Wednesday, 30 April 2014

Le Times of London arrive ici avec un décalage de deux à trois semaines... (Atelier Petites Annonces VII)

Simla, ce 1er juin 19..


Madame, 

Le Times of London arrive ici avec un décalage de deux à trois semaines. Cette année, la saison de la mousson légèrement en avance a prit les transports au dépourvu. Les routes de Delhi aux contreforts himalayens étaient impraticables, la voie ferrée inondée dans la plaine du Gange. Il a fallu tout porter à dos de mulets. Je n’ai reçu l’édition datée du 27 avril qu’hier soir, et ce matin je m’empresse pour vous répondre chère Madame.

Je m’adresse à une dame, car il s’agit bien de votre sac à main qui s’est retrouvé malencontreusement en ma possession lors du débarquement à Bombay. Vous vous rappelez certainement de cette affreuse bousculade qui s’est emparée du quai, lorsque les premières classes descendirent du King Georges, et furent rudement prises à partie par un groupe d’Hindous fanatiques. Je vous avouerai que j’ai eu bien peur. J’imagine que vous vous êtes retrouvée dans la même situation. Dans la confusion qui suivit quelques bagages furent égarés. Je fus bousculée et j‘ai du lâcher mon sac à main. Lorsque je me relevai sans mal, je demandai à mon fidèle Nasir de rechercher mon sac qui n’était plus à côté de moi. Il le trouva rapidement, mais je ne me rendis compte que le lendemain que ce n’était pas le mien. 

Je vous rassure chère Madame, je ne l’ai examiné que pour retrouver la trace de sa légitime propriétaire, mais de cela il n’y en avait point.

Mon fils Henry part pour l’Europe d’ici quelques jours. Je vais immédiatement le mander de ramener votre sac à Londres. Vous pourrez le contacter via le Journal.

Votre dévouée,

Virginia Lynn-Stratton





Londres, 3 juillet 19..


Chère Virginia !


Quel bonheur ! Enfin ! Je désespérais d’obtenir une réponse, et vous voilà !!

Quand j’ai ouvert mon courrier ce matin j’ai dit à Winston : « une surprise en direct de Simla ! ».

Je vous envie tellement ma chère Virginia ! Habiter un endroit aussi merveilleux que Simla ! Ce doit être le paradis sur Terre, ces contreforts boisés, ces champs en terrasses épandus d’un vert vif à perte de vue, cette douceur qui permet d’échapper à la moiteur étouffante de Delhi. Oh ! comme je déteste l’Inde ! Tout y est… comment dire… trop grand, trop étroit, trop grouillant. Trop !

J’avoue avoir tardé de mon côté à passer cette petite annonce. J’ai eu quelques ennuis de santé. Ce jour-là, sur le quai de White Line, j’eus le temps d’apercevoir une silhouette blanche qui s’échappait, la votre, car moi aussi je fus prise dans la pagaille de ces horribles hindous idolâtres qui étaient excités, des bêtes sauvages vous dis-je, leurs yeux noirs brillant de convoitise, du charbon ! J’en ai fait des cauchemars. Nous sommes rapidement rentrés en Europe Winston et moi.

Je me tiens prête à recevoir votre fils Henry avec grand plaisir dans ma modeste demeure de Knightsbridge.

Quand viendra-t-il ? Vers la fin du mois ?

Oh, si vous saviez ! Les journaux n’arrêtent pas de parler ces jours-ci de cette lamentable affaire de Sarajevo. Mais l’été est là, les Londoniens respirent la joie de vivre, nous allons en profiter pour canoter sur la Tamise.


Très affectueusement, votre


Clarissa Dewey


P.S. 3 août 19..

Hélas ma chère Virginia, je n’ai pas eu l’occasion de poster ma lettre qui à trainé sur mon bureau.

J’ai appris hier par le Times of London la venue de votre fils. Nous nous sommes rencontrés ! Qu’il est beau ! Henry est splendide dans son uniforme du 1st Royal Regiment. 

Je lui ai remis votre sac, il m’a rendu le mien, et je dépose ma lettre pour vous dans la poche de son uniforme.

J’espère de tout cœur qu’il vous rejoindra le plus vite possible. Le prochain navire de la White Line pour Bombay part demain matin.

Mais qu’est-ce ? 

Winston vient d’entrer en trombe dans la pièce. Il est livide.


Adieu chère Virginia,

Votre Clarissa

La Route des Indes, film de David Lean, 1984


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Atelier d’écriture “Petites Annonces”
Le Coin Bleu, Geneviève Damas

27/04/14


Lecture #6 – Salman Rushdie, Joseph Anton : une autobiographie


Lecture #7 – Hélène Geustern, Eux sur la photo


Proposition #7 - Correspondance

Ecrire deux lettres dont la première est la réponse à une petite annonce. Contrainte : un bateau doit apparaître dans l’histoire.

Annonce parue dans le Times of London, 27 avril 19..

Sac à main de cuir grège à fermoir en cuivre de chez Harrod’s échangé par erreur le 1er mars lors de l’escale de Bombay du Paquebot ‘King Georges’ de la White Line, à rendre à sa propriétaire à Londres en échange d’un sac à main de cuir grège identique.

Tuesday, 29 April 2014

Longtemps, j'ai été premier de cordée... (Atelier Petites Annonces VI)

Longtemps, j’ai été premier de cordée.

Là-haut c’était chez moi. Mon pays.

Le glacier, je l’ai vu se jeter dans la vallée des Hyères. Maintenant, à peine touche-t-il sans l’abraser la gorge du Loup. C’était avant que ça change.

Les gens d’ici n’aiment pas ce qui nous arrive. Les neiges sont parties pour de bon. Dans un autre pays peut-être, plus loin, plus haut. Je ne sais pas.

On a même vu des feux de forêt détruire le massif de l’autre côté d’Aubagne. Il fait si sec que les pentes s’emplissent de fleurs piquantes, pointues, des espèces qu’on n’avait jamais vues.

Mais l’écureuil roux, lui il reste, il se multiplie à tout va, il colonise le fond de la vallée dans l’ombre des grands feuillus. 

Et ces petites bêtes font des miracles.

C’est ce que Juju me disait l’autre jour, celui qu’on surnomme ‘Juju la Croix-Rouge’ depuis qu’il a accompagné une équipe de sauveteurs dans les escarpements du Pic de la Hache. La télé était venue. Les Parisiens. Ca n’a pas été tranquille pendant quelques jours. Tout le monde s’est mobilisé pour retrouver la petite Allison.

Ils ont cherché en vain. On disait qu’elle était tombée dans le ravin. On disait beaucoup de choses. Mais Juju avait son idée. Les gens d’ici ne le prenaient pas au sérieux. Un simple d’esprit.

Juju m’avait dit, il parlait des écureuils. Ce sont des petites bêtes curieuses qui ramassent tout ce qu’elles trouvent. Un peu pies voleuses attirées par ce qui brille. Un peu goupils prêts à chaparder le terrier du voisin.

C’est une mèche de cheveux blonds qu’un de ces petits rouquins tenait comme un trophée qui nous mis sur la piste.

Oui, cela tenait du miracle. Les écureuils et tous les animaux des bois, ils avaient pris soin de la petite, on ne sait comment elle a survécu. Elle était à peine étonnée quand les sauveteurs sont arrivés.

Juju a dit, c’est la petite Alice au pays des merveilles, parce que chez nous, c’est beau, c’est merveilleux.

Et j’entends tous les soirs quand le ciel devient doux, tendre comme la peau d’un bébé, j’entends la voix haute et claire de Juju qui rit à gorge déployée là-haut sur la montagne.


Le massif des Maures


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Atelier d’écriture “Petites Annonces”
Le Coin Bleu, Geneviève Damas

27/04/14

Lecture #5 – Maylis de Kerangal, Naissance d’un pont


Proposition #6 –
Identifier un personnage par un nom exotique, un surnom…
Situer un lieux, peut-être imaginaire
Enfin, un animal.

Euston do Nacimento d’Al-Oud, dans Carpathia des Nuages, avec l’Arfang des Neiges.

Découper les bandelettes, mélanger, tirer au sort, construire un récit dont la structure est « ce que m’a dit ‘X’ (le personnage)  à ‘Y’ (le lieu) » autour de l’animal qui doit être un élément déterminant de votre histoire.

J’hérite de ceci : Juju-la Croix Rouge, là-haut sur la montagne, avec un écureuil.



Nelle (Atelier Petites Annonces V)

Tu apparais entre chacune de mes lignes Nelle
tu disparais derrière les tentures écrues Nelle

Chaque fois que le geai sifflote dans les jardins
que tu habitais, j’entends Nelle ! Nelle !

Ce matin je me suis fait un thé
avec la bouilloire japonaise en fonte
que tu avais ramenée, Nelle

Il n’en faut pas plus pour qu’un ombre
passe devant mon soleil, Nelle
tu danses la nuit nue sous la Lune fauve, Nelle

Demain, c’est promis
je te ramènerai des couques au beurre
de chez Lamme Goedzak
Nelle

Qui étais-je pour toi
mais un soupir dans le vent du Nord
Nelle

Tu m’as quittée, petite fille perdue sur la route du cœur
le long des canaux remplis de nuages Nelle

Revenue dans mon silence
mes nuits qu’éclaire une lampe grise
devant l’écritoire où tu apparais enfin
Nelle ! Nelle !


Credit: Les Carnets de Cassandre http://carnetscassandre.canalblog.com


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Atelier d’écriture “Petites Annonces”
Le Coin Bleu, Geneviève Damas

27/04/14


Lecture #4 – Philippe Soupault, Georgia (1926)

Je ne dors pas Georgia

Je lance des flèches dans la nuit Georgia

j'attends Georgia

Le feu est comme la neige Georgia

La nuit est ma voisine Georgia
J'écoute les bruits tous sans exception Georgia

je vois la fumée qui monte et qui fuit Georgia

je marche à pas de loup dans l'ombre Georgia

je cours voici la rue les faubourgs Georgia

Voici une ville qui est la même

et que je ne connais pas Georgia

je me hâte voici le vent Georgia

et le froid et le silence et la peur Georgia

je fuis Georgia

je cours Georgia

Les nuages sont bas il vont tomber Georgia

j'étends les bras Georgia

je ne ferme pas les yeux Georgia

j'appelle Georgia

je t'appelle Georgia

Est-ce que tu viendras Georgia

bientôt Georgia

Georgia Georgia Georgia

Georgia

je ne dors pas Georgia

je t'attends Georgia


Proposition #5 – Ecrire dix phrases qui se terminent par un prénom
(de quelqu’un que vous ne connaissez pas)

Sunday, 27 April 2014

Quand il pleut fort sur Paris, ça pue... (Atelier Petites Annonces IV)

Une  chose est sûre, quand il pleut fort sur Paris, ça pue.

Pourtant, la journée avait bien commencé, plein soleil. Je venais de faire reluire ma gonzesse qu’avait un dada des plus niais, me hurlant aux oreilles pendant qu’elle trépignait des mots pas convenables. Je l’aimais bien la Monique, elle s’en sortit ce matin-là avec une châtaigne sur le pif pour solde de notre compte.

J’avais un rencart sur la Butte, histoire de renflouer ma tirelire que j’aurais bien jetée au caniveau, et moi avec. Je m’allumai une clope, et dandinant du paletot m’élançai sur la rampe d’escalier tout d’une traite, conclut les deux cent marches jusqu’à la place du Tertre. C’est vous dire si je tenais la forme.

Mon rencart était un drôle de loustic ras du ciboulot, mélange de crevart pulmonaire, cacochyme et de croque-mort hilare qu’aurait fourgué des clients encore tièdes dans ses caisses. Il tenait conciliabule avec Momo le Barjot, l’artiste qui peignait des croûtes pour les américains de passage.

- Tiens Pépé, qu’il me dit l’Artiste, tu veux te faire un max de blé aujourd’hui ?
- Aussi sec répliquai-je. Y a des pedzouilles à tabasser dans les gogues, des hirondelles à déplumer ? tu me dis, je suis ton homme !

Je disais ça d’aplomb, mais je n’en menais pas large face au regard glacé du croque-mort. Pour un peu c’est moi qu’aurait eu besoin de passer aux gogues !

- Non, rien d’aussi vulgaire Monsieur Pépé me lança le chiffonnier au crâne rasé, juste une mission qui demande un peu de jugeote et beaucoup de sang-froid. Ce dont je doute dit-il, se retournant vers Momo le Barjot, ton contact m’a tout l’air d’une tante d’espagnol délicat et râleur.

Momo prit ma défense.

- Du tout l’Abbé, répliqua-t-il à ce personnage à qui je trouvais tout d’un coup des manières d’érudit, pour ne pas dire d’ami des bêtes. Pépé est digne de confiance.

Moi, je me tenais à carreaux pendant leur conversation. J’avais bigrement besoin du pèze. J’espérais que ma journée n’allait pas être foutue.

- Bon, c’est d’accord dit l’Abbé. Vous avez une heure pour transporter un colis rue Lepic 94, et puis vous attendrez au bistrot d’en face qu’on vienne vous chercher.

Aussitôt dit et fait, cela me semblait de la besogne facile. Je pris le colis qui tenait dans une mallette de médecin très usée, me rendit à l’adresse indiquée, sonnai, déposai la sacoche dans le couloir, éclusai ensuite un demi dans le bouclard d’en face. L’Abbé m’y retrouva, me glissa une enveloppe. Purée, mais c’était la fortune de Nabuchodonosir qu’avait dedans !

- Mais c’était quoi dans la mallette je demandai ?
- Les Mystères de Paris ! me fit l’Abbé, puis il s’en alla avec un drôle de sourire.
Je me sentais pas à l’aise. Il devait bien y avoir une saloperie dans cette affaire.  De l’autre côté de la rue un type au long pardessus noir semblait attendre que je sorte.

Tout d’un coup, cela devint très clair dans ma tête. Cette journée puait !
Quand je sortis, il pleuvait à verse.


Pépé le Moko, film de Julien Duvivier, 1937


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Atelier d’écriture “Petites Annonces”
Le Coin Bleu, Geneviève Damas

26/04/14

Lecture #3 – Paul Auster, Le diable par la queue

Proposition #4 – « Comment j’ai gagné 5000€ sur une journée »

Rédigez un texte sur ce thème en utilisant les contraintes suivantes : l’écrire aussi (trash, violent, vulgaire etc…) que vous pourrez. Votre personnage rencontre : un publicitaire amateur de golf ; un pianiste maladif ; une dame d’ouvrage déprimée ; un chanteur aphone ; un croque-mort hilare ; un chirurgien esthétique plâtré ; un directeur d’école laxiste. Votre texte doit se terminer par la phrase suivante : « Quand je suis sorti, il pleuvait ».