerai plus longuement lors du prochain épisode.


Good morning. I am Wallace, the svirfnebli. Do you want to  be my friend? I love stories. What kind of stories do you tell? Do you like gems? Or a bit of magic? Let me show you something...

Monday, 8 December 2014

Dans les profondeurs du donjon, se cache un dragon (Ière partie)

J’ai commencé à jouer à Donjons & Dragons au début des années ’80, à la fin de l’université. 

J’étais stagiaire psychologue à l’hôpital Erasme de Bruxelles, en section psychiatrie. Mon mentor était un jeune médecin psychiatre, le docteur Philippe H. Avec un groupe d’amis, petites ami(e)s, collègues et membres de la famille, nous nous retrouvions le samedi soir chez lui et jouions un mixte de règles issues de la « boite rouge » (Dungeons & Dragons Basic Set) et d’Advanced Dungeons & Dragons (1st edition), dans leur version originale en anglais ; les traductions françaises étaient récentes, le phénomène prenait de l’ampleur en Europe, l’anglais de Gary Gygax était ampoulé et les aspects techniques de ces livres étaient assez rebutants, mais quelle excitation de participer à ce phénomène nouveau qui débarquait des campus américains ! 

Le souvenir des premières parties que j’ai joué est intact. Je me rappelle que mon tout premier personnage était un Paladin, et je le jouais « loyal bon » jusqu’au bout des ongles. Ne me demandez pas quelle chance j’ai eu pour tirer un 18 en Force et un 17 en Charisme pour un tout premier personnage. Malheureusement pour ce chevalier habillé en croisé, il était tombé non pas au milieu des sarrasins – ce qui aurait été un combat juste avec un adversaire qui a le sens de l’honneur, mais pire, dans un groupe de personnages joueurs à dominante chaotique, voire même chaotique mauvaise ; ils s’arrangèrent vite pour dégommer ce Paladin intempestif qui voulait tout régenter dans le groupe et qui ne comprenait pas en particulier la psychologie d’un voleur  parmi ses compagnons, un certain Spock qui était le prototype du vilain qui n’en faisait qu’à sa tête sans souci des conséquences. Mon personnage suivant eut une espérance de vie plus longue, c’était un clérique (un prêtre), également d’alignement loyal bon, mais plus arrondi, plus tolérant de la diversité (mais nous n’utilisions pas ces mots à l’époque). Evidemment, il cherchait à faire le bien, et tant qu’il en avait l’occasion, il utilisait ses pouvoirs pour soigner les membres de son groupe blessés, malades, même s’il ne partageait pas leurs opinions sur la vie. Ce personnage, du nom de Frère Bismuth était assez populaire. Il a traversé des moments difficiles. Avec ses sorts offensifs et sa morning star, l’arme favorite des clercs (qu’on appelle aussi le goendendag ou l’étoile du matin, expression très poétique pour une arme barbare, une lourde masse de métal hérissée de piques que Frère Bismuth assenait avec conviction sur la tête de nos ennemis), ce personnage connut ses moments de gloire avant de mourir… comment ? Je ne sais plus. J’ai refoulé ce souvenir pénible, car oui, ce fut pénible de voir disparaître un personnage qui m’avait accompagné pendant des heures (ou dirais-je des jours si je totalisais toutes les heures passées à jouer,  de préférence du samedi soir au dimanche matin). Mais au moins, Frère Bismuth ne fut pas assassiné lâchement dans le dos par un de ses soi-disant « amis ». Bref, ce furent mes débuts dans le jeu de rôle. 

Pour ceux que les références intéressent, je me souviens des scénarios que j’ai joué tout au début, il s’agissait des modules B1 (In Search of the Unknown) et B2 (The Keep at the Borderlands). Ce sont des grands classiques des scénarios, repris dans le top 30 des meilleurs modules publiés par TSR (Tactical Studies Research), la société fondée par Gary Gygax en 1971, éditrice de Donjons et Dragons. Ils furent suivit par le module X2 (Castle of Amberville), toujours sous la direction de Philippe, un autre classique très réussi, sur une famille d’aristocrates magiciens, français et fous, qui avaient débarqués de leur province d’Averoigne issue d’un monde parallèle pour dominer la principauté de Glantri, dans le monde des joueurs. Je compris alors que ces histoires qui semblaient n’avoir d’autre but que d’amener des aventuriers a explorer des donjons remplis de monstres et de trésors, et toujours plus dangereux au fur et à mesure que l’on y descendait, pouvaient constituer des épisodes d’une trame plus générale, qu’on appelait une « campagne » de jeu, et s’insérer dans un « monde imaginaire » très complet, avec civilisations, villes, histoire, géographie… En même temps que le jeu de rôle je découvrais la littérature de fantasy à laquelle je n’avais pas été beaucoup sensible auparavant (j’étais un lecteur acharné de science-fiction, les récits pseudo-légendaires ne m’intéressaient que s’ils touchaient à du fantastique pur, de préférence écrit par H.P. Lovecraft). Mais la sensibilité « celtique » était présente en moi, et bien entendu je sombrai dans Bilbo le Hobbit avant de découvrir le Seigneur des Anneaux. Phénomène de génération. Mais la grande surprise fut de me rendre compte que des univers « clé sur porte » étaient crées par les concepteurs de jeu de rôle, ces nouveaux démiurges. Les exemples célèbres de Tolkien et de la littérature n’étaient là que pour confirmer ce que nous savions tous, que l’imagination était vraiment au pouvoir, car un phénomène comme le jeu de rôle et son succès immense ne pouvaient signifier qu’une chose : le règne des créateurs d’univers était arrivé, et nous pouvions nous aussi influencer la réalité. Des heures de réflexion et de recherche, d’études, sur le phénomène de ces jeux suivaient le déroulement des parties où nous analysions après-coup le sens des événements et des réactions des joueurs. Comme psychologues, psychiatres ou personnel soignant dans ces premiers groupes de jeu, nous comprenions l’importance de la catharsis libératoire, de l’abréaction, des émotions jouées et ressenties, et de la mise en scène des fantasmes inconscients. C’était du freudisme en action ! Avec une valeur éducative de surcroit qui permettait d’aider à différencier le réel de l’imaginaire ; à introduire via ce concept de « règles du jeu », le règne du symbolique, de la Loi. La triangulation lacanienne classique (le réel, l’imaginaire, le symbolique) était mise en pratique avant d’être étudiée sur le plan théorique. Il n’y avait pas jusqu’aux détracteurs des jeux de rôle dans certaines congrégations conservatrices américaines, qui assimilaient Donjons & Dragons à une pratique masquée du satanisme, conduisant des esprits manipulés à des passages à l’acte psychotiques ou suicidaires, qui ne suscita notre ire et notre volonté de promouvoir la « santé psychique » résultant d’une pratique consciente de ces jeux.

Bref, avec la découverte de ces jeux, non seulement je m’amusais, mais j’apprenais, mieux même qu’à l’école qui me semblait avoir à nouveau un temps de retard, l’Université ne s’intéressant évidemment pas au phénomène sous prétexte de son caractère infantile, « primitiviste », que sais-je, par pure ignorance. Mais je poursuivais ma route. Je participai comme joueur à un autre groupe animé par un collègue de l’hôpital, Ben, maître du jeu très singulier, et la comparaison avec Philippe était intéressante : il y avait plusieurs styles de maîtres du jeu (de maîtres du donjon comme on disait). Philippe par exemple était très féru des règles, qu’il maîtrisait parfaitement, je me souviens du niveau de détail sur les combats ou les sorts qu’il connaissait comme s’il avait écrit ces livres lui-même. Je compris pourquoi, Philippe était un amateur de wargames, les jeux de guerre sur plateau, considérés comme un des ancêtres du jeu de rôle, des jeux qui exigent une grande rigueur, une précision. Il parlait souvent de « Chainmail », cet ensemble de règles pour le combat de figurines médiévales-fantastiques, écrit par Gary Gygax en 1971, avant Donjons & Dragons. Cela dit, Philippe n’était pas un fanatique des règles ; comme tout bon maître du donjon il savait où et quand lâcher prise et laisser les joueurs s’amuser. Avec Ben par contre c’état assez différent. Il ne s’intéressait aux règles que de loin, pour lui, l’importance du jeu résidait dans l’ambiance, la psychologie fine des personnages, l’originalité des solutions apportées par les joueurs pour se tirer de mauvais pas, fut-ce avec des moyens très simples : « une corde bien utilisée dans un donjon vaut quelques sorts de magiciens ». Ce qui était différent aussi avec Ben, c’est qu’il n’utilisait pas de scénarios issus du commerce, il créait ses propres histoires. En cela c’était également une découverte pour moi. Il était donc possible de s’en sortir en partant de rien ? Oui, avec beaucoup d’imagination et un peu de support rigoureux d’un livre de règles, il était « jouable » de poser des situations inédites et de faire avancer un groupe dans une quête qui ne comprenait pas forcément de la « baston ». Après Ben, je décidai de monter mon propre groupe et de me lancer dans la maîtrise du jeu. Il se passa peut-être six mois, maximum un an, entre ma découverte initiale du jeu de rôle et la prise de conscience que moi aussi je voulais passer de  « l’autre côté de la caméra » …


(suite dans un prochain épisode).

C'est avec ça que l'aventure a commencé.


Sunday, 30 November 2014

Une journée en Oulipie avec Robert Rapilly

Master Class Oulipo avec Robert Rapilly
Organisé par le Réseau Kalame, animation: Amélie Charcosset
A la Fleur en Papier Doré, Bruxelles, 25 octobre 2014

« Monsieur, avec cette seule ligne, on peut écrire tous les livres du monde. »
(Le jeune Robert Rapilly, six ans, découvrant l’alphabet à l’école)

« Roncevaux, Roncevaux, Roncevaux, Roncevaux ! »
(Ver parodique de « La Légende des Siècles » de Victor Hugo, par le père du jeune Robert, au Lycée de Coutances en Normandie)

L’Oulipo fondé en septembre 1960 par Raymond Queneau et François Le Lionnais. Ecrire de la poésie sous forme d’un jeu de société, en appliquant des contraintes formelles. Inventer des règles de jeu littéraire.

Expérience des surréalistes avec le groupe COBRA. Les dérives. Festival oulipien de Pirou-ésie à … Pirou (village Normand) et Bruxelles-Babel.

La contrainte et le sens. « La disparition », fameux roman de Georges Pérec écrit sans la lettre « e », mais aussi, ce qu’on remarque moins, sans « eux » aussi, et c’est là où le sens éclate : l’histoire familiale de Pérec qui perd ses parents à l’âge de sept ans (père tué lors de la retraite de Mai 1940, mère déportée). Sans « e » et sans « eux »… Plus qu’un jeu, apparemment vide de sens.

Le livre de Robert Rapilly « El Ferrocarril de Sante Five » : l’histoire de la ligne de chemin de fer construit entre Sante Fe et Tucaman en Argentine par les manufactures industrielles de Five, une banlieue de Lille.

« Le plagiat est nécessaire, le progrès l’implique » (Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont)

Exemples de dérives inventées, ou améliorées, par Robert Rapilly : le sonnet fractal (une réduction du sonnet) ; le gestomètre. Avec cette dernière forme, Robert s’interroge sur le travail du technicien, de l’artisan, il invente une poésie de ce qui est « infra-ordinaire » (Pérec). C’est une anatomie de la vie quotidienne, une interrogation du banal. Le gestomètre, une séquence de vie décomposée en phrases commençant par un verbe à l’infinitif, sans affect (comme la recette de cuisine). Le but de l’exercice est aussi mémoriel : sauver les gestes, les savoir-faire des métiers qui disparaissent.

« J’ai été plagié par anticipation ».

« Ni rature, ni repentir, ni remords » (Jacques Jouet)

Robert Rapilly crée le laboratoire de procrastination potentielle. La contrainte oulipienne fait-elle disparaître la procrastination ?

On fait circuler entre les participants à l’atelier le livret de Rapilly pour « Sonorité jaune » d’après Kandinsky et ensuite « Etre venu damer Icare » sur le modèle de « Cent mille milliards de poèmes » de Raymond Queneau (voir photos).

Exercice d’écriture avec des enfants en âge préscolaire à Lille. Dessiner un portrait-robot en 3 segments horizontaux (front, yeux, bouche) avec la consigne : ce que je pense, ce que je vois, ce que je dis. Découper les figures et les textes en bandelettes. Mélanger.

(J’imagine un nouvel atelier pour l’Ou-« X »-po, où « X » peut-être n’importe quoi. Exemples connus : « LI » pour littérature = Oulipo, « LIPO » pour littérature policière= Oulipopo, « BA » pour bande dessinée= Oubapo, « PEINT » pour peinture = Oupeinpo, etc… ; « l’Ou-ROPLA-Po », pour RolePlaying, soit l’ouvroir de  jeux de rôles potentiel ; en d’autres termes des « Donjons à contraintes »).

La contrainte permet de sortir des formes d’écriture habituelles. C’est la forge des formes.

Propositions d’écriture.

1. Sur un poème de Robert Desnos

L’exercice se passe pendant le lunch ; chaque table écrit son poème d’après le texte de Desnos où les blancs du texte sont remplacés par des aliments (si possible).

Texte original (R. Desnos)

Une fourmi de dix-huit mètres
   avec un chapeau sur la tête,
   ça n’existe pas, ça n’existe pas.

Une fourmi traînant un char
   plein de pingouins et de canards
      ça n’existe pas, ça n’existe pas.

Une fourmi parlant français
    parlant latin et javanais
    ça n’existe pas, ça n’existe pas.

Eh ! Pourquoi pas ?

Texte en quatuor (à ma table)
(en souligné, les blancs remplis par le groupe)

Une mitraillette frites camembert à la sauce aux piments vers du Mexique de Bolo
   avec une Chambole Massigny sur feuille de vigne
   ça n’existe pas, ça n’existe pas.

Une mitraillette frites camembert à la sauce aux piments vers du Mexique traînant une locomotive
   pleine de larmes de végétariens et de fils d’Ange saupoudrés de cannelle
   ça n’existe pas, ça n’existe pas.

Un grand-père qui prépare une tarte aux fraises parlant ouroborien en octosyllabes d’opérette
   parlant mexicain avec une pointe de camembert sauce frite et saupoudrant de larmes une mitraillette    
   ça n’existe pas, ça n’existe pas.

Eh ! Pourquoi pas ?

2. Quatrine tétracéphale en métrique libre
(il s’agit en fait d’une gidouille, forme inventée au XIIème siècle par Daniel Arnault, célèbre troubadour)

(je ne me souviens plus de la consigne, voici le résultat de la dérive opérée par mon groupe en combinant les trois quatrines tétracéphaliques que nous avons rédigées – voir photos pour les textes originaux)

Sur un quai, un train, mon dieu ce retard !
L’air triste du Prince des petits riens
Toute forme de loin paraît humaine.

Elle me tétanisa d’un seul regard
La mandragore se mit à voir
L’honneur des Puissants, dont le clown se moque.

Tout n’était plus que fumée chez Diogène
L’amour tarifé, rue des Alexiens
Mais de qui me renvoies-tu l’image ô miroir ?

3. Le Séléné
Poème de deux strophes alternant rime féminine et masculine, sur l’air de « Au clair de la Lune, mon ami Pierrot »

Consigne : écrire en pentasyllabe un séléné qui plagie la quatrine tétracéphale précédente.

Mon texte

Sur le pas d’la porte
Rue des Alexiens
Mon amie t’es morte
T’es plus bonne à rien

Mes quatrains s’amorcent
Je n’ai plus que faux
Tes souvenirs m’emportent
Au bout de mes mots.

(variante : Au bout des mes maux)

Voilà, c’est fini.

Merci à Robert Rapilly, l’équipe du réseau Kalame et à la Fleur en Papier Doré (rue des Alexiens) pour cette journée ébouriffante.
Notes prises au vol, non retravaillées, ainsi que quelques exemples de propositions produites en atelier d'écriture, retranscription ce 30 novembre '14

J'ajoutais ceci:

Je sors d'un atelier d'écriture consacré à l'Oulipo, et me rends compte qu'aujourd'hui c'est l'anniversaire de la mort de Raymond Queneau (un 25 octobre), mais je pense qu'il n'y avait aucun lien programmatique entre ces deux événements, encore que... tout est coïncidence... quand on y prête attention. 





Robert Rapilly à la Fleur en Papier Doré (Bruxelles)





Queneau, sacré Raymond!