Saturday, 31 May 2014

Wilder-Mann

C’est un dimanche, en face de Saint-Gilles que je rencontrai Etienne le baladin.

La troupe du Théâtre Nomade venait d’installer ses tréteaux bariolés, les vendeurs de loukoums et d’indulgences se rassemblaient sur le Parvis, les odeurs de frites montaient vers le ciel gris uni, le décor de la représentation du Mystère de la Charité de la Petite Jeanne de France se mettait en place au milieu des cris d’enfant, des boniments, de l’appel à la prière du muezzin, et du gros bourdon qu’un moinillon joyeux lançait à toute volée, là-haut dans le clocher de l’église.

« Misère de l’homme sans Dieu » clama une voix grave. C’était Etienne, ou plutôt une forme curieuse d’homme-cactus dressé sur une balle de blé fraichement coupée, qui se tenait les bras à l’horizontale, oscillant sur son socle mou, tonnant à hue et à dia les paroles du poète.

Les acteurs se mirent en mouvement autour d’Etienne, chacun selon son style et sa nature incarnant une partie du Mystère, chacune et chacun, chouette, ours, cerf, sanglier, licorne, renard des sables ou corbeau, traquant par le mime, l’allure, le pas syncopé, gracile, prêt à l’envol ou par sa masse porté, selon sa nature, à poils ou à plumes ou de végétaux recouverts, le fragment du songe de la Petite Jeanne appelée par Dieu pour sauver la France.

Sans musique, sans parole, avec leurs peaux de damnés des Ecritures, les acteurs-animaux se rassemblaient autour d’Etienne, ou plutôt de l’ours-cactus à tête de gland, lequel ponctuait les scène de sentences bibliques, de prophéties, d’injonctions morales, de caractères bien sentis, seul être doué de parole dans la foule qui commençait lentement à se rassembler devant le portail de Saint-Gilles, venant des quatre coins de l’immense Parvis, étonnée du Mystère qui se jouait là, même si de-ci de-là, j’entendais quelques rires, quelques grognements intrigués, et des quolibets aussi. Les fumets des saucisses grasses, de l’encens des boutiques à reliques et breloques apportées des lointains, de la frite légère et savoureuse, se mélangeaient en un parfum à retourner le cœur des plus forts, et alors que l’attention de la foule se concentrait de plus en plus sur la personne-tronc-phallus d’Etienne, celui-ci, au zénith de la représentation, avec tous les acteurs fétiches en cercle autour de lui, levant les bras vers le ciel morne et sans profondeur, de sa tête de chêne lança un appel ultime à ce Dieu de Charité qui venait de bouleverser le cœur de la Petite Jeanne : « Qu’il marche comme un saint dans la bataille humaine, et que tous ses soldats soient des saints avec lui…. »

D’un coup, les acteurs abandonnèrent leurs peaux de bêtes, et, stériles autant que nus, se jetèrent sur Etienne qu’ils se mirent à dévorer. La troupe du Théâtre Nomade consomma la chair et le sang du poète-phallus, ou de ce qui en tenait lieu, avec force bruits de chairs déchirées, d’os brisés, de ligaments coupés, de tête que l’on fracasse pour en extraire la cervelle de la vérité.

Un lettré de mes amis qui m’avait rejoint sur le Parvis me dit alors qu’à l’acmé de la pièce se révélait le cœur du Mystère : l’anamorphose de la Petite Jeanne de France en son bûcher. Je l’écoutai sans comprendre.

« Oui, tout est dans tout » lui répondis-je, levant les yeux vers ce ciel vide, vers cette peau ultime de nos corps qui n’avait cure du sacrifice de l’homme.


La foule applaudit mollement.



et en cette peau de milady renoir le troisième acte de la pièce jouée au cent papiers se clôt dans l'énigme d'une représentation zoomorphique où les photos de Wilder-Mann et la cosmogonie de Hundertwasser se rencontrent - exercice périlleux d'une fiction qui oscille entre parodie et sérieux dans l'application consommée de la contrainte d'un atelier d'écriture merci milady pour cette soirée merci au cent papiers à schaerbeek et puis aussi merci à toi

car enfin c'est cosmique alors avec quoi viens-tu


Friday, 30 May 2014

Celle qui n'a qu'un oeil

Celle qui n’a qu’un œil
se lève
chante la litanie d’Isha
Et Adam connut Lilywhite Lilith sa femme
engendra Seth Abakuk et Noémie
et Seth emporta la couchant
entre ses draps d’où sortirent
Melchior Gaspard et le Zohar

Celle qui n’a qu’un œil
se lève
souffle les bougies
avec la liturgie d’Isha
Et Noah connut celle qui n’a pas de nom
engendra Aleph Beth et Zed
et Beth déchira les flots
avec ses dents d’où s’écoulèrent
les poissons
les minéraux d’Afrique
les hommes-troncs radioactifs
les loups de Tchernobyl
les renards de Fukushima
les amants d’Hiroshima
les zeds du Goulag
les concentrationnaires
les victimes de Babi-Yar
Varsovie Treblinka
les tempêtes de feu de Hambourg
Dresde Tokyo

Celle qui n’a qu’un œil
se lève
dicte la chanson d’Isha
aux filles de Sion
dans la galerie des réprouvés
des terrorisés
des malades
des unijambistes
des bipolaires
des axiomatiques
des anonymes
des sans-papiers
des Afghans de Bruxelles
des reflets
des regrets
disparaît avec les ombres du palais
où le sang des Atrides ne sèche pas
Et Iossip connut Myriam
engendra Electre Antigone Iphigénie
et Antigone monta au sommet de la plus haute tour
prit la parole
je suis

Celle qui dit
Je suis celle qui s’est levée ce matin de bonne heure et j’avais quelque chose à te dire mon aimé mais j’ai eu peur du bruit du monde

Un café une cigarette tu étais parti sans un bruit dans la débâcle du monde et j’avais quelque chose à te dire mais la porte qui claque la porte qui claque



contraintes consignes propositions inducteurs frustrations après le texte de paul valet je dis non in soleil d'insoumission saint-john perse en son exil nous chante celui qui erre à la mi-nuit de milady renoir - car il faut aux listes d'infinies formes donner mais toujours les archétypes reviennent nous hanter - mais toi-là qui tu es à regarder les filles aux 100 papiers écris écris il en restera quelque chose ... 


le métier de vivre

Thursday, 29 May 2014

... Et je dis non


... ET JE DIS NON à ton nom de dieu archange sans sépulture misère de grenouille requin ventru qui barbotte glougloute dans la mare noire de ton nom ... ET JE DIS NON au feu du ciel la loi de tes pères même le déluge n’effacera pas la souillure de ton nom ... ET JE DIS NON monarque déchu P P P d’aphasie emmuré syphilitique au dernier degré d’étourderie D D D ton nom n’est plus D D D plus rien moins qu’un nom ... ET JE DIS NON à la douceur des filles de ton peuple parqué marqué griffé au dernier degré d’écholalie L L L langue sans nom ... ET JE DIS NON aux dictionnaires à la grammaire générative à la phonétique des elfes au plasma solaire au bourreau qui hache la tête des phrases sans nom ... ET JE DIS NON à la coupure la scansion l’élocution de ceux qui sont dans l’espace perdu de la page sans nom ..............................................................



espace d'écriture bloc matière intégrale pavé inflexion graphiquement soutenue en atelier avec milady renoir aux cent papiers schaerbeek ce 27 mai le lendemain je recevais le dernier texte de catherine ysmal à vous tous je rends la couronne c'est un pur hasard cette thématique je n'y suis pour rien ce matin j'ouvre ma bible au hasard et tombe sur 

Ecoute, mon fils, l'instruction de ton père,
Et ne rejette pas l'enseignement de ta mère ;
Car c'est une couronne de grâce pour ta tête,
Et une parure pour ton cou.

Proverbes, 1:8-9 (traduction de Louis Segond)


le hasard n'existe pas puisque tu es