Tuesday, 25 February 2014

In media res

Carnet

Et alors ? Je suis très mécontent de moi, n'ai rien pigé à la consigne de l’atelier de la semaine dernière. « Christo est déjà lancé » dit Aude.
Lancé pour ne rien dire de très intéressant. Ce matin j’ai l’humeur du carnet, façon statut Facebook mal torché, juste pour afficher ma rogne.
Show, don’t tell ! qu’ils disaient.
Je ne sais plus rien, ni du chaud ni du froid, ma stylistique est gelée, mes mots pas lavés, mes oreilles enduites de purée, tout ça au nom de la littérature.
Que ne faut-il pas endurer, je vous jure !


In media res


- C’est envoyé. Voilà, je viens de l’envoyer !

-

- J’ai dit que je venais de l’envoyer. Une hirondelle ne fait pas le printemps.

- Hmm… Tu dis quoi ? J’écoute de la musique.

- Pas étonnant que tu n’entendes rien à ce qu’on te raconte. Du matin au soir… Madame et ses oreillettes ! Une hirondelle ne fait pas le printemps.

- C’est tout ? C’est une devinette sur la météo ? Je vois bien qu’il fait bouché, le temps qu’il fait, je m’en fiche.

- Je disais aussi que je l’avais envoyé.

- T’as envoyé quoi ?

- Devine !

- En tout cas, à moi tu n’as rien envoyé. Attends une seconde… C’est bien ce que je disais, à moi tu n’envoies jamais rien.

- Pourquoi devrais-je t’envoyer ma note ? Tu es assise en face de moi toute la journée. On peut se parler, sauf que… du matin au soir… Madame et ses oreillettes !

- Mais oui, et « une hirondelle ne fais pas le printemps ». Tu me crois blonde parce que je suis blonde, tu t’es regardée ? A deux ans de la retraite et tu teins tes cheveux, tu ne trompes personne.

- Bon ! J’ai besoin d’air, là, un petit café…

- N’hésite pas, vas-y, va annoncer ton info du jour sur Radio Couloirs, va épater ta cour, Mademoiselle qui est dans les petits secrets des chefs, mais oui, tu attends quoi le cul serré dans ton fauteuil de direction ? Privilège ! Mademoiselle a ses entrées, ou plutôt ses entrées sont très comme il faut. Tu crois que moi non plus je n’ai pas mal au dos à en crever de douleur ? Je n’ai jamais rien demandé, j’ai ma fierté, pas à faire la mijaurée avec le DRH, à lui faire des mines de collégienne : « Oh Monsieur Jean-Philippe ! Je vous apporte un café et vos photocopies. » A te dandiner le soir dans son bureau quand le plateau est désert… Mais ne t’en fais pas ma jolie. Je ne dirai rien. « Les murs ont des oreilles. » Et cette note que tu viens d’envoyer, c’était quoi au juste ?

- Hum, voilà, réflexion faite, cette note n’est pas tout à fait au point. Je vais la rappeler. Un petit click par ici, une claquette par là, ça tombe bien, personne n’a encore ouvert sa boîte mail… Poubelle la note ! T’es contente ?

- Tu avais raison, un gazouillis n’annonce pas le soleil. Tu sais quoi ? C’est officiel, l’hiver arrive en force. Il était temps, l’hiver de la retraite, hé !


Atelier d'écriture du 20 février.

Ecrire un dialogue réaliste, ‘in media res’ (au milieu du récit), dans le feu de l’action, d’où l’importance des sous-entendus, on entre directement dans l’intimité des personnages ; sans ‘dit-il’, ‘dit-elle’, qui raconte quelque chose avec un début et fin (chute). Contraint des deux personnages et du sujet de conversation :
Contrainte 1: ‘Ils sont collègues de bureau, travaillent côte à côte tous les jours mais ne s’aiment pas, ni ne se font confiance.’
Contrainte 2: ‘Le temps qu’il fait.’

Credits: http://smizz.wordpress.com/2012/05/09/dialogue-vs-monologue/

Saturday, 22 February 2014

Iain M. Banks - L'homme des jeux (archives: 1996)

Chronique de science-fiction. Publication originale sur le site Icarus d'Alexandre Garcia, en 1996
Site indisponible aujourd'hui.
http://www.pelnet.com/icarus/

Iain M. BANKS - L'HOMME DES JEUX
Livre de Poche n° 7185, 479 pages, 1996
préface de Gérard Klein
(parution originale en Robert Laffont, 1992)
traduit de l’anglais par Hélène Collon
(The player of games, 1988)

Prenez un peu de l’Asimov de Fondation, ajoutez-y un surhomme van vogtien, un rien ringard mais fondamentalement bon, enrobez d’Intelligences Artificielles, sans oublier ce vieux Klein (Gérard) et son nostalgique Gambit des Etoiles; secouez dans un shaker de l’Intelligence Service (revu par James Bond ou Blake and Mortimer, à votre goût); vous obtenez ce qui se rapproche le plus du cocktail shungustériaung : un mélange inhomogène et détonant d’action, d’humour, d’esprit de sel et de philosophie, vous obtenez un roman d’Iain “M” Banks, estampillé “Cycle de la Culture”, ce qui n’est à confondre en rien avec une visite multimédia des grands musées. Le “M” n’est pas plus celui de la Marque Jaune que du M le Maudit, juste, coquetterie d’écrivain, l’initiale du second prénom de l’auteur, écossais, Macquenzie, qui signe ainsi, (“le pseudoyne le plus concis et le plus éclairant que je connaisse” d’après Gérard Klein, justement, dans sa préface), ses romans de science-fiction, et ce, afin de les distinguer des romans de “littérature générale” d’Iain Banks (entendez des oeuvres telles Le seigneur des guêpes, roman fantastique publié en Presses-Pocket, collection Terreur, ou Entrefer, paru dan Présence du Futur (!), roman ballardo-dickien...)

Well well, direz-vous. Wait and see ?

Non, précipitez-vous pour lire un grand roman qui renouvelle le space-opera, loin des superproductions américaines. Découvrez l’aventure prodigieuse de Jernau Gurgeh, champion de la Culture, qui s’en va défier les barbares de l’empire d’Azad sur le terrain de leur sport favori : comment devenir empereur au jeu d’Azad ? Si vous n’entendez rien aux jeux (stratégie, de plateau, wargame, diplomatie, de rôle), ce n’est pas grâve, car de toute façon, le propos n’est pas le Jeu, mais l’homme et ses péripéties.

On aimerait lire plus souvent des fables aussi édifiantes sur la course au pouvoir.
Iain “M.” Banks ? Un philosophe impertinent!

The Culture Orbital - credits http://en.wikipedia.org/?title=Talk:Orbital_(The_Culture)

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Note 22/2/14 - 
ces vieilles chroniques sentent bon la naphtaline. M'adressant à un public qui était féru de cette littérature de genre, je truffais mes textes d'allusions aux écrits supposés connus de mes lecteurs. Je suppose qu'aujourd'hui encore, n'importe qui d'un peu averti aura saisi les références plus ou moins explicites que j'y mentionnais, à savoir: le cycle de la Fondation d'Isaac Asimov, le cycle des Non-A d'A.E. Van Vogt et l'étonnant Gambit des Etoiles, premier roman du jeune Gérard Klein (sous le pseudonyme de Gilles d'Argyre), du space-opera d'excellente qualité.

Iain Banks (Iain M. Banks), grand écrivain écossais, est malheureusement disparu le 9 juin 2013.

Thursday, 13 February 2014

Dans la vallée de l'ombre de la mort

Annie déambulait dans les ruelles de Mea Shearim lorsqu’elle croisa ma route le soir de Pessah.
« Viens avec moi chez Ariel » lui dis-je.

Après la fête elle m’accompagna dans ma planque. Le souffle court, elle s’enroula immédiatement dans la couverture, en chien de fusil, au plus près de sa respiration, et ne bougea plus. Aussitôt, Mimi grimpa sur le lit, se lova sur la poitrine d’Annie, qui après quelques minutes tendit une jambe, puis l’autre. Je m’approchai d’elle, sentis son front qui brûlait. Tant bien que mal, j’accrochai un sac poubelle devant la vitre cassée. La blancheur au-dehors était éblouissante.

Elle me quitta le matin après une nuit affreuse ; j’eus envie de pleurer en la voyant écrire une lettre sur la table branlante de la cuisine pendant que je préparais le café. « Je n’ai pas le courage de l’envoyer à Ariel, dit-elle, ces mots sont pour lui, tu les liras quand je serai partie, puis tu brûleras la lettre. » Sur le pas de porte elle effleura mes lèvres, Mimi lui caressait les jambes. Elle se retourna dans notre direction un vague sourire sur le visage, son baluchon à l’épaule, avant de plonger dans un bus au coin de la rue.

Je devais souvent penser à ce soir de Pessah où nous nous étions retrouvées et reperdues.

Quelques semaines plus tard, j’appris par les journaux qu’Annie n’était plus parmi nous.

Je me rendis dans le désert, cherchai une section du Mur de séparation au bord de la route. J’avais conservé sa lettre. Je la relus une dernière fois adossée au béton pendant que deux scorpions dérangés par ma présence se battaient à mort dans le sable.

« Ariel,

Hier soir j’aurais préféré errer dans les ruelles de Mea Shearim sur les pas perdus de nos pères plutôt que de me rendre chez toi ; j’aurais voulu oublier qui j’étais, reprendre des forces, recoller les fragments de ma poitrine ouverte sur une nuit que tu ne pouvais soupçonner. Je me contentai de dire oui à Danielle qui croisa ma route. J’ai toujours eu un faible pour elle tu le sais, ses yeux bleus me faisaient fondre lorsqu’elle m’emmenait les soirs de virée dans les boîtes les plus branchées de Tel-Aviv, nous rendions les mecs fous en nous roulant des pelles sur les rythmes de disco, j’étais sotte, mais c’est toi que j’avais choisi, j’aurais voulu te dire à mon retour de service que j’acceptais de t’épouser. Je n’en fis rien.

Tout le quartier était attiré par la renommée de tes fêtes. Les gens débarquaient chez toi sans arrêt. Tu jouas un peu à celui qui ne s’étonnait de rien en me voyant arriver : « toi ici Annie, tu es en permission ? » Je ne répondis pas à la requête muette que je lisais dans le plis de ta bouche, mais je pouvais entendre les mots que tu prononçais sans doute dans ton cœur : « pourquoi n’as-tu plus donné de tes nouvelles depuis si longtemps, que t’es-t-il arrivé, pourquoi m’as-tu laissé tomber ? » Tu partis saluer d’autres invités. Je bus quelques punchs avant de sentir assez de courage pour me fondre dans le groupe des danseurs.

Un groupe d’enfants est entré, tes neveux, tes nièces, ébouriffés, sautillants. Je ne pus empêcher mes larmes de jaillir, m’éloignai sur la terrasse qui surplombait la vieille ville, grillai une cigarette le temps de me calmer. J’observais les lumières, ces passages, ces tours, le Dôme du Rocher, le Mur, ce décor si familier devenu soudainement étrange à mes yeux. Tu me rejoignis, déposa tes mains sur mes épaules et me demanda : « était ce donc si dur là-bas ? » Que voulais-tu que je réponde, que des pierres contre des fusils et des chars étaient pour nous un combat digne de nos pères ? Je ravalai ces mots, me contentai d’un air blasé, expirai la fumée de cigarette dans ton visage en te disant : « chou, retourne à tes chères études, et laisse les citoyens faire leur travail. »

Je vais repartir « là-bas » comme tu disais, mais cette fois-ci, je vais demander à mes supérieurs d’être affectée aux missions les plus dangereuses.

Ne cherche pas à me revoir.

Annie »

Ma lecture achevée, je glissai la lettre dans une fissure du Mur récitant le verset du Psautier Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi.


mur de séparation Israël - Palestine

Exercice en atelier d'écriture, 13 février, draft d'une nouvelle
Révision 22 février

Note: l'extrait cité est tiré du Psaume 23

carnet

Qu’écrire en deux minutes pour le lire en douze secondes ? Je raconte ma vie ! Top chrono, allez !

Entre deux points le plus court chemin est la droite, donc l’épure : il a vécu heureux. Son épitaphe : espère en une bibliothèque bien remplie dans l’au-delà ; sinon, casse la gueule à Saint-Pierre.

Mais ce cri d'espoir: où sont les filles ? Entre deux points d’une vie la distance est infinie. Ce n’est pas si mal par ici.

Photo de l'auteur, Paris

Le plus petit billet publié à ce jour sur les MdC!

Sunday, 9 February 2014

Micro-blog London (III)

6th February

Management discourse: is it a specialist language, a set of best practices, both or neither of those?

Management is definitely not an exact science, even not a science, but a rigorous language and a set of best practices requiring appropriate behavior, smartness, sharpness, judgment and humility. I just try to be an honest craftsman.



7th February

Codex Sinaïticus, Codex Alexandrinus, Lindisfarne Gospels, The Golden Haggadah, the Gutenberg Bible, Beowulf, The Diamond Sutra … such a wealth of treasures at the British Library, illuminated manuscripts, early printings… could spend hours and days exploring the details of each book.

The Gideon Bible in my hotel room… I opened it on Philippians 2:4 “Let each of you look not only to his own interests, but also to the interests of others.”

Why do the Gideon put Bibles in each hotel room? Read here:

I dreamt upon Utah, the Mormons, the quest for the Soul in the nineteenth-century America, I dreamt upon reinventing Gospels, through revelation, discovery or forgery, an old genre of literature re-enacted for the world, as we know it.

First period of the Scriptures: the early centuries of Christianity, an extraordinary period of religious creativity that became along with the Jewish sacred books, part of the Christian Orthodox Canon. Besides, there were as much books left in a vacuum, the Apocryphal texts, the Gnostic Gospels… Religion defined itself as much as inclusive, as well as exclusive, each sacred text became a battlefield of theology, and heresy was born from the same sources as orthodoxy. Faith, transforming through the ambition of people and the driving forces of history into a Church, and becoming the official religion of the late Roman Empire (380 A.D.), was a deep-level rooted process converting the feelings, the ideals of the first Christian communities, into beliefs, commented texts, Scriptures, generating from the same passionate flow the twin opposite forces of the Truth, splitting unity into duality, then reconciling them through the Credo of Trinity.

Second period of Scriptures: the Reformation era (Luther, Calvin…)

Third period of Scriptures: the nineteenth century in America (The Book of Mormons, The Occult Life of Jesus of Nazareth, Science and Health with Key to the Scriptures, The Archko Volume, The Aquarian Gospel of Jesus the Christ…)

Fourth period of Scriptures: twenty-first century… to be continued.

Dans l’Eurotunnel : réflexion sur les différentes versions de la Bible, protestante, catholique, orthodoxe (le mot “Bible” n’a pas d’équivalent en Grec par exemple, les grecs parlent de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament), les livres autorisés, les divisions en larges ensembles. La Bible protestante me paraît la plus rationnelle de ce point de vue : Livres Historiques (de la Genèse à Esther), suivis des Livres de Sagesse et de Poésie (de Job au Cantique des Cantiques), suivis des Livres Prophétiques (d’Isaïe à Malachie), et du Nouveau Testament (de Marc à l’Apocalypse).

Livre idéal pour l’amoureux des livres et des bibliothèques, grande diversité des langues d’origine et des traductions, des versions (hébreu, syriaque, araméen, grec, copte, latin), des genres et des styles, histoires, rites, prophéties, poésie, évangiles, épitres, apocalypse(s), des auteurs, des siècles, des textes autorisés ou apocryphes, intertestamentaires, gnostiques, récents (écrits américains) : collection hétéroclite formant structure, enjeu de pouvoir, empereurs, papes, saints, lettrés, théologiens, anonymes, copistes, enlumineurs, relieurs, chercheurs curieux, une telle richesse, non pas un mais plusieurs univers enchevêtrés, condensés, que l’on peut tenir en main ou dans une valise bien remplie pour un voyage sur une île ou pour le dernier des voyages, en somme, ce qu’on appelle communément la Bible, et cette somme constitue une formidable proposition d’écriture pour créer de nouvelles histoires et paroles, pour réinventer le monde de sa genèse à sa révélation terminale.


END.




Thursday, 6 February 2014

Micro-blog London (II)

"His heart was hard with disillusion: a continual gnawing and resistance. But he worked on. What was there to do but submit!"
D.H. Lawrence, England, my England, 1921.

We're back in London. Nous aimons Londres.


3rd February

Is there really such a big change in culture or mind-sets that can be achieved without disrupting the society? Can we think as a collective body from the outside? What are the pre-requisites for an effective change management of the hearts? Do we speak jargon as technocrats or sociocrats, or do we prophesise?

Quand tu abordes la méthode, fais-le avec un esprit détaché. Libère-toi de ce qui te préoccupes. Fais-un avec les concepts, leur articulation, la beauté du sec, du dépouillé, du dur. Deviens toi-même sec, dépouillé, dur, comme cette plante extraordinaire du sertao brésilien, pyrophile, qui aime le feu, résiste et repousse.
La méthode est une question d’entraînement.

Ces jours-ci, parlant du développement des organisations par le dialogue, je me suis entendu dire que pour gagner la paix sociale dans les entreprises, la direction fait appel à ces nouveaux outils de management, que sont les méthodes de « l’intelligence collective » : sociocratie, holacratie ou « Vision Intégrale » et autres néologismes obscurs mais qui font bien dans les salons, ou dans la bouche des managers qui fréquentent ces salons et reviennent inspirés le Lundi matin par la dernière innovation à la mode.

Le dialogue est-il donc un outil de manipulation ?

Je hurle (en silence) que non, que la parole est certes, souvent performative (le concept des linguistes des ‘actes de langage’), utilisée pour atteindre un but avec autrui, la forme courante de l’impératif en est l’illustration directe : fais ceci ! ne fais pas cela !, suivie de la palette complète des nuances du blanc et noir, et quand bien même, c’est normal que nous parlions pour nous influencer les uns les autres, mais la manipulation par dialogue ? Non, et puis, quel dialogue : de sourds, du maître et de l’esclave, du bistrot, du conflit social, de la concertation sociale, socratique?

Mon interlocuteur imaginait peut-être que l’objectif de la méthode est de changer la tête de l’entreprise, supposée perverse et manipulatrice, (on les coupe plutôt les têtes, pour les changer en effet plus facilement) ; non, c’est la tête, et le cœur, des gens comme lui et moi, comme chacun d’entre nous qui y passons, qui ne faisons que passer, mais qui d’un lieu à un autre pouvons enrichir le milieu en butinant, qui sommes les cibles de la méthode. 

Refuser la possibilité d’une émergence facilitée par une parole libre et respectueuse est un symptôme qui me fait dire qu’aujourd’hui, les pessimistes qui ne croient plus au système sont en fait bien plus asservis à sa froide logique que les réformateurs qui croient encore et toujours, et contre les « évidences », que la parabole du colibri qui lutte tout seul contre l’incendie de forêt, est préférable à la résignation. Ces faux critiques qui attendent tout du Chef, finalement, sont asservis à leur ravisseur. Les personnes à abattre en premier dans une révolution sont les réformateurs, ceux qui travaillent à l’imperceptible changement du système ; pas les fanatiques de l’autre bord. L’opposition radicale au système est une fuite facile, sauf pour ceux qui font le choix radical de l’altérité du mode de vie, ils sont rares, et pas forcément imitables par les gens ordinaires, dans lesquels je me classe sans complexe.

I'm not only in London for books (although, more about the British Library Treasures should come by the end of the week, or so I hope), I'm here also going around to get my days busy, and my evenings busy as well. 

Le soir j’interviens sur un forum de discussion en rappelant que Max Weber a écrit une thèse célèbre en 1904 sur "L'Ethique Protestante et l'Esprit du Capitalisme", ouvrage qu’il faudrait sans doute lire ou relire (à la lumière du sujet de discussion portant sur la mentalité de certains ultra-riches). Du point de vue de Kevin O'Leary (l’ultra-riche content d’apprendre que les 85 personnes les plus riches du monde détiennent autant de richesses que la moitié de la population mondiale – cela dit j’aimerais vérifier cette info – note de l’éditeur, dont lien vers la page et l’étude en PDF ici ), la richesse est moralement un signe d'élection divine qui permet d'échapper à la prédestination, en gros, l’éternité aux enfers. Le libre-arbitre de l'homme est paradoxalement l'instrument voulu par Dieu pour s'élever de sa condition de mortel et rejoindre le Paradis des Elus. Ce n'est pas moi qui le dit, mais Calvin (sans Hobbes, 1509-1564). J’ajoute qu’un commentaire sur l'ouvrage de Max Weber est disponible ici.

Euston House Lobby, London


4th February

Les chemins qui bifurquent : je n’irai pas travailler dans l’Asset Management, pour le moment, ou peut-être jamais. C’était le petit coup qui fait mal aujourd’hui; j’aurais aimé pourtant, ce poste me convenait comme un gant. Je ne rêverai plus aux fonds, à l’alpha et au beta, à l’exécution d’ordres via des dark pools, des plateformes de négociation de market makers aux noms exotiques : Turquoise, Chi-X… Au bout de la route, le trading à haute-fréquence, rejoindre les utilisateurs d’Aladdin, la plate-forme de BlackRock (1)… oui, tout un monde qui en ce moment me paraît disparaître complètement, résultat de la bifurcation. Intégrer l’information, passer à autre chose… peut-être.

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Note
(published 25th Dec. 2013 on my "Global World" page)

(1) Who has ever heard - except among investment managers and asset managers, about BlackRock? Thanks to a Briefing investigation made by the Economist (on its print edition of 7th-13tth Dec.), there is no excuse - at least for people working in Financial Services, not to read and know about this company. Why is it so important? Well, beyond the gigantic scale of direct assets under management (+4 trillion US$), BlackRock risk management platform 'Aladdin' manages indirectly +11 trillion US$ on behalf of other financial companies, which makes it the single most powerful platform, influencing the decisions of about 17,000 traders in the world. Operational Risk Managers on call please!
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There is a big conference with lots of talking heads from Cambridge at the hotel this week; unfortunately I couldn't join the talk tonight, someone had forgot to register me, that's a pity because I had a few interesting insights to tell the audience regarding... you know what... it's better I keep my mouth shut. 
The day had started fine though, with a gloomy orange light shining around St-Pancras Parish Church of England in front of my room. Going to work I noticed the neo-classical style of the church with authentic copies of the Acropolis' Caryatids staring impassibly at the motorists on Euston Road. Greece marks indeed the start of civilization in Europe.

I paid again a quick visit to Sir John Ritblat's gallery of treasures at the British Library. My discovery of the day is the original notebook of "Alice's Adventures Under Ground", handwritten and illustrated by Lewis Carroll and presented as a Christmas Gift to the real young Alice in 1864. What a superb gift!

C'est le titre du carnet offert par le Révérend Charles Dodgson à la jeune Alice Liddell, écrit et illustré de sa main, en souvenir d'une journée d'été où il avait improvisé une histoire pour les trois soeurs Liddell. Alice insista pour qu'il écrive l'histoire, ce qu'il fit trois ans plus tard, et le résultat en fut ce carnet de maroquin vert de 90 pages que j'ai eu le plaisir de voir tout à l'heure. Plus tard encore, les amis du Révérend insistèrent pour qu'il publie cette histoire, et cela a donné, révisé et étendu, le célèbre "Alice au Pays des Merveilles". Une belle histoire qui m'émeut d'autant plus que je venais de m'offrir le coffret de l'édition originale des aventures d'Alice, en deux volumes: Alice’s Adventures in Wonderland, suivi de Through the Looking Glass.

Credits: British Library. Original Notebook of "Alice's Adventures Under Ground"





5th February

Mode Zombie. Mental Zombie. Intégrer l’info d’hier passe difficilement.

Did I miss something in the Program Management Plan? London Underground strikes ongoing.

C'est évidemment le bordel à Londres avec la grève du métro (l’avant-dernière remonte à quatre ans). Il pleut aussi. Heureusement qu'il y a de la Guinness ...

J’ai un côté très ébouriffé en ce moment.

La Grâce a-t-elle été inventée par St-Augustin ? Que faut-il comprendre par « Théologie de la Présence » ?

Terribles insomnies.
Nuit.
Nuit éveillée, le meilleur moment d’une journée, au cœur de la présence à soi.
Nuit éveillée, jour qui se paie cher, jour couteau de cuisine.
J’ai retrouvé une vieille photo des anneaux de Saturne dans les archives de mon courrier, 2006, à la banque F. La sonde Voyager nous avait envoyé ça, je crois. Image adéquate. Un des anneaux est pour moi.
Ring.

Saturne's Rings. Voyager. NASA

Sunday, 2 February 2014

Micro-blog London (I)

2nd February 2014

Micro-sommeil de quelques secondes pendant lequel je me suis senti filer dans un au-delà, sur les bords d’un fleuve bleu cobalt surplombé de falaises de grès, où des processions attendent le passage des bateaux, et je me tenais sur une de ces rives étranges, et j’essayais de reconnaître qui était en face.

L’ombre du paysage passait rapidement sur mes paupières pendant que revenu, le soleil s’amusait en haut de nos peurs enminusculées entre les fougères et les branches de sassafras. Nous venions de sortir de l’eurotunnel.

England, my England. Ces textes de D.H. Lawrence sentent toujours bon la campagne anglaise, trente-trois ans plus tard. Etais-ce moi ?

(Dans l’Eurostar)

Want to see Old Father Thames. Let me dream of this. A long time ago I lived here. What’s one second’s worth evoking memories before my birth, except for wandering souls who remember their past lives jumping across generations like fisher kings, if not to be fully grasped from within, fully sensed, feeling the rain, touching the wet ground, fuming under sun’s charming rays? If not, let me dream of this and dream again. When you feel stretched, dancing ribbon over the landscape, you’ve to admit there was something odd with you, something like a place you don’t fit, or just too well.

(Arriving in London, seen the “Shard’s needle” in the distance).

La campagne anglaise depuis l'Eurostar

A line of students in front of King George III’s magnificent Library, working on their laptops, while the exhibition “Georgians Revealed” uncovers the life, style and the making of modern Britain is running on the floor level of the British Library. Where they tasteful and polite, or riotous and pleasure-obsessed? And what would Georgians think of the lives of their future progeny in an exhibition, just reversing the possibility, the other way around? Are we madly addicted to drugs, junk food and technological devices, or bright, cool and innovative?

On a pub in Euston Road, I eat fish and chips and listen to the conversation of two young men discussing politics. The younger was proud to vote for the Labour, until the War he declared, that caused his mind to change (the Iraqi War I guessed, but that was ten years ago, he was not in age of voting at that time, or was he is speaking about something else? I wonder). Apparently the other guy was supporting the Liberal-Democrats.

In the press I read that David Cameron is not doing well on Europe (issues on treaty change and referendum bill), Scottish nationalists look to the Nordic model but would not be able to make it on their own with the single euro currency and should still seek for a close currency union with the British Pound.

Et pendant ce temps-là le monde tourne. Tout va bien. J’écoute Enjoy the Silence.

(At the Hilton Euston Hotel)

Les livres de "Mad King Georges" survivront-ils plus longtemps que tous ces jeunes gens?